VIDEO. Toulon: 50 ans après, comment expliquer la disparition du sous-marin La Minerve avec 52 marins à bord ?

INTERVIEW Hervé Fauve, le fils du commandant du sous-marin La Minerve, s’est forgé une intime conviction près de 50 ans après sa disparition…

Adrien Max

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Le sous marin La Minerve, dans le Vieux-Port de Marseille dans les années 60.
Le sous marin La Minerve, dans le Vieux-Port de Marseille dans les années 60. — STF / AFP
  • Samedi sera célébré les 50 ans de la disparition du sous-marin La Minerve au large de Toulon.
  • Hervé Fauve, le fils du commandant de La Minerve, vient de publier ses recherches sur un site internet.
  • Selon lui, l’accident aurait pu être provoqué par le schnorchel, un tube qui permet d’aspirer de l’air à la surface.
  • Des documents classés « Confidentiel défense » devraient être rendus public en août prochain.
Hervé Fauve, le fils du commandant du sous-marin La Minerve, André Fauve.

 

Un sous-marin disparu depuis cinquante ans, sans aucune explication officielle. Le triste anniversaire de la disparition du sous-marin La Minerve, survenue le 27 janvier 1968 au large des côtes varoises, avec 52 marins à bord, sera célébré ce samedi à Toulon, le dernier port qu’il a quitté. Hervé Fauve, le fils aîné d’André Fauve, lieutenant de vaisseau de La Minerve, revient pour 20 Minutes sur les recherches qu’il a publiées fin décembre sur son site internet concernant cette tragique disparition.

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Comment avez-vous fait pour accumuler autant d’informations sur la disparition de La Minerve ?

Je me souviens très bien du jour où deux militaires sont venus annoncer la disparition du sous-marin à ma mère. J’avais cinq ans et demi. Depuis ce jour-là j’ai accumulé de manière continue toutes les informations que je pouvais avoir sur cette disparition. Je ne me suis jamais acharné, j’ai accumulé ces infos par atavisme personnel, ça me tenait à cœur.

Pourquoi les avoir rassemblées que récemment sur un site internet ?

J’ai constaté qu’avec l’avènement d’internet, il y avait une multiplication de rumeurs, et de questions, et de réponses, parfois fausses. Je n’avais pas conscience d’avoir collecté autant d’informations, et un jour on se rend compte de tout ce qu’on a accumulé au fil du temps. Je me suis parfois énervé de voir ce que je lisais, je me suis dit qu’il fallait que je mette ces infos à la disposition du plus grand nombre maintenant, à trois ou quatre semaines de la date anniversaire.

Comment une telle collecte a pu être possible alors que le dossier est toujours classé « confidentiel défense » ?

Beaucoup de personnes dans mon entourage et dans celui de ma famille font partie de l’armée, de la Marine. Ma mère s’est remariée avec un officier de la Marine et je suis toujours resté en contact avec des amis de mes parents, qui sont militaires. C’est par ce biais, plus que par les médias qui en savaient moins que moi, que j’ai pu glaner des informations. Parfois c’était juste des discussions lors de repas de famille.

Des hommes d'équipage du sous-marin La Minerve, disparu en 1968 au large de Toulon.
Des hommes d'équipage du sous-marin La Minerve, disparu en 1968 au large de Toulon. - STF / AFP

Avez-vous pu faire émerger un scénario qui expliquerait la catastrophe ?

Je me suis forgé une intime conviction. Selon moi, l’accident aurait été provoqué par le schnorchel, qui est un tube qui ressort à la surface pour aspirer de l’air, essentiel pour le bon fonctionnement des moteurs diesel. [La Minerve était équipée à la fois de moteurs diesels et électriques.] On sait que ce jour-là, la mer était très forte c’est donc très probable qu’il y ait eu une entrée massive d’eau par le schnorchel, qui aurait déséquilibré le sous-marin.

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Que s’est-il passé ensuite ?

On sait également que le drame s’est produit vers 8h du matin, or c’est justement l’heure à laquelle il y a un changement de quart. Des marins m’ont expliqué qu’en cas d’entrée d’eau, ils n’avaient que quelques secondes pour réagir. Ce changement d’équipage a dû créer un moment de flottement, et le sous-marin a plongé par l’arrière vers le fond. Le père de Michel Rocard, qui était chargé de surveiller l’activité nucléaire des Russes, a repéré une implosion dans le secteur, sans pouvoir déterminer son origine. La Minerve reposerait sur des fonds tourmentés à près de 2.000 ou 2.500 mètres de profondeur, à une cinquantaine de kilomètres des côtes. L’épave n’a jamais été localisée, ni aucuns débris retrouvés.

Comment est reçue votre hypothèse auprès de l’armée et du grand public ?

N’étant pas marin, je pensais avoir commis des imprécisions dans mes recherches. Au final je n’ai eu que des félicitations, j’en étais presque étonné. Des familles des victimes m’ont couvert de remerciements. Depuis la cérémonie de février 1968, personne n’a jamais eu d’info, plus rien ne s’est passé. Pour l’armée je n’ai jamais eu officiellement de retour, mais tous m’ont officieusement encouragé dans mon travail et m’ont conforté sur mes pistes.

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Qu’attendez-vous des documents « Confidentiel - Défense » qui devraient être rendus public en août prochain ?

. Il y en a deux. J’en ai déjà publié un sur mon site, et je n’attends rien du tout de l’autre. On est en train de cacher des documents vides. Beaucoup de personnes pensent que les rendre publics va mettre fin à leur détresse, alors que non. Il n’y a rien dans ces documents, aucune conclusion.