Affaire Troadec: «On revit jour par jour, heure par heure, ce qu’on a vécu un an plus tôt»

INTERVIEW Cécile de Oliveira, avocate de la mère et des deux soeurs de Brigitte Troadec, revient sur le quadruple asssassinat survenu à Orvault le 16 février 2017...

Propos recueillis par Frédéric Brenon

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Cécile de Oliveira, avocate de la mère et des soeurs de Brigitte Troadecà Nantes.
Cécile de Oliveira, avocate de la mère et des soeurs de Brigitte Troadecà Nantes. — JS Evrard/AFP
  • Pascal, Brigitte, Sébastien et Charlotte Troadec ont été assassinés il y a près d’un an, près de Nantes.
  • Hubert Caouissin, a été mis en examen et écroué en mars 2017.
  • Les proches des victimes ne croient pas en la version donnée par le principal suspect.

Il y a près d’un an, dans la nuit du 16 au 17 février 2017, Pascal, Brigitte, Sébastien et Charlotte Troadec étaient assassinés à leur domicile d'Orvault, près de Nantes. Hubert Caouissin, le beau-frère du père de famille, passera aux aveux le 6 mars et sera mis en examen et écroué. Les restes des corps des victimes seront retrouvés quelques jours plus tard, éparpillés sur la propriété du couple Caouissin à Pont-de-Buis (Finistère). Cécile de Oliveira, avocate de la mère et des deux sœurs de Brigitte Troadec, revient pour 20 Minutes sur l’affaire.

Comment les proches de Brigitte Troadec ont-ils vécu ces douze derniers mois ?

Ça a été une année éprouvante. Elles ont dû faire face à l’angoisse de la disparition. A l’annonce des meurtres. Au sort qui a été réservé aux corps des quatre membres de la famille. Ensuite elles ont attendu de longs mois avant de pouvoir procéder aux sépultures. Et puis maintenant elles font face à la découverte d’une enquête qui est très lourde et la lecture des auditions de M.Caouissin est très difficile pour elles.

Peut-on faire son deuil dans ces conditions ?

Pour le moment, elles sont encore extrêmement traumatisées. Le deuil, c’est un processus. Mettre à distance une situation de mort quand le décès est naturel et qu’il est accepté, c’est possible. Là, c’est très difficile car c’est une mort d’une extrême violence. Et un deuil multiple, quatre personnes en même temps. Heureusement, la famille est extrêmement soudée. Elles se portent beaucoup d’affection, font face à cette horreur avec beaucoup de gentillesse.

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Comment vivent-elles l’hypermédiatisation de l’affaire ?

J’essaie de faire écran pour ne pas qu’elles la subissent. Elles n’ont pas l’intention d’être soumises à une pression qui n’a aucun sens pour elles. Il y a eu des moments très pénibles. En ce moment, avec l’anniversaire, elles sont de nouveau beaucoup sollicitées.

C’est une date qu’elles appréhendent ?

C’est un moment difficile à vivre, bien sûr. On revit un peu jour par jour, heure par heure, ce qu’on a vécu un an plus tôt. Forcément, c’est extrêmement douloureux.

Qu’attendent vos clientes de l’enquête et des auditions d’Hubert Caouissin ?

Elles veulent connaître la vérité. Mais elles ne s’appuient pas sur les versions de M.Caouissin. Elles vont s’appuyer sur les éléments techniques du dossier qui sont en train d’être construits. Elles ont confiance en l’instruction qui est en cours. C’est seulement comme ça qu’on saura ce qui s’est réellement passé.

Le mobile avancé par le suspect n’a pas changé [un héritage familial de pièces d’or que Pascal Troadec se serait approprié]. Qu’en pensez-vous ?

Nous n’y croyons pas. C’est un scénario qui n’est pas du tout crédible, rien n’a démontré que ça l’était. Nous pensons depuis le début que cet or est un alibi. Les recherches répétées n’ont jamais permis de trouver trace de ce trésor.

Recherche des corps de la famille Troadec à Pont-de-Buis-lès-Quimerch.
Recherche des corps de la famille Troadec à Pont-de-Buis-lès-Quimerch. - F.Tanneau/AFP

Vos clientes espèrent-elles quelque chose d’Hubert Caouissin ?

Elles n’attendent rien de lui. Je leur conseille de ne pas attendre grand-chose, l’inverse serait catastrophique. Moi, j’attends des éléments techniques de l’enquête. J’apprécie à sa juste valeur le discours de M.Caouissin. Il répond aux questions mais je pense que c’est une posture. Sa franchise n’est pas du tout établie.

Plusieurs parties des corps n’ont pas été retrouvés. Notamment les crânes…

Il y a une attente très forte des proches sur ce point. Il y a un espoir de retrouver les crânes, bien sûr. J’y crois.

Quelles sont les prochaines étapes du dossier ?

L’instruction se poursuit en 2018, avec une reconstitution ces prochains mois. Un procès devrait avoir lieu en fin d’année 2019. Ça va être dur, on le sait. Notre objectif sera de nous y préparer le moins mal possible.

En tant qu’avocate, vous avez déjà connu d’autres affaires d’homicides, notamment l’assassinat de Laetitia Perrais par Tony Meilhon. Quel regard portez-vous sur le dossier Troadec ?

C’est un dossier terrible, terrible. Par rapport à l’affaire Meilhon, c’est différent. Il y a quatre personnes qui sont tuées en même temps. C’est bouleversant d’imaginer ça.

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