EDF et le nucléaire français lancent leur école de soudeurs face au manque de main-d’œuvre

Forgerons L’école doit former 200 personnes par an à partir de 2023

20 Minutes avec AFP
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Les centrales nucléaires ont besoin de soudeurs spécialisés pour la construction et les réparations.
Les centrales nucléaires ont besoin de soudeurs spécialisés pour la construction et les réparations. — Petr David Josek/AP/SIPA

Il y a urgence. Entre les centrales en cours de maintenance qui font peser un risque sur l’approvisionnement en électricité à court terme, les projets de six nouveaux EPR et l’arrivée de futurs sous-marins de dernière génération, qui pourraient être propulsés sur le devant de la scène au vu du conflit entre la Russie et l’Ukraine, le nucléaire français est en manque de bras. Plus précisément de soudeurs, « d’acrobates » de précision très recherchés pour réparer les tuyaux des centrales par exemple.

C’est pourquoi quatre entreprises du nucléaire, EDF, Orano, CMN et Naval Group se sont alliées pour lancer une école spécialisée : Hefais (Haute école de formation en soudage), du nom du dieu grec des forges et de la métallurgie Hephaïstos. Basée provisoirement à la Hague dans le Cotentin, berceau de la filière nucléaire civile et militaire, l’école accueille ses 40 premiers stagiaires depuis la rentrée, dont 22 demandeurs d’emploi. Elle doit former 200 personnes par an à partir de 2023 dans un bâtiment définitif à Cherbourg.

Des soudeurs nord-américains en urgence

« Il y a urgence, car nous sommes sur des développements industriels majeurs dans les prochaines années » avec les projets de six nouveaux réacteurs EPR et des futurs sous-marins de dernière génération, indique en recevant la presse David Le Hir, directeur de la centrale de Flamanville 1 et 2, et président de Hefais. Alors que la France est menacée de coupures d’électricité par manque de capacité de production d’électrons cet hiver, EDF est surtout confrontée au défi de remettre d’urgence en activité une partie de ses réacteurs immobilisés par des microfissures découvertes à proximité de cordons de soudure sur certaines tuyauteries.

Le phénomène appelé « corrosion sous contrainte » a précipité la « crise historique » traversée par l’électricien français, selon son nouveau PDG Luc Rémont. Au passage, EDF a aussi dû gérer la reprise d’une grosse centaine de soudures, parmi lesquelles douze difficiles d’accès car traversant une épaisse enceinte de béton à l’EPR de Flamanville, dont le chantier de construction du 3e réacteur accuse onze ans de retard et des dépassements budgétaires astronomiques. Dans l’urgence, des soudeurs nord-américains spécialisés de Westinghouse ont été recrutés en plus des 500 soudeurs déjà mobilisés.

1.000 soudeurs recherchés dans le nucléaire d’ici 2030

Hefais entend désormais former les « meilleurs soudeurs et soudeuses de France ». Ils auront accès à des postes en réalité augmentée ou virtuelle. Et ils souderont pour de vrai dans des environnements exigus, comme des morceaux de bateaux ou des tuyauteries de centrales. Ce qui devrait « accélérer leur employabilité », estime Corentin Lelièvre, le directeur de l’école.

EDF, qui dispose de « très peu » de soudeurs en propre et s’appuie sur un réseau de sous-traitants, « réfléchit à lancer une filière de soudeurs en interne » pour gérer les imprévus, a indiqué David Le Hir. L’école, dont l’investissement total s’élève à quelque 10 millions d’euros financés aussi par la région et l’agglomération du Cotentin, est ouverte aux demandeurs d’emploi pour des formations de neuf mois, et aux salariés de la métallurgie désireux de se reconvertir ou de se perfectionner. Elle se rapprochera aussi d’établissements scolaires de la région.



Mais elle ne pourra pas à elle seule répondre au « besoin colossal ». « 7.000 offres » de recrutement sont recensées par Pôle emploi, souligne Corentin Lelièvre. Et les rémunérations n’ont pas encore suivi la forte pression de la demande. La seule filière nucléaire estime ses besoins à 1.000 par an d’ici 2030. Elle cherche aussi des tuyauteurs, des chaudronniers. Métier par métier, ses besoins seront rendus publics en mars.