VIDEO. Meurtre de Sophie Lionnet: La jeune fille au pair a vécu un enfer avant de mourir

PROCES Au deuxième jour du procès de Sabrina Kouider et d’Ouissem Medouni, l’accusation a détaillé le calvaire vécu par la jeune fille au pair lors des simulacres d'interrogatoire que lui faisaient subir les accusés dans leur maison de Londres...

Thibaut Chevillard

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Le père et la mère de Sophie Lionnet, se rendant au procès du couple suspecté d'avoir tué leur fille
Le père et la mère de Sophie Lionnet, se rendant au procès du couple suspecté d'avoir tué leur fille — NIKLAS HALLE'N / AFP
  • Le corps de Sophie Lionnet, 21 ans, a été retrouvé en septembre dernier dans le jardin de ses employeurs, à Londres, au Royaume-Uni.
  • Le procès de Sabrina Kouider, 35 ans, et Ouissem Medouni, 40 ans, s’est ouvert ce lundi au tribunal de l’Old Bailey.
  • Ils plaident non coupable pour le chef d’accusation de meurtre. Ouissem Medouni plaide, lui, coupable pour entrave au fonctionnement de la justice.

De notre envoyé spécial à Londres (Grande-Bretagne),

Quand elle a entendu la voix de Sabrina Kouider hurler sur sa fille, la maman de Sophie Lionnet a lâché prise. Submergée par l’émotion, Catherine Devallonné a dû quitter la salle d’audience quelques minutes après que l’accusation a commencé à diffuser l’enregistrement de l’un des simulacres d’interrogatoire que les deux accusés ont fait subir à leur jeune fille au pair. Patrick Lionnet, le père de Sophie, tient la main de l’enquêtrice de Scotland Yard assise à côté de lui, au fond de la 6e chambre du tribunal londonien. Il écoute sa fille de 21 ans tenter de répondre aux questions délirantes que lui pose le couple, jugé depuis lundi pour son meurtre.

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Au cours de l’année 2016, pour une raison encore obscure, Sabrina Kouider, 35 ans, a commencé à imaginer que sa jeune employée complotait dans son dos avec son ex-compagnon. Celle qui se présente comme styliste a vécu une brève histoire d’amour avec Mark Walton, l’ex-chanteur du groupe Boyzone. Depuis leur rupture, elle a développé « une forme d’obsession » à son égard, explique l’avocat de l’accusation, Richard Horwell. À partir de 2012, elle multiplie les attaques contre lui. En 2015, elle crée un compte Facebook sous un faux nom pour l’accuser d’être un pédophile. Elle l’a aussi signalé une vingtaine de fois aux services sociaux et aux policiers.

« Tu te fous de ma gueule ! Tu es un monstre »

Avec le temps, Sophie Lionnet intègre le délire paranoïaque de Sabrina Kouider sur son ex. En août dernier, elle appelle une fois de plus la police. Elle affirme cette fois que la jeune fille a rencontré Mark Walton et qu’ensemble, ils ont abusé sexuellement d’un de ses proches. Elle précise aussi à l’agent qui l’écoute que son employée et son ex-compagnon auraient projeté de s’en prendre à elle et à ses proches. Plus tard, elle se rend au poste pour vérifier que sa plainte a bien été enregistrée. Elle y va accompagnée… par Sophie, qui ne peut que nier les faits qui lui sont reprochés. L’officier de police de permanence n’en croit pas ses yeux et « conclu que cela n’avait aucun sens ».

Plus le temps passe et plus Sophie est persécutée par Sabrina Kouider qui la maintient sous son emprise. Avec son compagnon, elle va se mettre à lui faire subir des pseudo-interrogatoires. Elle veut lui faire avouer qu’elle et Mark Walton ont bien violé un membre de sa famille. Elle veut aussi l’entendre dire que l’artiste est venu un soir, avec d’autres personnes, pour la violer elle et Ouissem Medouni, après qu’ils ont été drogués par Sophie. Des séances que les accusés ont enregistrées. « Regarde-moi dans les yeux », intime un jour Sabrina Kouider à Sophie, qui lui répond en sanglots qu’elle a « peur ». « Tu te fous de ma gueule ! Tu es un monstre, lui lance sa patronne. Je croyais que tu étais quelqu’un de bien ».

