Présidentielle 2022 : Depuis le premier tour, la stratégie quitte ou double d’Emmanuel Macron

SUR LE TERRAIN Le président de la République multiplie les longs moments d’échanges sur le terrain… au risque d’être bousculé par les plus hostiles

Rachel Garrat-Valcarcel
Emmanuel Macron à Mulhouse, mardi 12 avril 2022.
Emmanuel Macron à Mulhouse, mardi 12 avril 2022. — LUDOVIC MARIN / AFP
  • Emmanuel Macron multiplie les visites de terrain, après une campagne de premier tour très légère.
  • Il se retrouve parfois face à une adversité importante, où le risque de dérapage est toujours présent.
  • Il adapte aussi son discours en vue du second tour, une stratégie du caméléon qui a jusque-là toujours marché pour lui.

C’est le jour et la nuit. Après une campagne de premier tour en pointillé, sans risques, Emmanuel Macron a décidé depuis dimanche de passer la troisième sans commencer par la seconde. Le président candidat était mardi en Alsace, avec un meeting en plein air à Strasbourg. Il était dès lundi dans les Hauts-de-France. Avec à chaque fois de longs, voire très longs, moments d’échanges avec la population. Après avoir mené une campagne perçue comme à distance depuis sa déclaration de candidature, début mars, il s’agit de jouer à fond la proximité.

« Il a beau dire que c’est une campagne de second tour ''projet contre projet'', c’est avant tout une bataille d’images », croit le président fondateur de La French Com, Florian Silnicki. En vue du second tour, il estime qu’Emmanuel Macron doit ainsi se battre sur trois fronts : l’accusation de déconnexion, les reproches sur le peu de temps qu’il a consacré à la campagne et ceux faits sur l’absence de débat avant le premier tour. Ce n’est pas tout à fait nouveau : le président pratique de longue date ces moments d’échanges assez intenses, et apprécie visiblement le côté performance de se prêter à ce jeu des heures durant.

Pas des terrains faciles

Et l’effet pervers est connu : celui de voir émerger une image d’un échange un peu plus tendu que les autres, avec une réponse un peu rapide, ou un peu méprisante de la part d’Emmanuel Macron. Comme avec le « il suffit de traverser la rue » pour trouver un emploi. Et on y a eu droit. A Denain lundi, le candidat a longuement échangé, sur des tas de sujets, avec une infirmière a priori pas partie pour voter Macron le 24 avril. Agacé par des questions sur le port du masque, Emmanuel Macron ose un « vous n’êtes pas dans la vraie vie ». « Nous ? C’est vous qui nous dites ça, monsieur Macron ? ! » Mardi, au Châtenois, en Alsace, un conseiller d’Emmanuel Macron est même intervenu quand, au bout d’une longue conversation avec un habitant, le président lui a lâché : « Vous, ça se mélange beaucoup dans la tête ! »


« Quand on va sur le terrain, on rencontre des convaincus, des hésitants et des mécontents, c’est le corollaire de ce type de campagne », relativise la porte-parole de La République en marche, Maud Bregeon. C’est vrai que le président, notamment lundi dans les Hauts-de-France, n’a pas choisi des terrains faciles : à Denain, par exemple, dimanche il n’a pas atteint les 15 %. Contre 28 % à Jean-Luc Mélenchon et plus de 41 % à Marine Le Pen. « On ne reprochera jamais au président d’essayer de convaincre, même avec un peu de confrontations », ajoute la marcheuse.

Une opportunité et un risque

En réalité, d’un point de vue communication, ce type de séquences bain de foule et d’échanges « sont autant une opportunité qu’un risque. Car toutes les petites phrases qu’il a eues tout au long de son quinquennat ont beaucoup écorné son image », croit Florian Silnicki.

Emmanuel Macron a tout de même été beaucoup bougé ces deux derniers jours. À tel point que les journalistes présents sur son déplacement de lundi ont bien eu l’impression que son ouverture sur un âge de départ à la retraite à 64 ans au lieu de 65 était improvisée. Mardi, alors qu’au même moment Marine Le Pen présentait ses propositions institutionnelles, le sortant s’est dit personnellement ouvert à la proportionnelle intégrale et au septennat présidentiel… Comme son adversaire du second tour. Deux mesures qui ne figurent néanmoins pas dans son programme. Au risque de passer pour une boussole à la recherche de voix pour le 24 avril ?

Souci de cohérence

Pas du tout, explique bien sur Maud Bregeon : « Notre projet n’est pas un projet ficelé de A à Z, il est possible de discuter. Depuis son entrée en campagne Emmanuel Macron n’a eu de cesse de dire qu’il faut changer de méthode sur les prises de décisions. On tire les leçons du quinquennat passé. » Depuis sa longue conférence de presse de présentation de son programme, Emmanuel Macron n’a pourtant de cesse de vanter « la cohérence » de celui-ci. « Et c’est essentiel comme enjeu pour tous les candidats, rappelle Florian Silnicki. Pourtant, ça n’a jamais été très contraignant pour Emmanuel Macron. Il a toujours vendu une vision de la France, pas un programme, c’était déjà le cas en 2017. Ça lui permet de contrer les arguments sur ses incohérences et de laisser penser que finalement, tout est possible. »

Dans l’optique de rassembler dans un second tour, cela peut, peut-être, être efficace. Pour l’instant, si on en croit les sondages, Emmanuel Macron semble s’être donné un peu d’air avec entre 53 et 55 %, un peu mieux qu’en fin de semaine dernière.