VIDEO. Meurtre de Sophie Lionnet: «Sabrina m’a dit que Sophie ne respirait plus»

PROCES Auditionné depuis lundi à Londres, Ouissem Medouni a expliqué ce mercredi ce qu'il s'était passé, selon lui, la nuit où Sophie Lionnet est morte...

Thibaut Chevillard
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Sabrina Kouider et Ouissem Medouni sont jugés à Londres jusqu'au 11 mai 2018
Sabrina Kouider et Ouissem Medouni sont jugés à Londres jusqu'au 11 mai 2018 — Thibaut Chevillard
  • Le corps de Sophie Lionnet, 21 ans, a été retrouvé en septembre dernier dans le jardin de ses employeurs, à Londres, au Royaume-Uni.
  • Le procès de Sabrina Kouider, 35 ans, et Ouissem Medouni, 40 ans, s’est ouvert le 19 mars au tribunal de l’Old Bailey, à Londres.
  • Ils plaident non coupable pour le chef d’accusation de « meurtre ». Ouissem Medouni plaide, lui, coupable pour « entrave au fonctionnement de la justice ».

De notre envoyé spécial à Londres (Grande-Bretagne),

Discrètement, elle l’observe depuis trois jours. Quand Ouissem Medouni passe devant elle, menottes aux poignets, tête baissée, pour regagner le box des accusés, la maman de Sophie Lionnet le regarde avec mépris. Le poing serré, les yeux rougis par l’émotion, Catherine Devallonné l’écoute raconter comment son ex-compagne, qu’il décrit comme très instable psychologiquement, a commencé à violenter sa fille sans qu’il ne trouve la force de l’en empêcher. Ce mercredi, l’accusé a dévoilé aux jurés sa version de la mort de la jeune fille au pair, qu’il impute à Sabrina Kouider, 35 ans. Lui, à l’entendre, à tout fait pour la sauver, le 18 septembre dernier.

Ce soir-là, le couple souhaite interroger Sophie Lionnet une nouvelle fois au sujet d’un prétendu complot qu’elle aurait fomenté avec Mark Walton, l’ex-compagnon de Sabrina Kouider, dont elle est obsédée depuis leur rupture. Cette dernière est persuadée que son employée et le père d’un de ses deux enfants sont venus un soir chez eux pour les violer après les avoir drogués. Une histoire farfelue qu’Ouissem Medouni a néanmoins fini par gober. L’accusé, qui a été analyste financier avant de perdre son travail il y a cinq ans, va avoir l’idée d’enregistrer avec un téléphone les confessions de la jeune fille afin d’apporter à la police la preuve de ce qu’ils avancent.

Allongée dans la baignoire

La vidéo, d’une durée approximative de 3 minutes, avait été diffusée aux douze jurés chargés de les juger, le deuxième jour du procès, le 20 mars dernier. Sur ces images, on voit Sophie Lionnet, assise devant une cheminée. Elle est effrayée, affaiblie. Le couple la presse de questions, la menace de ne pas la laisser repartir en France. D’une petite voix fluette, elle confesse toutes ces choses incroyables que ses patrons lui demandent d’avouer. « Pour moi c’était une victime », lâche fébrilement Ouissem Medouni, précisant à son avocat, Orlando Pownall, qu’il n’avait aucune intention de lui faire du mal. Puis, dit-il, il est parti se coucher.

Sabrina Kouider est restée avec Sophie Lionnet, afin de lui poser d’autres questions. Mais vers 1h30 du matin, elle réveille son compagnon, en pleurs, complètement paniquée. « Elle m’a dit que Sophie ne respirait plus. Je me suis levé immédiatement et je suis allé dans la salle de bain. Sophie était allongée dans la baignoire remplie d’eau. Elle portait un pyjama rose. Sabrina disait : "Mais qu’est-ce que j’ai fait ? Qu’est-ce que j’ai fait ?" J’étais choqué. » Les yeux de la jeune fille sont encore « ouverts » mais elle n’émet plus aucun son, ne bouge pas. Selon lui, elle n’a pas de bleus au visage et n’est pas ensanglantée.

Cachée « dans une grosse valise »

Ouissem Medouni va alors tenter, dit-il, de « ressusciter » Sophie Lionnet en lui prodiguant un massage cardiaque. « J’ai essayé, essayé, cela a semblé durer une heure. » Malgré la gravité de la situation, ils décident de ne pas appeler les secours, afin de « protéger les enfants » de Sabrina Kouider. L’accusé va alors envelopper la jeune victime dans un drap blanc et la mettre sur le lit superposé, dans la chambre des enfants, où elle dormait d’habitude. Mais de peur que les petits ne la trouvent, il va la cacher « dans une grosse valise ».

Le surlendemain, Sabrina Kouider insiste pour que le corps de Sophie soit brûlé dans leur jardin. « Je lui ai dit "c’est fou, je ne ferai jamais ça" », affirme Ouissem Medouni. Qui finit par céder à sa compagne. Alors, pour couvrir l’odeur, il a l’idée de faire griller du poulet. « Comme ça les gens penseraient que c’était un barbecue. » Mais les voisins, intrigués par « l’horrible » odeur de la fumée qui jaillit de chez eux, ont alerté les pompiers. Ils retrouvent le cadavre carbonisé de Sophie Lionnet, au milieu d’un brasier. Face à eux, Ouissem Medouni ne se démonte pas et assure qu’il s’agissait d’un « mouton ». « Je voulais protéger la famille et moi-même. »

« Elle a détruit ma vie »

Quelques jours après leur arrestation, lorsqu’ils comparaissent devant un juge pour la première fois, Sabrina Kouider lui demande d' « endosser toute la responsabilité » des faits, affirme l’accusé. Ce qu’il a fait dans un premier temps, avant de revenir sur ses aveux. « J’étais responsable aussi, mais pas du meurtre », assure-t-il aux jurés. D’ailleurs, il jure n’avoir « jamais, jamais, jamais frappé ou battu une femme ».

« Je ne suis pas un homme violent, je ne l’ai jamais été », ajoute-t-il. Ce qui n'est pas l'avis de Sabrina Kouider. Lors d’une interruption de séance, elle a traité son ex-compagnon de « menteur » et d’« assassin ». Lui, dont la ligne de défense se résume à cette phrase : « Je suis amoureux, mais elle a détruit ma vie ».

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