Séances de waterboarding

Les interrogatoires deviennent de plus en plus violents, comme le prouvent les multiples fractures retrouvées sur son corps. Ouissem Medouni semble avoir été convaincu avec le temps que les accusations lancées par Sabrina Kouider étaient vraies. Dans la nuit du 18 septembre 2017, le couple obtient ce qu’il veut : des aveux de Sophie, extirpés sous la contrainte. Ils décident de la filmer. Une vidéo de 3 minutes environ, également diffusée aux douze jurés chargés de les juger. Sophie est assise devant une cheminée. Elle est amaigrie, effrayée, affaiblie. D’une petite voix fluette, elle confesse hagard toutes ces choses folles que ses patrons lui demandent d’avouer. Dans les heures qui ont suivi ces enregistrements, Sophie a été tuée.

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Les légistes ne savent toujours pas comment. Les accusés plaident non-coupable du meurtre de la jeune femme. En revanche, Ouissem Medouni avait reconnu, en janvier dernier, devant les policiers, être responsable de sa mort. « Il a indiqué avoir forcé Sophie à prendre un bain et avoir commencé à l’interroger. Il a aussi affirmé lui avoir enfoncé la tête sous l’eau en la tenant. Il a déclaré avoir répété l’opération à plusieurs reprises, tout en lui demandant des informations sur l’agression sexuelle qu’il aurait subie », détaille Richard Horwell. Ouissem Medouni a alors expliqué avoir perdu son sang-froid et avoir frappé Sophie à la tête. C’est ainsi, confiait-il dans un premier temps, que la jeune femme était décédée. Il voulait plaider l’homicide involontaire.

« Cela ne servait pas leur cause que Sophie soit en vie »

À l’époque, Sabrina Kouider avait déclaré qu’au moment où Sophie avait été tuée, elle dormait dans sa chambre. Elle disait n'avoir découvert son corps qu’au petit matin. Son compagnon lui avait alors expliqué qu’il s’agissait d’un « accident ». Mais quelques jours avant le début de leur procès, Ouissem Medouni est revenu sur ses déclarations. S'il a avoué le meurtre, c'est pour protéger sa compagne. Mais c’est lui et non elle qui était allé dormir pendant que Sophie se faisait tuer. Sabrina Kouider l’a réveillé en pleine nuit pour lui dire que la jeune fille était dans son bain et avait cessé de respirer.

Pourquoi Sophie Lionnet a-t-elle été tuée ? L’accusation avance deux hypothèses. La première, c’est que les accusés « en avaient fini avec elle une fois ses confessions enregistrées. » « Quoiqu’ils veuillent faire de ces confessions, cela ne servait pas leur cause que Sophie soit en vie. » Le second mobile envisagé est « la vengeance ». « S’ils croyaient que ses confessions étaient vraies, ils ont simplement pu vouloir sa mort pour la punir et se venger », souffle Richard Horwell. Le couple devra attendre la quatrième semaine du procès pour s’exprimer sur les faits qui leur sont reprochés. Mark Walton, lui, est attendu d’ici trois semaines.

La famille mise de côté

Mercredi, plusieurs voisins du couple, témoins des brutalités dont Sophie a été victime, vont défiler à la barre. Catherine Devallonné, elle, est amère. Venue de Sens (Yonne) à l’occasion du procès, elle a appris, ce mardi qu’elle ne sera pas appelée comme témoin, tout comme son mari. Ils ne disposent pas du statut de partie civile, inexistant au Royaume-Uni.

Une déception pour les parents de Sophie qui ont, selon leur avocat français, maître Franck Berton, un peu l’impression d’être mis de côté par la justice britannique. Et qui avaient surtout à cœur de rappeler à la cour que leur fille n’était pas le « monstre » que décrivait sa patronne dans ces terribles enregistrements.