La Baule: Trois ans après, le meurtre non résolu d'Emmanuel Popineau hante toujours sa famille

ENQUETE Trois ans et demi après le meurtre d'Emmanuel Popineau à La Baule, sa compagne et sa soeur lance un appel à témoins...

Thibaut Chevillard

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Emmanuel Popineau a été tué à son domicile de la Baule, en juin 2014 (illustration)
Emmanuel Popineau a été tué à son domicile de la Baule, en juin 2014 (illustration) — LOIC VENANCE / AFP
  • Emmanuel Popineau, 37 ans, a été tué en juin 2014, à La Baule (Loire-Atlantique).
  • Plus de trois ans et demi après les faits, aucun suspect n’a été mis en examen dans cette affaire.
  • Sa sœur et sa conjointe lancent aujourd’hui un appel à témoins.

Plus de trois années se sont écoulées. Et les proches d’Emmanuel Popineau attendent toujours des réponses. Pourquoi cet homme de 37 ans, père de quatre enfants, a-t-il été tué dans la nuit du 13 au 14 juin 2014, à La Baule (Loire-Atlantique) ? Et surtout, par qui ? « On a besoin de savoir ce qu’il s’est passé », lâche ému sa compagne, Morgana.

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Malgré le travail effectué par les policiers nantais, le meurtrier court toujours. « Pour la famille, il est extrêmement difficile de vivre sans explication, sans que l’auteur des faits n’ait été arrêté », souligne l’avocat de la conjointe et de la sœur de la victime, maître Morgan Loret.

Abattu d’une balle tirée à bout touchant

Le corps d’Emmanuel a été retrouvé un samedi matin, vers 8h30. Il a été abattu d’une balle tirée à bout touchant qui a traversé le thorax. Ce sont ses enfants qui l’ont découvert. Il était simplement vêtu d’un short, allongé sur la terrasse du pavillon que la famille louait depuis un mois avenue du Marquis, à la Baule. La veille, l’homme était sorti dans plusieurs de bars de la ville, mais ses proches ne savent pas précisément avec qui. Il est rentré vers minuit, accompagné d’une « connaissance » rencontrée il y a quelques années, avec qui il s’est battu au sujet d’un téléphone portable, raconte Morgana.

« Ils se sont battus très violemment, l’autre personne est repartie de chez mon frère très amoché », poursuit la sœur de la victime, Mona-Lisa. Puis, Emmanuel Popineau est reparti. « Il n’est revenu qu’au petit matin », selon maître Loret. Morgana ne se souvient plus exactement quelle heure il était quand elle l’a entendu rentrer. A ce moment-là, elle se trouvait dans la chambre parentale : « Il est venu prendre quelque chose derrière la porte de la chambre, en fait, c’était un manche d’aspirateur qu’il a utilisé pour se défendre. »

« Ça se voyait qu’il avait peur »

Quelques minutes plus tard, elle a entendu une « détonation ». « Quand j’ai entendu ce bruit, j’ai ouvert un tout petit peu les volets, et j’ai regardé par la fenêtre. J’ai entendu quelqu’un courir, j’ai pensé en fait qu’Emmanuel repartait. La seule chose que j’ai trouvée bizarre, c’était ma bouteille de gaz qui avait été déplacée et qui se trouvait au milieu de l’allée. Je me suis recouchée, angoissée. » Quelques heures plus tard, ses enfants feront la macabre découverte. Le parquet saisit alors l’antenne de police judiciaire de Nantes qui commence son enquête.

Que s’est-il passé ? L’homme avec qui Emmanuel s’est battu, âgé d’une quarantaine d’années, est-il revenu pour se venger ? Comme il avait laissé ses papiers et son téléphone sur les lieux, les policiers l‘ont facilement retrouvé et l’ont interrogé, « seulement trois semaines plus tard », remarque Morgana. L’homme s’est cependant présenté face aux enquêteurs nantais avec un alibi. « En l’état, il n’y a rien qui permet d’incriminer cette personne », explique maître Morgan Loret.

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Les enquêteurs vont alors creuser le profil de la victime. Boulanger-pâtissier de formation, Emmanuel était une personne « que tout le monde aimait, qui était très drôle et qui avait énormément d’amis », résume son épouse. « Un bon père, qui aimait ses quatre enfants plus que tout », insiste sa sœur.

« Il consommait de la drogue, mais ce n’était pas un trafiquant »

Un homme qui avait aussi quelques « défauts ». Cannabis, cocaïne… Depuis quelque temps, Emmanuel « était un peu tombé dans la drogue », déplore Mona-Lisa. « Je le savais, mais ce n’est pas un sujet dont il parlait avec moi. Il m’a toujours tenu à l’écart de ça », souffle Morgana. « Il en consommait, mais ce n’était pas un trafiquant », nuance maître Loret. Il était aussi « assez bagarreur «  et n’avait pas pour habitude de « se laisser faire »,  reconnaît Morgana.

Avant de déménager, la famille vivait à Saint-Nazaire, à une petite vingtaine de kilomètres de La Baule. Mais sa compagne ne supportait plus « tous ces gens qui passaient à la maison le voir, et de les entendre faire la fête la nuit ». Quelque temps avant le drame, Morgana trouvait Emmanuel « tendu ». « Il avait des histoires, ça se voyait qu’il avait peur. » Mais peur de quoi ? En mai 2014, il a trouvé un poste de commis de cuisine au Château des Tourelles, un hôtel haut de gamme de Pornichet, une ville poche de La Baule. La famille a emménagé dans une partie du pavillon de l’avenue du Marquis. Selon Morgana, son compagnon a voulu « fuir » Saint-Nazaire.

Il « devait de l’argent à pas mal de monde »

Mona-Lisa se demande également si ce départ précipité pour La Baule n’était pas une manière d’échapper « à des gens qui harcelaient » son frère. Elle se souvient qu’il « devait de l’argent à pas mal de monde ». Aujourd’hui encore, elle reste « persuadée » qu’Emmanuel a été tué « pour des histoires liées à la drogue ». « C’est une piste qui n’est pas refermée, qui reste crédible, même si elle n’a pas permis de mettre en lumière un ou des suspects », note maître Morgan Loret. « Ca peut être ça... ou plein d’autres choses », souffle la mère de ses enfants.

Ni le parquet de Nantes, ni les sources policières contactées par 20 Minutes n’ont souhaité s’exprimer sur cette affaire. Mais l’enquête, selon maître Loret, piétine. « Les pistes étudiées n’ont débouché sur aucune mise en examen. » L’avocat redoute que, faute de suspect, le juge d’instruction décide de rendre une ordonnance de non-lieu. La famille lance aujourd’hui un appel à témoins et espère « que quelqu’un se souviendra d’un détail, de n’importe quoi qui pourrait faire avancer l’enquête », confie Morgana. Et sa sœur de conclure : « On a besoin de savoir pour faire notre deuil, pour avancer. »

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