Attaques terroristes dans l'Aude: Ils ont vécu dans leur village ce qu'ils ne voyaient «qu'à la télé»

TERRORISME Sous le choc, les clients du Super U de Trèbes qui ont vécu l’attaque, ont une impression d’irréalité, de mauvais film…

H. Menal et B. Colin à Trèbes

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Trèbes, le 23 mars 2018. - Des gendarmes bloquent l'accès à Trèbes (Aude) après une prise d'otages dans un supermarché.
Trèbes, le 23 mars 2018. - Des gendarmes bloquent l'accès à Trèbes (Aude) après une prise d'otages dans un supermarché. — ERIC CABANIS / AFP
  • Selon les premiers éléments de l’enquête, un homme aurait d’abord agressé un groupe de CRS qui rentrait d’un footing et se dirigeait vers leur caserne. L’un d’entre eux a reçu une balle au niveau de l’épaule. Transporté à l’hôpital, les jours de ce CRS ne sont pas en danger, précise une source policière.
  • L’homme aurait ensuite pris la fuite. A 11h15, il serait arrivé dans le supermarché Super U de Trèbes où il a retenu plusieurs personnes en otages. Deux otages sont morts. 
  • L'assaillant a été abattu lors de l'assaut du GIGN. Il avait 26 ans et était fiché S. 

A Trèbes, après l’assaut, les habitants et clients de SuperU, toujours hagards, traînent qui, devant la mairie où des auditions ont lieu, qui du côté du Canal du Midi à la cellule psychologique mise en place après le drame.

André, 76 ans, y est passé sans conviction. Ce retraité se rapprochait des caisses avec ses provisions quand il a entendu des coups de feu : « Au début, j’ai cru que c’était un pétard, puis, j’ai entendu "Couchez-vous" et là j’ai compris que c’était sérieux. ». Une fois au sol, il a levé les yeux et vu à travers les grilles de son chariot le corps d’une personne touchée près des caisses. « Personne ne bougeait. Je me suis relevé et je suis allé voir du côté de la boucherie et, c’est là qu’un autre client m’a dit de le suivre jusque dans la chambre froide ».

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Comme lui, une douzaine de personnes étaient réfugiées là. Elles ont essayé de bloquer la porte, ont attendu un moment, avant de s’apercevoir qu’il y avait une autre sortie à l’arrière, côté entrepôt. Là, les clients ont vu les gendarmes qui escaladaient le grillage avec une échelle pour s’approcher du bâtiment. Les militaires ont évacué le groupe par le même chemin. André a ensuite rejoint les secours. « J’aurais jamais pensé à ça à Trèbes, d’habitude on le regarde à la télé », souligne-t-il, plutôt calme mais « maintenant un peu choqué ».

Un blessé a succombé avant l’assaut

François, lui, est en colère. Cet employé de l’hypermarché a fait face à la mort. « Il a tiré deux fois dans ma direction, raconte-t-il. Là, vous n’avez pas le temps de réfléchir, vous faites demi-tour ». Cet ancien militaire a fait en sorte d’évacuer les gens, dont « beaucoup de personnes âgées », par l’arrière du bâtiment.

Jacques* est plutôt calme. Ce médecin du travail, qui venait justement à Super U pour valider des aménagements de postes, parle posément. Pourtant, il a vu le corps de la première victime, un boucher du magasin, « dans une mare de sang » et pris le pouls « filant » de la deuxième, une personne âgée, qui n’a pas survécu. « Je suis malheureux parce qu’il y avait une personne encore vivante », souffle Jacques.

D’autres clients restent sous le choc. Ils quittent la mairie les larmes aux yeux et silencieux, accueillis pour certains par un proche - un mari ou un petit ami - qui lui aussi a vécu des heures terribles.

* Le prénom a été changé