VIDEO. Marche blanche pour Mireille Knoll: «L’essentiel, c’est qu’on était nombreux»

REPORTAGE Une marche blanche était organisée ce mercredi en fin d’après-midi, pour rendre hommage à Mireille Knoll, survivante de la rafle du Vél d’Hiv', tuée vendredi à Paris...

Thibaut Chevillard (avec C.Po)

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Des milliers de personnes ont participé mercredi à Paris à la marche blanche en hommage à Mireille Knoll
Des milliers de personnes ont participé mercredi à Paris à la marche blanche en hommage à Mireille Knoll — Thibault Camus/AP/SIPA
  • Le corps de Mireille Knoll, octogénaire de confession juive, a été retrouvé poignardé et à demi calciné dans son appartement.
  • Deux hommes ont été mis en examen pour « homicide volontaire » à caractère antisémite.
  • La piste d’un crime crapuleux n’est cependant pas écartée.

La pluie s’est arrêtée, le soleil fait discrètement son apparition. Assise sur un banc, face à la Société Générale, Danielle, 75 ans, observe les milliers de personnes qui arrivent peu à peu pour participer à la marche blanche, organisée pour rendre hommage à Mireille Knoll, une octogénaire juive tuée vendredi à Paris. Un peu avant 18 heures, la place de la Nation est déjà noire de monde. « Je suis là pour exprimer mon soutien, mon émotion et ma solidarité », confie cette retraitée, qui habite le quartier de la Bastille. « Cela aurait été révoltant de ne rien faire », ajoute-t-elle, emmitouflé dans son manteau marron.

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La foule doit rallier l’appartement de Mireille Knoll, avenue Philippe Auguste, dans le 11e arrondissement. C’est là que le drame s’est noué vendredi dernier. Au milieu des décombres d’un appartement ravagé par les flammes, les pompiersont découvert le corps de Mireille Knoll, 85 ans, en partie calciné. L’autopsie de cette femme de confession juive, qui avait échappé de peu à la rafle du Vél d’Hiv en juillet 1942, a montré qu’elle avait été poignardée à une dizaine de reprises. Ses meurtriers ont ensuite, semble-t-il, mis le feu à l’appartement.

Les policiers ont interpellé le lendemain un voisin de la victime, âgée de 29 ans et le placent en garde à vue. Un autre homme, âgé de 21 ans, sans domicile fixe et connu des services de police, a aussi été arrêté dans la nuit de dimanche à lundi dans le quartier de la Bastille. Tous deux ont été présentés à un juge, lundi soir, et mis en examen pour « homicide volontaire » à caractère antisémite.

Vif émoi au sein de la communauté juive

Toutefois, les enquêteurs du deuxième district de police judiciaire se montrent très prudents quant au mobile antisémite du crime. Leurs investigations n’ont pas encore permis d’écarter la piste d’un cambriolage ayant mal tourné, a expliqué à 20 Minutes une source policière. Reste que cet homicide a suscité un vif émoi au sein de la population et notamment de la communauté juive.

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Victoria, 20 ans, distribue des badges avec le visage de Mireille Knoll et des autocollants, à deux pas de l’agence BNP, place de la Nation. Cette étudiante en droit, membre de l’Union des étudiants juifs de France, est venue aussi pour « dénoncer l’antisémitisme qui perdure et qui s’accroît en France ». « Aujourd’hui, on ne manifeste pas pour le plaisir. Cette dame a survécu à la Shoah, mais pas à l’antisémitisme, des années plus tard », souffle cette brune aux cheveux longs.

Un badge distribué par les membres de l'UEJF
Un badge distribué par les membres de l'UEJF - Thibaut Chevillard

Brigitte, une informaticienne de 59 ans, a fait le déplacement pour rendre hommage à l’octogénaire, évidemment, mais aussi « à Sarah Halimi », une femme juive de 65 ans, tuée en avril 2017. « Il ne faut pas l’oublier. » La victime avait été rouée de coups sur le balcon, avant d’être défenestrée. Le suspect, un homme de 27 ans qui avait crié « Allah Akbar », a été interné et mis en examen pour « homicide volontaire ». Le caractère antisémite du crime a finalement été retenu, à la fin du mois de février, par la juge d’instruction.

À l’époque, regrette Brigitte, il n’y avait personne dans les rues pour se lever contre l’antisémitisme, « à cause des élections ». Alors, ce mercredi, elle pensait aussi à Sarah Halimi en venant dénoncer cet antisémitisme du quotidien qui la « gonfle », la « fatigue » et la « gêne ».

« Je suis triste qu’il n’y ait pas plus de monde »

A 18h30, la foule s’élance boulevard Voltaire. « Je suis triste qu’il n’y ait pas plus de monde. On devrait être des millions, pas des milliers », soutient Gilles, 58 ans. Ce professeur d’histoire a vécu 20 ans à Sarcelles, dans le Val-d’Oise. « J’ai vu l’antisémitisme monter, et personne ne disait rien », s’emporte-t-il. Selon lui, la Shoah n’est plus enseignée dans de nombreux établissements « pour avoir la paix ». C’est pour cela qu’il n’enseigne plus. « C’est impossible ! »

Fernand, 79 ans, les cheveux grisonnants, fait une pause cigare. Ce retraité « qui a fait mai 68 », est inquiet pour « les familles qui ont des enfants, des petits-enfants ». « Le monde devient de plus en plus dur », observe cet habitant du 17e arrondissement qui dénonce la « montée de l’islam radical ».

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Un peu plus loin, devant le Comptoir Voltaire, les journalistes s’attroupent autour de Marine Le Pen. « Dégage ! » « Pas de fachos dans le quartier ! », scandent certains sur le passage de la présidente du Front national. « Sa présence est inappropriée », assure Eric, 64 ans, imperméable beige sur le dos. « Elle veut récupérer l’attention qu’elle a perdu ces derniers temps. Mais on n’est pas là pour elle », continue ce moustachu aux cheveux blancs.

« Sa place n’est pas ici, surtout après les propos que son père a tenus sur les chambres à gaz, c’est de la provocation », affirme Rita, 70 ans, originaire de Sèvres (Hauts-de-Seine). Cette rousse préfère Manuel Valls « qui défend vraiment les juifs ». Soudain, Marine Le Pen est exfiltrée de la marche blanche par la rue des immeubles industriels. Rita redoute que la presse ne parle que de cet épisode, et que Mireille Knoll soit la grande oubliée du jour.

20 heures. La marche blanche touche à sa fin. Au Royal VI Nation, la télévision est branchée sur BFM TV, dont les envoyés spéciaux enchaînent les directs depuis la rue derrière. « T’as vu, Mélenchon aussi a été exfiltré », rigole une dame qui boit un allongé. « On était combien ? Au moins 20.000 ? », lui demande son voisin, qui déguste un expresso. « Il y avait même Patrick Bruel et Amir ! » Une femme aux cheveux bruns ondulés, écharpe rouge, conclut en mangeant des amandes. « L’essentiel, c’est qu’on était nombreux. Et qu’il n’ait pas plu. »