Meurtre de Mireille Knoll: Crime antisémite ou crapuleux, le mobile au cœur de l'enquête

FAITS DIVERS Deux hommes ont notamment été mis en examen pour « homicide volontaire en raison de l’appartenance vraie ou supposée de la victime à une religion ». Un marche blanche a lieu ce mercredi...

Caroline Politi

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Des messages d'hommage ont été déposés devant l'appartement de la victime.
Des messages d'hommage ont été déposés devant l'appartement de la victime. — Lionel BONAVENTURE / AFP
  • Le corps de Mireille Knoll, octogénaire de confession juive, a été retrouvé poignardé et à demi calciné dans son appartement.
  • Deux hommes ont été mis en examen pour « homicide volontaire » à caractère antisémite.
  • La piste d’un crime crapuleux n’est cependant pas écartée.

En partant vendredi en fin de journée sur un incendie dans un immeuble du 11e arrondissement de Paris, les pompiers ont d’abord cru à une intervention classique. Une habitante du 60, rue Philippe-Auguste les a avertis qu’une épaisse fumée noire émanait d’un appartement du 2e étage. En arrivant sur place, moins de dix minutes après l’appel, ils découvrent que les flammes ont ravagé la quasi-totalité du logement. Et, au milieu des décombres, la dépouille d’une femme âgée étendue sur son lit, en partie calcinée. Ils n’apprendront que le lendemain, dans les médias, que l’incendie servait en réalité à masquer une scène de crime.

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Mireille Knoll, de confession juive, avait 85 ans et vivait seule depuis le décès de son mari, rescapé du camp d’Auschwitz. Elle-même avait échappé de peu à la rafle du Vél d’Hiv, en juillet 1942. L’autopsie a révélé que la victime était décédée avant même l’incendie. Une dizaine de traces de coups de couteau « plus ou moins profonds » ont été relevées sur son corps. Quant au feu, son origine criminelle a été confirmée par deux départs de feu distincts, précise une source policière. Lundi soir, le parquet a ouvert une information judiciaire, notamment pour « assassinat en raison de l’appartenance vraie ou supposée de la victime à une religion » et confiée les investigations au deuxième district de police judiciaire.

Deux hommes mis en examen

Les premiers éléments ont permis, dès le samedi matin, d’interpeller un voisin de la victime, né en 1989. « Un des fils de Mireille Knoll l’a croisé le matin même chez sa mère, explique l’avocat des deux enfants de la victime, Me Gilles-William Goldnadel. Ils étaient en train de discuter sans que cela suscite son inquiétude. Lorsqu’il les a quittés, il n’a relevé aucune animosité. » En creusant cette piste, les enquêteurs se sont aperçus que l’homme était connu de la justice dans une affaire liée à la victime. Le suspect a été condamné pour des faits d’agression sexuelle sur la fille mineure de l’aide à domicile de Mireille Knoll. Selon une source proche du dossier, il était sorti de prison en septembre 2017.

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Un second homme de 21 ans, sans domicile fixe, et défavorablement connu des services de police pour des faits de droit commun (vols, violence…), a été interpellé dans la nuit de dimanche à lundi dans le quartier de la Bastille. Présentés à un juge lundi soir, tous deux ont été mis en examen pour « homicide volontaire » à caractère antisémite et placés en détention provisoire. Au cours de leur garde à vue, les deux hommes ont livré des versions contradictoires et se sont rejeté la responsabilité des coups mortels, indique à 20 Minutes une source proche de l’enquête.

L’hypothèse d’un crime crapuleux

Si le parquet a retenu l’hypothèse d’un crime à caractère antisémite, les enquêteurs se montrent très prudents. La piste d’un cambriolage ayant mal tourné n’a pas été écartée. Les suspects pourraient avoir voulu profiter de l’état de santé de Mireille Knoll, handicapée et très affaiblie, pour commettre un vol en dépit de son niveau de vie relativement modeste. « Il n’est pas rare que le parquet choisisse la qualification la plus haute pour pouvoir faciliter le travail d’enquête », explique une source proche du dossier.

Une marche blanche est prévue ce mercredi à 18 h 30 au départ de la place de la Nation jusqu’à l’immeuble de la victime. De nombreux élus ont d’ores et déjà annoncé qu’ils y participeraient.