Affaire Troadec: Un an après la tuerie d'Orvault, il reste des zones d'ombre

FAITS DIVERS Un an après l’assassinat de Pascal, Brigitte, Sébastien et Charlotte Troadec à Orvault, plusieurs questions demeurent sans réponse…

Frédéric Brenon

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Le domicile familial des Troadec à Orvault.

Le domicile familial des Troadec à Orvault. — L.Venance/AFP

  • Pascal et Brigitte Troadec, ainsi que leurs deux enfants Sébastien et Charlotte, ont été assassinés il y a un an, près de Nantes.
  • Après avoir avoué les crimes, Hubert Caouissin a été mis en examen et écroué en mars 2017.
  • Les proches des victimes ne croient pas en la version donnée par le principal suspect.

Il y a un an, dans la nuit du 16 au 17 février 2017, Pascal, Brigitte, Sébastien et Charlotte Troadec étaient assassinés à leur domicile d’Orvault, près de Nantes. Si Hubert Caouissin, le beau-frère du père de famille, est passé aux aveux le 6 mars 2017, puis a été mis en examen et écroué, cette affaire hors-norme soulève encore plusieurs questions restées sans réponse.

Quel est le mobile du crime ?

Hubert Caouissin aurait gardé une « profonde rancœur » envers Pascal Troadec au sujet d’un héritage familial composé d’or. « Il lui reproche d’avoir récupéré des pièces d’or qui auraient dû être partagées en famille », expliquait Pierre Sennès, procureur de la République, en mars 2017. Depuis, le principal suspect a maintenu cette version. Problème, si la mère de Pascal Troadec a confirmé l’existence d’un trésor, les enquêteurs n’en ont toujours pas trouvé trace. Son existence même n’a pu être prouvée. « Ce scénario n’est pas crédible. Nous pensons depuis le début que cet or est un alibi », estime Cécile de Oliveira, avocate des proches des victimes, laquelle penche plutôt pour une « haine profonde ». « Que l’or existe ou pas, ce n’est pas l’essentiel, rétorque Thierry Fillion, avocat d’Hubert Caouissin. Il a une croyance très forte dans cette histoire de spoliation, ce qui a entraîné cette détérioration des relations familiales. »

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Le suspect a-t-il prémédité ses crimes ?

Hubert Caouissin s’est rendu à Orvault le soir du 16 février afin d’espionner les Troadec. Il raconte avoir pénétré dans la maison par le garage, muni d’un stéthoscope et d’un calepin, puis s’être caché dans la buanderie. Après avoir fait du bruit, il dit s’être retrouvé nez à nez avec le couple Troadec. S’en serait suivie une altercation confuse au cours de laquelle Hubert Caouissin s’empare d’un pied de biche avec lequel il va « frapper et donner la mort » à Pascal Troadec, aux deux enfants, puis à Brigitte qu’il aurait poursuivie jusque dans la salle de bain. Un homme seul a-t-il pu tuer quatre adultes au cours d’une bagarre sans que personne ne parvienne à s’échapper, ni même à prévenir les secours ? Les proches des victimes en doutent. Les enquêteurs, peu convaincus eux aussi, cherchent encore à préciser le déroulement des faits. L’ordre des décès n’est pas encore formellement établi.

Recherches sur la propriété des Caouissin à Pont-de-Buis-les-Quimerch (Finistère).
Recherches sur la propriété des Caouissin à Pont-de-Buis-les-Quimerch (Finistère). - F. Tanneau/AFP

Où est l’arme du crime ?

D’après le récit d’Hubert Caouissin, c’est donc avec un pied-de-biche récupéré au domicile des Troadec que les coups mortels auraient été portés aux quatre victimes. Une version plausible. Sauf que l’arme n’a jamais été retrouvée par les enquêteurs. Hubert Caouissin affirme s’en être débarrassé en la jetant dans la rivière Elorn par-dessus le pont de l’Iroise, entre Plougastel et Brest (Finistère). Malgré des fouilles, le pied de biche reste introuvable.

Où sont les crânes des victimes ?

Selon les explications du procureur de la République, les corps ont été démembrés et dépecés. Une partie a été brûlée dans un four de la propriété des Caouissin, à Pont-de-Buis-les-Quimerch (Finistère), une autre broyée et enterrée dans des terres marécageuses. Après d’intenses recherches, des restes des corps de Pascal, Brigitte, Sébastien et Charlotte Troadec ont bel et bien été identifiés et retrouvés. Mais il manque toujours certaines parties, en particulier les crânes. Les éléments donnés par le suspect n’ont pas permis de savoir précisément ce qu’ils étaient devenus. « On a l’espoir de les retrouver. Il y a une attente très forte des proches sur ce point », explique Céclie de Oliveira, avocate des proches des victimes.

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Quel a été le rôle exact de Lydie Troadec ?

La compagne d’Hubert Caouissin et sœur de Pascal Troadec a été mise en examen pour « modification de l’état des lieux de crime pour faire obstacle à la manifestation de la vérité » et « recel du cadavre d’une personne victime d’un homicide ». Il est acquis que Lydie Troadec avait connaissance du quadruple meurtre, qu’elle a aidé à nettoyer le véhicule ayant transporté les corps et a participé à faire disparaître des indices. A-t-elle pu jouer un rôle plus important ? C’est ce que cherchent à déterminer les enquêteurs. Aucun élément ne prouverait, à ce stade, qu’elle était à Orvault avec son compagnon le soir des assassinats. Lydie Troadec est sortie de prison début juillet, à l’issue de sa détention provisoire. Placée sous contrôle judiciaire, elle vit désormais en Bretagne, dans un lieu tenu secret.