VIDEO. Meurtre d'Alexia Daval: L'attitude du veuf éploré est «un mécanisme de défense judiciaire et psychologique»

INTERVIEW Michèle Agrapart-Delmas, psychologue criminologue, revient sur l’attitude de Jonathann Daval qui a avoué avoir étranglé son épouse, trois mois après les faits…

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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Jonathann Daval, époux de Alexia, et les parents de la jeune femme tuée, le 8 novembre 2017 à Notre-Dame de Gray pour une cérémonie (Haute-Saône)

Jonathann Daval, époux de Alexia, et les parents de la jeune femme tuée, le 8 novembre 2017 à Notre-Dame de Gray pour une cérémonie (Haute-Saône) — SEBASTIEN BOZON / AFP

  • Jonathann Daval a avoué mardi soir avoir étranglé son épouse Alexia Daval, trois mois après les faits.
  • A la disparition d’Alexia, le trentenaire est apparu à de nombreuses reprises en pleurs, soutenu par ses beaux-parents.
  • Selon Michèle Agrapart-Delmas, psychologue criminologue, experte auprès des tribunaux, cette attitude relève d'un mécanisme de défense personnelle et judiciaire.

Une attitude de veuf éploré. Trois mois après le drame, Jonathann Daval a avoué mardi avoir étranglé son épouse fin octobre 2017 en Haute-Saône. A la disparition d’Alexia, le trentenaire est apparu sans cesse en pleurs, soutenu par ses beaux-parents qu’il a continué à voir quasiment quotidiennement. Une attitude que l’avocat des parents a jugée sévèrement ce mercredi : « la comédie qu’il a jouée lui coûtera très cher dans l’esprit des jurés », a tranché Me Jean-Marc Florand lors d’une conférence de presse à Vesoul (Haute-Saône). Cet avocat a ajouté que les parents d’Alexia étaient, après l’annonce des aveux de Jonathann Daval, « sidérés ». Mis en examen et écroué pour « meurtre sur conjoint », le trentenaire encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Focus sur le comportement de cet homme avec Michèle Agrapart-Delmas, psychologue criminologue, experte auprès des tribunaux.

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Les cas où le coupable présumé ou avoué pleure avec la famille de sa victime ou évoque le fait divers devant les caméras sont-ils rares ou non ?

Je dirais que cette situation est assez traditionnelle. Pour les plus connus, Patrick Henry [condamné en 1977 à la prison à vie pour le meurtre d’un enfant] ou le couple Cécile Bourgeon et Berkhane Makhlouf [condamnés en première instance après la mort de Fiona, et aujourd’hui en appel] ont déjà eu cette attitude.

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Comment comprendre cette attitude éplorée du mari, apparaissant toujours aux côtés de ses beaux-parents ?

Un avertissement tout d’abord : je ne connais pas ce dossier et je n’y ai pas de compétences, donc je parlerai de manière plus générale. La personne met en place un mécanisme de défense personnelle et judiciaire. Elle paraît inconsolable, aimante… Celle-ci peut d’ailleurs s’être persuadée au fil des jours qu’elle n’a pas porté les coups, qu’elle n’a pas tué.

Pouvez-vous décrire ce que vous appelez ce « mécanisme de défense personnelle et judiciaire » ?

Pleurer comme cet homme l’a fait lui permet de donner l’image d’une victime inconsolable, c’est la défense judiciaire. D’autre part, il a sincèrement, infiniment de peine et ces pleurs sont aussi le signe de sa souffrance. Puis l’intime conviction prend le pas sur la réalité, puis il va être progressivement convaincu que sa femme a été tuée par un autre que lui. C’est un mécanisme de défense psychologique qui permet de projeter sa culpabilité sur autrui.

Les pleurs de Jonathann Daval étaient-ils faux et sincères en même temps ?

Il n’a peut-être pas fait entièrement semblant. Ses pleurs, c’étaient peut-être des pleurs pour la femme qu’il aimait, des pleurs d’apitoiement sur lui-même, des pleurs de culpabilité et de regrets. Cet homme peut souffrir : c’est le traumatisme de l’auteur, quand il revit la scène de violence. Mais je n’inverse pas la culpabilité : Jonathann a avoué avoir tué sa femme. Je remarque d’ailleurs une évolution dommageable :  les auteurs des crimes sont dépeints comme des victimes, quand la victime devient la coupable. Pour revenir à Jonathann Daval, ces pleurs, très médiatisés, m’ont semblé très théâtraux. J’ai eu l’intuition dès le début de l’enquête qu’il semblait coupable, mais c’est une intuition et elle pouvait être fausse.

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Les parents d’Alexia sont « sidérés » par les aveux de leur gendre, a affirmé leur avocat. Comment voyez-vous cette réaction ?

Ils doivent être crucifiés. A la perte d’un enfant, s’ajoute la révélation, au bout de trois mois, que le gendre que vous aimez beaucoup et avec qui vous avez passé Noël avoue avoir tué votre fille. Ils seront marqués à vie.