Strasbourg: «Plusieurs plaintes déposées» suite aux photos intimes d'adolescentes divulguées sur Snapchat

Cyber-harcèlement Des internautes ont diffusé des photos de jeunes Strasbourgeoises sur le réseau social, avec les noms et coordonnées des jeunes filles, en encourageant à les injurier...

Alexia Ighirri avec Gilles Varela

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Strasbourg: Cyber-harcèlement sur snapchat
Strasbourg: Cyber-harcèlement sur snapchat — Pixabay

La discussion n’a pas forcément animé leur pause déjeuner ce vendredi. A la sortie de cours, collégiens et lycéens de deux établissements du centre-ville de Strasbourg assurent à 20 Minutes ne pas avoir entendu parler de cette série de photos intimes d'adolescentes strasbourgeoises diffusées à leur insu sur Snapchat.

Selon les Dernières nouvelles d'Alsace qui ont révélé l’information vendredi matin, une cinquantaine de jeunes filles, entre 13 et 16 ans, sont victimes d’une campagne malveillante en ce début d’année, depuis que des internautes font tourner sur le réseau social des photos d’elles accompagnées de leur identité et coordonnées, demandant à les insulter et les harceler.

S’ils n’en ont pas entendu parler, les élèves interrogés ce vendredi midi ne sont ni étonnés ni outrés par cette situation. L’un d’eux affirmant que « ça arrive souvent ces choses-là ».

« Un phénomène un peu plus massif »

« Le phénomène est relativement différent de ce qu’on connaissait jusqu’à présent, souligne Lucie Pitiot, proviseure vie scolaire, conseillère spéciale sécurité-sûreté au rectorat et référente académique pour le harcèlement. Le phénomène du cyber-harcèlement n’est pas neuf. Mais jusqu’à présent on avait plutôt des cas isolés, de jeunes filles qui pouvaient faire l’objet d’un revenge-porn. Cette fois-ci nous avons un phénomène un peu plus massif, un peu plus viral, d’un affichage, de plusieurs jeunes filles en même temps ».

Selon la représente du rectorat, « plusieurs plaintes ont été déposées jeudi », rappelant que certaines pourraient être classées, d’autres aboutir sur un simple rappel à l’ordre ou une condamnation. « En plus d’une éventuelle peine pénale, ces élèves s’exposent à des mesures disciplinaires dans leur établissement scolaire. » Contacté par 20 Minutes, le parquet a indiqué ne pas communiquer sur ce sujet.

Quatre comptes signalés par le rectorat

Dans les colonnes des Dernières nouvelles d’Alsace, des jeunes filles témoignent. Le quotidien compte une cinquantaine de victimes. L’académie reste vague avec « plusieurs dizaines ».

« Dans un premier temps, il y a quatre jeunes filles qui ont été concernées dans un même établissement et pour lequel on a eu un signalement précis, à Strasbourg, chiffre Lucie Pitiot. Là, on est en train d’analyser quel est le lien avec d’autres signalements individuels qui concernent d’autres jeunes filles dans d’autres établissements de la couronne strasbourgeoise. »

« Il y a celles qui sont venues nous en parler et qui nous ont parlé de pleins d’autres jeunes filles. On estime à plusieurs dizaines le nombre de jeunes filles qui pourraient être concernées par ce phénomène. Néanmoins, il est impossible de le savoir. »

Le rectorat a signalé quatre comptes « pour aider à leur clôture ». Si toutes les victimes connues sont des filles, il refuse de confirmer que tous les auteurs de ces comptes soient des garçons.

Des photomontages

De quoi parle-t-on exactement ? « Plusieurs comptes ont décidé de mettre en avant des images. Certaines d’entre elles sont des images qui ne devraient pas porter à commentaire », répond Lucie Pitiot. Celle, par exemple, d’une jeune fille en débardeur qui faisait son vernis et voulait le partager à ses copines. « Et puis des photomontages. Avec le visage d’une jeune fille sur une image issue de sites pornographiques. Le cas échéant avec des petites animations qui se répètent toutes les cinq secondes et qui la représentent en train de mimer une fellation. »

Phénomène viral ou vraie organisation ? « On va dire les deux parce que pour le coup, pour qu’elles soient affichées toutes en même temps il y a quand même la volonté que ces choses-là deviennent quelque chose de collectif. D’ailleurs la méthode qui est utilisée par les auteurs de ces comptes Snapchat montre qu’il y a une volonté de faire masse et de dénoncer à la “vindicte populaire” un ensemble de jeunes filles, selon des critères qui sont flous puisqu’il s’agit de balancer des noms, des prénoms, des photographies qui n’ont parfois rien à voir, qui ne correspondent pas aux filles visées. »

Déjà des consignes dans l’académie

Sur le cyber-harcèlement, l’académie de Strasbourg a déjà donné des consignes en juin sur l’application QuizUp « qui faisait déjà des dégâts ». Au printemps sur le Blue Whale Challenge, en novembre sur des phénomènes de type Snapchat ou Sararah.

Le rectorat appelle à la vigilance dans les établissements, demandant au personnel d’être « attentif au moindre bruit ». Il encourage dans le même temps les victimes à ne pas rester seules et à en parler à un adulte de confiance.

A l’académie de Strasbourg, le cyber-harcèlement représente 8 à 10 % de quelque 200 cas de harcèlement signalés chaque année.