Résultats présidentielle 2022 : « On était si près du but… » Larmes et espoir au QG de Jean-Luc Mélenchon

REPORTAGE Ce dimanche soir au Cirque d’Hiver, la France insoumise a applaudi son chef Jean-Luc Mélenchon, qui a obtenu un meilleur score qu’en 2017 mais ne sera pas au second tour

Oihana Gabriel
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Jean-Luc Mélenchon a tenu un discours entre déception et espoir au soin du premier tour de l'élection présidentielle.
Jean-Luc Mélenchon a tenu un discours entre déception et espoir au soin du premier tour de l'élection présidentielle. — Michel Spingler/AP/SIPA
  • Emmanuel Macron et Marine Le Pen s’affronteront le 24 avril pour le deuxième tour de l’élection présidentielle.
  • S’il fait un meilleur score qu’en 2017 et se place très loin devant les autres candidats de la gauche, Jean-Luc Mélenchon est arrivé troisième ce dimanche, avec plus de 21 % des suffrages, dans une élection marquée par une forte abstention.
  • Une déception de taille pour les militants venus applaudir leur tribun au QG de l’Avenir en commun.

Au Cirque d’hiver (Paris 11e)

« Les plus jeunes vont me dire, on n’y est pas arrivé… C’est pas loin, hein ? Faites mieux ! » C’est sur ces mots doux et amers que Jean-Luc Mélenchon abandonne le micro, ce dimanche soir, dans une ambiance survoltée. Le leader de La France insoumise quitte la scène et tout espoir de devenir président de la République sous des applaudissements nourris et aux cris de « Résistance ! ». Certains militants ne cachent pourtant pas leurs larmes… ni leur déception.

Devant le Cirque d'Hiver, des militants se sont réunis pour découvrir les résultats du premier tour de l'élection présidentielle dimanche 10 avril 2022.
Devant le Cirque d'Hiver, des militants se sont réunis pour découvrir les résultats du premier tour de l'élection présidentielle dimanche 10 avril 2022. - O. Gabriel / 20 Minutes

« J’espérais l’inverse : Mélenchon à 24 % et Le Pen à 20 % »

A 20h précises, lors de l'annonce des résultats sur un écran géant, l’esplanade devant le Cirque d’hiver (Paris 11e) est noire de monde. Des jeunes, surtout, quelques cheveux gris, une poignée d’enfants et des militants qui crient quand le résultat s’affiche sur le grand écran.


Katia, 33 ans, n’a pu retenir ses larmes. « Voilà le visage de la France », sanglote-t-elle devant le portrait de Marine Le Pen. Je ne m’attendais pas à ça. J’ai senti un tel élan, Jean-Luc Mélenchon a été vraiment bon pendant les débats, il a su apporter des réponses sur tous les sujets, sociétaux, sociaux, internationaux… J’espérais l’inverse : Mélenchon à 24 % et Le Pen à 20 %. Je pense qu’il y a un gros pourcentage des abstentionnistes qui auraient pu voter pour LFI. J’ai un goût amer. Je pensais à quitter la France, mais là je vais le faire, j’y arrive plus… »

Des larmes, quelques cris, une grande déception du côté du challenger de gauche, qui recueillerait davantage de suffrages qu'en 2017, mais pas suffisamment pour être au second tour.
Des larmes, quelques cris, une grande déception du côté du challenger de gauche, qui recueillerait davantage de suffrages qu'en 2017, mais pas suffisamment pour être au second tour. - O. Gabriel / 20 Minutes

Même écœurement du côté de Jeannette, 23 ans. « J’ai mal au cœur, 28 % pour Macron et 23 % pour une raciste… » « On était si près du but et là, on se prend cinq ans dans la vue », regrette son copain Martin.

