Attentat à Saint-Etienne-du-Rouvray: Mediapart affirme que les renseignements ont étouffé un raté, la préfecture dément

ENQUÊTE Un brigadier aurait, sur injonction de sa hiérarchie, postdaté un document où avaient été consignées des informations sur l’un des deux terroristes. La préfecture de Paris s’en défend…

Dorian Debals et Caroline Politi

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L'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, marquée par un attentat terroriste le 26 juillet 2016.
L'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, marquée par un attentat terroriste le 26 juillet 2016. — F. Pouliquen / 20 minutes
  • Selon Mediapart, une note contentant des informations sur l’un des terroristes se serait perdue dans les méandres de l’administration.
  • Le site d’information assure que pour se couvrir la préfecture a postdaté cette note.
  • La préfecture affirme qu’il y a en réalité eu deux notes et que les informations n’avaient aucun caractère d’urgence.

L’assassinat du père Jacques Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray aurait-il pu être évité ? C’est ce que sous-entend le site d’information Mediapart dans une longue enquête publiée ce jeudi. Une note d’un membre des services de renseignement sur l’un des deux terroristes se serait perdue puis aurait été postdatée pour cacher cette erreur, affirme le site d’information. Dans un communiqué publié ce vendredi, la préfecture de police, si elle ne nie pas l’existence d’une telle note, assure que cette dernière n’a fait l’objet d’aucune falsification.

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Des éléments d’identification précis

Dans le courant du mois de juillet 2016, un brigadier au sein de la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP), est interpellé, lors d’une veille sur les réseaux sociaux, par la teneur d’une conversation sur la messagerie cryptée Telegram. L’administrateur de la page, qui compte des dizaines de messages et de documents, est très explicite sur la façon de mener le djihad en France. Il propose plusieurs modes d’actions, comme s’attaquer à une église avec un couteau.

Dans la conversation, il multiplie les éléments permettant aux services de l’identifier. Il confie ainsi qu’il a essayé de se rendre deux fois en Syrie, qu’il a usurpé une identité, a été arrêté en Allemagne et porte désormais un bracelet électronique. Selon Mediapart, il « invite même ses abonnés rouennais à venir assister aux cours qu’il dispense les lundis, mardis et jeudis dans une mosquée "à Saint-Étienne-du-Rouvray" ».

Une note postdatée ?

Cet homme, c’est Adel Kermiche. Cinq jours plus tard, il égorgera avec Abdel Malik Petitjean le père Jacques Hamel en son église. Ces éléments auraient-ils pu permettre une identification rapide et une interpellation avant le drame ? Impossible à dire, car selon le site d’information, la note, rédigée le 22 juillet, soit cinq jours avant l’attentat, n’a pas été transmise avant l’attentat au service compétent. L’administrateur de la chaîne étant localisé en région rouennaise, la DRPP, qui opère sur Paris et la petite couronne, ne peut pas s’en occuper : c’est la DGSI, à compétence nationale, qui doit s’en charger. Or, quatre validations sont nécessaires pour que la note soit transmise.

Pour se couvrir de ce raté, Mediapart affirme que la DRPP a demandé au brigadier de postdater le document. « Mais, effectuée dans la précipitation, la manipulation sur le fichier Gester conserve dans l’onglet Propriétés la date initiale, celle remontant à une semaine plus tôt. »

La préfecture dément tout loupé

Dans un communiqué publié ce vendredi, la préfecture de Paris n’a pas nié l’existence de ce document mais en a minimisé la portée. L’administrateur indique bien dans ces messages qu’il donne des cours à la mosquée de Saint-Etienne du Rouvray et invite ses lecteurs à le rejoindre pour « former un groupe à vocation terroriste ». « En aucun cas, cette note n’évoque l’imminence d’un passage à l’acte, encore moins le ciblage d’un lieu précis », précise le communiqué.

Cette note, rédigée le 22 juillet, ne revêtait aucun « caractère d’urgence », ce qui explique donc qu’elle ait suivi le circuit habituel de validation. La préfecture se défend également de toute falsification. Le jour de l’attentat, l’auteur de la note fait immédiatement le lien avec l’individu qu’il vient d’identifier et en informe sa hiérarchie. Une seconde note a donc été rédigée, datée celle-ci du jour de l’attentat. Pour l’heure, aucune enquête sur une éventuelle falsification n’a été ouverte.