Interpellation musclée à Aulnay: Deux versions s'opposent et une vidéo au cœur de l'enquête

ENQUETE Jeudi soir, quatre majeurs et un mineur ont été mis en examen après l’agression d’un policier à Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, le 1er janvier…

Caroline Politi

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Des policiers à l'entrée de la cité des 3.000 (illustration)
Des policiers à l'entrée de la cité des 3.000 (illustration) —
  • Une information judiciaire pour « violences contre personne dépositaire de l’autorité publique » a été ouverte.
  • Cinq personnes dont un mineur ont été mises en examen.

Le parquet de Bobigny a finalement changé d’avis. Après avoir annoncé que les cinq personnes, âgées de 14 à 24 ans, soupçonnées d’être impliquées dans l’agression d’un policier à Aulnay-sous-Bois, devaient comparaître jeudi, il a finalement décidé d’ouvrir une information judiciaire pour « mener des investigations supplémentaires ». A l’origine de ce changement, la diffusion sur les réseaux sociaux d’une courte vidéo, devenue virale.

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Un film au cœur de l’enquête

On y aperçoit un homme portant un casque de scooter crier et se débattre pendant qu’un policier en civil tente de le maintenir au sol et le frappe avec son poing et la crosse de son arme. Ces vingt secondes de film résument-elles les conditions d’une interpellation entamée plusieurs minutes auparavant ? En effet, selon une source proche du dossier, la vidéo ne montre que la toute fin de l’arrestation.

L’affaire a commencé lundi 1er janvier aux alentours de 18 heures au cœur de la cité des 3.000 à Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. La brigade anticriminalité (BAC) repère un jeune homme sur un scooter qui vient de récupérer dans une « voiture épave » un petit sac. Selon une source policière, la patrouille, qui soupçonne un trafic de stupéfiants, tente de l’interpeller à la sortie d’un parking mais le conducteur parvient à s’échapper à pied. Une version contredite par plusieurs témoins. Selon eux, les policiers auraient « tamponné » volontairement le scooter, ce qui aurait poussé son conducteur à prendre la fuite à pied après être tombé.

Course-poursuite dans la cité des 3.000

S’ensuit alors une course-poursuite dans les rues de cette cité entre un des policiers et le conducteur du scooter, âgé de 14 ans. Rue Auguste-Renoir, le fonctionnaire rattrape l’adolescent mais celui-ci se débat vigoureusement. « Ce qu’on ne voit pas sur la vidéo, c’est que le suspect donne des coups de tête avec son casque de moto », précise une source policière. Des proches de l’adolescent, arrivés en renfort frappent également à coups de pied et de poings le fonctionnaire, poursuit-elle.

Les autres policiers de la brigade, qui tentaient d’éviter que le scooter ne soit volé, interviennent alors pour dissiper le groupe. Le tir en l’air d’un des fonctionnaires permet de les faire reculer. Au sol, l’interpellé se débat toujours. La scène publiée sur les réseaux sociaux aurait été filmée à ce moment-là. Il sera finalement interpellé avec l’aide des renforts.

L’affaire Théo en miroir

Y a-t-il eu un usage démesuré de la force, ainsi que le laisse supposer la vidéo ? La question est d’autant plus sensible que le lieu et la brigade évoquent inévitablement l’affaire Théo, ce jeune homme qui assure avoir été violé par un policier avec sa matraque. C’était déjà au 3.000. Mais contrairement à cette affaire, le parquet n’a, cette fois, pas saisi la police des polices (l’IGPN). Le fonctionnaire, qui souffre d’une entorse au poignet et de nombreuses contusions, s’est vu prescrire huit jours d’interruption totale de travail. L’adolescent n’en a eu aucun. L’IGPN pourra néanmoins être saisie si l’adolescent porte plainte.

« Il s’agit d’un montage, les coups reçus par les policiers ont été coupés, seuls ceux qu’il a donnés ont été publiés », soupire une source policière. Les associations militant contre les violences policières dénoncent, quant à elles, une bavure. L’étude de la vidéosurveillance sur la zone devrait permettre de faire la lumière sur ce qu’il s’est passé.

En attendant, le mineur a été mis en examen pour « rébellion et provocation à la rébellion » et placé en liberté surveillée. Trois majeurs ont été placés en détention provisoire, deux ont été mis en examen pour « violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique en réunion », un troisième pour « trafic de stupéfiants ». Un dernier a été mis en examen pour « refus de prise d’empreinte » et laissé libre sous contrôle judiciaire.