Corse: «Tony le Boucher», FLNC, Brise de mer... Portraits des victimes du règlement de comptes à Bastia

ENQUETE Deux hommes fichés au grand banditisme ont été la cible d'une fusillade en Corse...

J.S.-M.

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La police scientifique fait des relevés à proximité du corps de «Tony le boucher».
La police scientifique fait des relevés à proximité du corps de «Tony le boucher». — P. Pochard-Casabianca / AFP
  • Les deux hommes visés par une fusillade à l'aéroport de Bastia ont un pedigree chargé.
  • «20 Minutes» retrace leurs parcours (ou plutôt ce que l'on en sait...)

« Tony le Boucher » n’est plus. Antoine Quilichini a été tué ce mardi lors d’une fusillade sur le dépose-minute de l’aéroport de Bastia. Il était fiché au grand banditisme, tout comme une seconde victime, Jean-Luc Codaccioni, grièvement blessé. Le troisième homme touché par les balles mais légèrement touché, n’était « a priori pas visé mais cherchait à fuir la scène », a expliqué la procureure Caroline Tharot.

>> A lire aussi : Une figure du banditisme tuée dans une fusillade, une autre grièvement blessée à Bastia

Vu le profil de deux cibles principales, elle va se dessaisir de l’enquête au profit de la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille. « L’hypothèse du règlement de compte est privilégiée », indique à l’AFP une source proche de l’enquête. Deux hommes, probablement les deux tireurs, se sont enfuis à bord d’une Volkswagen noire.

Antoine Quilichini, aka « Tony le Boucher »

Antoine Quilichini a été tué sur le coup, d’une balle dans la tête. Il avait 49 ans. Ce Bastiais était surnommé « Tony le Boucher » - un surnom qu’il n’appréciait pas. Selon l’hebdomadaire Le Point, Antoine Quilichini était proche de l’ex-nationaliste Antoine Nivaggioni, ex-patron d’une société de sécurité, qui lui aurait fourni un emploi fictif. Les deux hommes avaient milité au FLNC-Canal habituel, mouvement nationaliste corse adepte de la lutte armée.

« Tony le Boucher » a été condamné en février 2016 à quatre ans de prison (dont 18 mois avec sursis) pour association de malfaiteurs en vue de la préparation de l’assassinat de Jean-Claude Colonna, en 2008. Ce viticulteur réputé était le vice-président du club de football du Gazélec Ajaccio. C’était aussi le cousin germain de Jean-Jé Colonna, présenté comme le parrain corse par excellence.

Opportunément embauché par la mairie de Calvi

Antoine Quilichini était aussi un proche du supposé parrain Jean-Luc Germani présenté comme le chef du gang de la Brise de mer, bande criminelle de Haute-Corse qui se retrouvait dans un bar du Vieux-Port de Bastia. « Tony le Boucher » a aussi été condamné pour son rôle dans la tentative de prise de contrôle (par la force, évidemment) du Cercle Wagram.

Père de deux enfants, Antoine Quilichini a été, entre autres, employé à la mairie de Calvi, dont le maire (divers droite) est Ange Santini. Selon Mediapart, cet emploi municipal avait été « opportunément trouvé afin de lui éviter un pénible séjour en prison ».

Jean-Luc Codaccioni, lui aussi condamné pour le meurtre de Jean-Claude Colonna

Jean-Luc Codaccioni avait lui 54 ans. Il a été touché de plusieurs balles et est grièvement blessé. Il était lui aussi fiché au grand banditisme. Codaccioni avait été condamné à la même peine que Quilichini, dans la même affaire, la préparation de l’assassinat de Jean-Claude Colonna, en 2008.

Codaccioni, ancien responsable de la sécurité du PMU au Gabon purgeait sa peine à la prison de Borgo. Ce mardi, quand il a été fauché par les balles, il revenait d’une permission de sortie, selon l’AFP. Il devait réintégrer sa cellule ce mardi soir, après un séjour sur le continent.

Originaire de Corse-du-Sud, Codaccioni était un proche du parrain Jean-Jé Collona puis de Richard Casanova. Il avait été victime d’une tentative d’assassinat en 2005, selon Le Point. L’arme du tueur s’était enrayée.

Codaccioni a ensuite passé plusieurs années en cavale, en Afrique. Toujours selon Le Point, Codaccioni et Quilichini étaient tous deux proches de Michel Tomi, « le roi des jeux en Afrique ». Il est considéré comme un des derniers « parrains Corses ». Ils sont nombreux dans ce cas-là, dans cette affaire…