Règlement de compte: Doit-on s'attendre à une année noire à Marseille en 2018?

FAITS DIVERS En un mois, cinq personnes sont mortes sur fond de règlement de comptes... 

Mathilde Ceilles

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Deux hommes ont été retrouvés carbonisés dans une voiture dimanche
Deux hommes ont été retrouvés carbonisés dans une voiture dimanche — B. Langlois / AFP
  • Cinq personnes sont mortes à Marseille sur fond de règlement de comptes depuis le début de l'année.
  • Certains élus appellent à agir face à cette « situation d'urgence ».
  • Pour les autorités, il est trop tôt pour tirer des conclusions.

Cinq. À Marseille, depuis début janvier 2018, cinq personnes sont mortes sur fond de probables règlements de comptes, en l’espace d’un mois. Le dernier en date remonte au week-end dernier. À une trentaine kilomètres de Marseille, les enquêteurs de la police judiciaire découvrent deux corps dans une voiture carbonisée. Les victimes auraient été abattues avant d’être brûlées. L’une d’elle serait liée à des affaires de narco-banditisme.

Un autre homicide s’était produit seulement quelques jours auparavant. Un trentenaire, connu de la justice, est victime de plusieurs balles dans la tête chemin des Escourtines dans le XIe arrondissement de Marseille. Deux autres faits similaires se sont produits en janvier, dont une fusillade à la kalachnikov dans le quartier de la Plaine.

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« Une situation d’urgence »

Faut-il craindre dès lors une recrudescence des règlements de compte dans la ville de Marseille ? Il y a quelques jours, un policier marseillais confiait à l’AFP : « Il y a tellement de sorties de prisons, et tellement d’équipes prêtes à régler leurs comptes… », une autre source policière déplorant « un travail sans fin ». « C’est le serpent qui se mort la queue, confirme à 20 Minutes Jean-Marie Allemand, secrétaire zonal du syndicat Alliance. Ils sont arrêtés, ils passent devant la justice, jugés puis ils ressortent de prison. Sans compter ceux qui continuent derrière les barreaux avec leurs portables… »

« Aujourd’hui, à Marseille, nous sommes dans une situation d’urgence : je ne vois pas comment on pourrait appeler cela autrement quand on a un mort par semaine », affirme Saïd Ahamada. Le député LREM de la septième circonscription des Bouches-du-Rhône, située dans les quartiers Nord, appelle à « agir plus vite et plus fort ». « Si on continue à ce rythme, on aura 48 règlements de compte à la fin de l’année 2018. Il faut prendre conscience du problème. On s’est habitué à quelque chose auquel on ne devrait pas être habitué, comme si on était vacciné. Il n’y a plus de réaction. »

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« Il peut y avoir des évolutions erratiques »

« Nous sommes début février, nous ne sommes qu’au début du phénomène, tempère Olivier de Mazières, préfet de police des Bouches-du-Rhône, en marge d’une conférence de presse sur les chiffres de la délinquance à Marseille en 2017, globalement en baisse. Il faut attendre deux ou trois mois de recul pour tirer des conclusions. »

Et d’ajouter : « 2017 a été spécialement basse en la matière. On a dénombré 13 règlements de comptes causant la mort de 14 personnes, contre 26 règlements de comptes en 2016 et 29 tués. Ce début d’année 2018 est sur le même rythme que 2016. On tourne entre 20 et 25 règlements de comptes. Il n’y a pas un phénomène d’explosion, cela correspond à 2014, 2015 et 2016. Il peut y avoir des évolutions erratiques, y compris à la baisse. »

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Près de 160 personnes écrouées

« En 2015-2016, il y a eu des périodes de crise fortement soutenues, qui pouvaient être la conjonction de malfaiteurs sortant de prisons », se souvient le patron de la PJ marseillaise, Eric Arella. Est-ce le cas encore cette année, comme le laisse penser certaines sources policières ? « Ce n’est pas mon analyse, affirme Eric Arella. L’évolution des règlements de compte est en dents de scie, il n’y a pas de règle en la matière. On l’a déjà connu dans le passé. Sur les règlements de compte, ce sont des mois, parfois des années d’enquête. »

« J’ai bon espoir que le bon taux d’élucidation de 2017 [entraînant l’incarcération de plusieurs trafiquants] va permettre de mettre à l’écart des individus susceptibles d’être pris en compte par ces statistiques », avance Olivier de Mazières. Selon les statistiques communiquées par Eric Arella, le taux d’élucidation des règlements de comptes avoisine cette année les 70 % dans le département, « contre une moyenne nationale de 35 %. » Suite à cela, près de 157 personnes ont été écrouées, un chiffre en hausse de 13,8 %. Cinquante réseaux importants ont été démantelés, principalement dans la douzaine de cités les plus sensibles de la ville.

« Aujourd’hui, on a les conséquences d’années et d’années de politiques publiques, et notamment de la République qui a reculé dans ces quartiers, estime Saïd Ahamada. Ce n’est pas un épiphénomène, ces gens ne choisissent pas de tomber dans la délinquance. La République a fabriqué ces monstres, elle doit revenir dans ces quartiers, à travers l’emploi, les transports ou l’Éducation nationale… La réponse sécuritaire seule ne suffira pas. » Avec 1.252 personnes, le nombre de mis en cause pour trafic de stupéfiants a augmenté de 28,9 % dans les Bouches-du-Rhône en 2017.