« Il ne faut pas donner une seule voix à l’extrême droite »

A chaque nouvel intervenant sur le plateau de France 2, les militants alternent entre sifflets et applaudissements. Pour Baptiste, « c’est terrible de se retrouver avec le même match qu’en 2017. La déception est d’autant plus grande que Mélenchon n’a jamais fait un score aussi haut. Si on avait eu les voix de Roussel, des Verts… » Son camarade, Bryan 22 ans, renchérit : « Les trois favoris de cette élection incarnent trois visions de la vie très différentes. » Est-ce que cela veut dire qu’il ne pourra pas donner sa voix à Emmanuel Macron ?

Dans son discours, Jean-Luc Mélenchon a insisté, à quatre reprises, « au cas où le message n’aurait pas été clair la dernière fois » : « Il ne faut pas donner une seule voix à l’extrême droite ». Message reçu. « On va y aller… mais ça fait chier », reconnaît Baptiste.

« Le barrage contre l’extrême-droite, c’était aujourd’hui qu’il fallait le faire en votant Mélenchon, s’agace Martin, 21 ans. On se retrouve dans une situation où le président va mener une politique qui renforce le vote populiste. Pour moi, voter Macron, c’est faire en sorte que dans cinq ans, on ait le même débat qu’aujourd’hui entre la droite et l’extrême-droite. » Et le jeune homme de faire ses calculs : « Si on additionne les voix de Marine Le Pen et d’Eric Zemmour, on atteint 30 %. L’extrême-droite aura gagné huit points en seulement cinq ans avec Macron… »

Baptiste et Bryan étaient dimanche soir au QG de Jean-Luc Mélenchon, déçus de voir leur candidat battu de quelques points par Macron et Le Pen.
Baptiste et Bryan étaient dimanche soir au QG de Jean-Luc Mélenchon, déçus de voir leur candidat battu de quelques points par Macron et Le Pen. - O. Gabriel / 20 Minutes

D’autres font un autre calcul : la gauche réunie aurait aussi totalisé presque 30 %, selon les premiers chiffres affichés ce soir. D’ailleurs, les insoumis ne cachent pas leur colère contre cet éparpillement des voix. D’ailleurs, dès que Fabien Roussel ou Yannick Jadot prennnent la parole sur le grand écran, les invectives fusent. « T’y es pour quelque chose », hurle un jeune homme quand Fabien Roussel prévient : « L’heure est grave ».


Pour Christophe Prudhomme, urgentiste insoumis, le mouvement de ces dernières semaines ne sera pas vain. « Il y a eu une dynamique ces dernières semaines. Il faudra qu’on soit dans la rue dans les prochaines semaines pour parler de la situation des hôpitaux. Ils sont en train de s’effondrer. » « On va passer cinq ans dans la rue », confirme Jeannette.

La bataille des législatives

Mais pour certains, il reste avant, une autre bataille à mener, dans les urnes, celle des législatives. D’ailleurs, le tribun insoumis l’a illustré : « La seule tâche qu’on a, c’est celle du mythe de Sisyphe, la pierre tombe dans le ravin, on la remonte ! »

Claire partageait cette résilience à quelques heures des résultats. Elle a quitté les Verts depuis janvier pour participer à la campagne de l’Avenir en commun « sur le constat que l’écologie, ça se passe ici. Il y a une dynamique solide, une alliance entre un programme crédible et une mobilisation des classes populaires. L’enseignement qu’on peut tirer de cette campagne, c’est que la gauche de rupture a gagné par rapport à une sociale-démocratie en déclin. »

Pour Loïse et Alexandre, un couple de vingtenaires, l’élan risque d’être moins fort dans quelques semaines. « Pour les législatives, il y a traditionnellement plus d’abstention, nuance Alexandre. Et les jeunes, qui soutiennent Jean-Luc Mélenchon, ne comprennent pas forcément pourquoi c’est important de voter à ces élections, moi le premier. » Pour Baptiste, l’espoir ne s’arrête pourtant pas ce soir. « Il faut que ce score élevé lance une dynamique. Tous les anciens partis sont balayés ce soir, aux législatives, le score de la gauche peut être élevé ! Rendez-vous en juin… »

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