VIDEO. Procès de Jacques Rançon: «Il est l'un des rares tueurs en série que la France ait connus»

DISPARUES DE PERPIGNAN Tandis que le procès de Jacques Rançon s’ouvre ce lundi, à Perpignan, le journaliste Thibaut Solano, auteur du livre «Les Disparues», revient sur l’une des plus grosses affaires de ces vingt dernières années…

Propos recueillis par Emilie Petit

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Les deux meurtres reconnus par Jacques Rançon ont été commis près de la gare de Perpignan.
Les deux meurtres reconnus par Jacques Rançon ont été commis près de la gare de Perpignan. — RAYMOND ROIG / AFP

Entre 1997 et 1998, deux jeunes femmes ont été retrouvées mortes et atrocement mutilées, près de la gare de Perpignan. Pendant près de vingt ans, l’enquête piétine. Puis, en 2014, un énième suspect est arrêté. Grâce aux progrès de la science, la justice semble, cette fois, tenir le vrai coupable. Jacques Rançon, magasinier au chômage, originaire de Picardie, est confondu par de nouvelles analyses ADN. Un homme « plutôt banal », selon Thibaut Solano, journaliste et auteur du livre Les Disparues. Bien loin du profil dressé, dans un premier temps, par les enquêteurs de l’époque. Son procès s'ouvre ce lundi, aux assises des Pyrénées-Orientales.

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Comment l’enquête sur les disparues de la gare de Perpignan a-t-elle pu mettre si longtemps à connaître son dénouement ?
Ce qui est particulier dans cette affaire, c’est qu’il y a eu beaucoup de suspects et beaucoup de fausses pistes. La première victime, Mokhtaria Chaïb, a été retrouvée mutilée, et le premier légiste à avoir autopsié le corps a d’abord pensé que le tueur avait des compétences médicales. Donc l’enquête s’est beaucoup orientée, dans un premier temps, vers l’hypothèse d’un médecin à la double personnalité. Ce qui correspondait au profil du premier suspect arrêté qui était interne à l’hôpital de Perpignan.

Puis il y a eu beaucoup d’autres suspects, notamment des maniaques sexuels qui avaient habité près des scènes de crime. Finalement, près de vingt après, il s’avère que l'homme qui a avoué ces meurtres n’a en fait aucune compétence médicale, contrairement à ce qui avait été avancé.

Jacques Rançon n’a rien à voir avec le profil de notable ou de chirurgien dressé au départ par les enquêteurs. Qui est cet homme qui a réussi à échapper à la justice pendant près de deux décennies ?
C’est un homme plutôt banal. Il était magasinier, au chômage lorsqu’il a été arrêté. Il a grandi dans un milieu très pauvre, en Picardie. Quand il était petit, il y avait même des rats dans la maison qu’il occupait. Il dormait parfois dehors. Mais il était déjà connu de la justice puisqu’en 1992, il a violé une femme à Amiens [Jacques Rançon a été condamné à huit ans de prison pour ce viol]. C’est en sortant de prison qu’il est parti vivre à Perpignan. Là, selon ses propres aveux, il a recommencé.

Les experts psychiatres le qualifient de violeur et tueur en série. On sait aujourd’hui qu’il avait un casier judiciaire assez chargé et que, au moment des crimes de Perpignan, il était dans une logique de répétition puisque, non seulement il a tué deux fois, selon ses aveux, mais il a, ensuite, essayé de tuer une troisième fois.

Jacques Rançon ayant reconnu une partie des faits, quel est l’enjeu de ce procès d’assises ?
Dans la mesure où Jacques Rançon a effectivement reconnu les deux meurtres, la tentative de meurtre et la tentative de viol, il risque la perpétuité. Néanmoins, il reste un mystère : est-ce que Jacques Rançon a commis d’autres crimes, ailleurs, en France, auparavant ? Ça ne semble pas totalement impossible. Peut-être que son procès permettra d’en savoir plus sur son passé…