Présidentielle 2022 : L’Europe pour le candidat Macron, une bonne affaire ?

REPORTAGE Le président candidat Emmanuel Macron a tenu ce mardi une réunion publique en plein air à Strasbourg sur la thématique de l’Europe

Gilles Varela
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Emmanuel Macron à Strasbourg lors du meeting sur l'Europe, le 12 avril 2022.
Emmanuel Macron à Strasbourg lors du meeting sur l'Europe, le 12 avril 2022. — LUDOVIC MARIN / AFP
  • En campagne pour cet entre-deux-tours, Emmanuel Macron a choisi l’Alsace ce mardi 12 avril pour aller notamment à la rencontre de professionnels de santé à Mulhouse.
  • Et pour son premier grand meeting depuis le premier tour, Emmanuel Macron est venu à Strasbourg parler d’Europe, une thématique sur laquelle il souhaite faire la différence et capter des voix de gauche.
  • Mettre la question «Europe» en avant, épine dans le pied ou véritable levier ? « 20 Minutes » est allé à la rencontre des « spectateurs » et des militants pour en savoir plus.

Petite place prise d’assaut au pied de la cathédrale de Strasbourg, drapeaux tricolores et européens en pagaille, quelques drapeaux ukrainiens aussi, le tout dans un cadre idyllique et une météo printanière. Le président-candidat Emmanuel Macron a tenu une « réunion publique » en plein air ce mardi 12 avril en soirée. Son premier « grand meeting » pour cet entre-deux-tours de l’élection présidentielle 2022.

Une venue « en terre hostile » pourrait-on presque dire au regard du carton (près de 10 % de voix supplémentaires) obtenu par Jean-Luc Mélenchon lors du premier tour dans la capitale européenne. L’Europe, c’est d’ailleurs le thème venu défendre (ou prôner) Emmanuel Macron, à la pêche aux voix de gauche mais aussi rassurer son électorat, le président étant arrivé en tête en Alsace lors du premier tour. Un long fleuve tranquille donc, si ce n’est une vingtaine d’opposants qui ont hué le président et tenté de porter la discussion sur le terrain du social. En vain. Ils ont fini par être exfiltrés.

Strasbourg et nulle part ailleurs

Candidat profondément européen, Emmanuel Macron est venu défendre une Europe plus forte, un Conseil de l’Europe avec ses droits de l’Homme, une plus grande autonomie énergétique… Sujet idéal aussi pour en découdre avec Marine Le Pen, candidate pas forcément reconnue sur cette thématique européenne…

Mais l’Europe peut-elle aider le soldat Macron ? Être un caillou dans la chaussure ou un véritable levier pour reconduire sa mandature ? Est-ce risquer de faire de sa tête de gondole une Europe régulièrement dénigrée par la population ? Rencontrés lors du meeting, Albierto 18 ans et Théo 20 ans, sont arrivés parmi les premiers. « C’est un des seuls qui est porteur, toujours en faveur de l’Europe », assure Théo. « Et avec ce qui se passe en Ukraine, c’est important ! » renchérit Albierto. Pour les deux jeunes hommes, nul doute. Strasbourg est de par son statut de capitale européenne l’endroit idéal pour venir présenter ses idées. « On a envie de rester dans l’Otan, de ne pas être isolé. J’ai de la famille en Allemagne et je vois ce qui se passe avec l’augmentation du prix de l’huile, du gaz, indique Théo, qui reconnaît toutefois être beaucoup moins prononcé sur le nucléaire. J’espère qu’il parlera aussi de l’environnement… dans l’Europe. »

« Parler d’Europe, c’est donner de la hauteur à la campagne »

Au pied de la cathédrale, difficile voire impossible de trouver des personnes qui ne se sentent pas concernées par les questions européennes. Jean-Frédéric, 47 ans, n’en démord pas. « S’il y a une place pour en parler, c’est ici. Si le président en parle à Strasbourg dès le début, c’est un signal fort. » Cet ancien du RPR apprécie la valeur symbolique de sa présence dans la capitale européenne, « à la hauteur de ce qu’elle mérite. » Il poursuit : « C’est un dur challenge. C’est bien sûr plus facile et rentable de parler pouvoir d’achat, de sécurité, mais d’Europe, c’est donner de la hauteur à la campagne. » Beaucoup moins convaincu mais curieux tout de même, Paul, 24 ans, étudiant, a voté Jean-Luc Mélenchon. Indécis mais « prêt à sauter le pas pour faire barrage à Le Pen », le sujet sur l’Europe « ne risque pas » de le convaincre. Lui, il espère que l’on « parle social ». « C’est trop loin de la réalité du quotidien, des gens, c’est l’Europe qui les coule au contraire de ce qu’on leur dit. Je préférai une force altermondialiste. »

« Vive Strasbourg, ville française, ville européenne », a entamé Emmanuel Macron qui n’a pas manqué de souligner que c’est la dixième fois qu’il vient. Notre Europe c’est la paix, elle est en danger, celle que je défends, c’est celle que nous avons reformée en profondeur ces dernières années. Le nationalisme c’est la guerre, adresse le président à l’extrême droite. L’Europe c’est elle qui nous protège, qui protège. Pendant la pandémie elle nous a aidés pour trouver et distribuer les vaccins. » Des mots qui ont forcément touché Hubert, européen convaincu, qui détaille : « Nous devons à l’Europe d’être une puissance économique, on le voit bien, s’isoler c’est s’affaiblir. C’est un signal important d’être venu la défendre ici, à Strasbourg. Le quoi qu’il en coûte, a été possible aussi indirectement grâce à l’Europe car elle assure la solidité de notre économie. » Fin du meeting. Dernier « Macron président ! » C’était prévisible, ici en Alsace et particulièrement à Strasbourg, l’Europe a joué à domicile…