Meurtre de Sophie Lionnet: Ouissem Medouni a-t-il avoué le meurtre pour protéger sa compagne?

PROCES Ouissem Medouni, l’un des deux accusés du meurtre de la jeune fille au pair à Londres, doit être auditionné à partir de lundi par la cour...

Thibaut Chevillard

— 

Le corps calciné de Sophie Lionnet a été retrouvé en septembre dernier dans le jardin de cette propriété du sud-ouest de Londres
Le corps calciné de Sophie Lionnet a été retrouvé en septembre dernier dans le jardin de cette propriété du sud-ouest de Londres — MacDiarmid/Shutterstock/SIPA
  • Le corps de Sophie Lionnet, 21 ans, a été retrouvé en septembre dernier dans le jardin de ses employeurs, à Londres, au Royaume-Uni.
  • Le procès de Sabrina Kouider, 35 ans, et Ouissem Medouni, 40 ans, s’est ouvert le 19 mars au tribunal de l’Old Bailey.
  • Ils plaident non coupable pour le chef d’accusation de meurtre. Ouissem Medouni plaide, lui, coupable pour entrave au fonctionnement de la justice.
     

De lui, on ne sait pas grand-chose. Ouissem Medouni, 40 ans, travaille dans la finance, à Londres. Il a rencontré Sabrina Kouider, 35 ans, en France, il y a une petite vingtaine d’années. Depuis, le couple entretenait une relation en pointillé. Il venait de temps en temps la voir en Angleterre, pour des week-ends ou des vacances. Mais il ne s’est installé avec elle et ses deux enfants, au rez-de-chaussée d’une maison du quartier de Wimbledon, que quelques mois avant le meurtre de Sophie Lionnet, 20 ans, meurtre dont il est accusé avec sa compagne.

Alors que le procès du couple s’est ouvert il y a quelques semaines, Ouissem Medouni doit être auditionné ce lundi par la cour. Lors d’une précédente audience, en janvier, il avait nié avoir tué la jeune fille au pair mais avait reconnu avoir essayé de faire disparaître son corps en le brûlant, le 20 septembre dernier.

Ce jour-là, des voisins indisposés par l’« horrible » odeur de la fumée qui émanait du jardin du couple, avaient prévenu les pompiers. Ils avaient découvert en éteignant le brasier qu’entretenait Medouni, le corps de Sophie Lionnet. L’accusé leur avait alors calmement expliqué qu’il s’agissait en réalité d’un «mouton», acheté dans une ferme environ 170 euros.

Morte dans la baignoire

Mais les pompiers ne l’avaient pas cru et avaient alerté les policiers. Dans un premier temps, Ouissem Medouni avait refusé de répondre aux enquêteurs concernant Sophie Lionnet. Mais le 5 janvier dernier, il a fait parvenir à la cour un document dans lequel il reconnaît être impliqué dans la mort de la jeune Troyenne, employée depuis le début de l’année 2016 par le couple.

Selon lui, la jeune femme est morte dans la baignoire, alors qu’il lui faisait subir un simulacre d’interrogatoire pour obtenir des informations. Il aurait perdu son sang-froid et l’aurait frappé au visage. Un « accident », avait-il déclaré à l’époque.

Car depuis plusieurs semaines, le couple avait entrepris de lui extirper des aveux, lors de séances violentes qu’ils enregistraient parfois. Sabrina Kouider était persuadée que Sophie Lionnet était entrée en contact avec son ex, Mark Walton, fondateur du groupe Boyzone, dont elle était «obsédée» depuis leur rupture en 2013. Selon elle, ils auraient fait à plusieurs reprises du mal au couple et à leurs proches.

Sabrina Kouider était notamment parvenue à convaincre Ouissem Medouni qu’une nuit, alors qu’ils dormaient après avoir été drogués par Sophie, leur employée aurait aidé Mark Walton à rentrer chez eux afin qu’il les viole.

Parole contre parole

Mais quatre jours avant le début du procès, Ouissem Medouni est revenu sur ses aveux. Il a affirmé avoir endossé la responsabilité de la mort de Sophie Lionnet pour protéger Sabrina Kouider, présentée par l’accusation comme une femme autoritaire, manipulatrice. La jeune fille est morte, assure-t-il désormais, alors qu’il dormait dans leur chambre.

Selon sa version, sa compagne l’a réveillé durant la nuit pour le prévenir que leur jeune fille au pair avait cessé de respirer. Il s’était levé et l’avait trouvé morte, dans la salle de bains. Sabrina Kouider, elle, a juré ne pas être impliquée dans son décès. C’est donc parole contre parole. Le tribunal a prévu de l’entendre cette semaine.