Présidentielle 2022 : Au Zénith, Yannick Jadot tente d’emballer le match

TRES VERT Yannick Jadot jouait son va-tout dans un grand meeting au Zénith de Paris, ce dimanche

Rachel Garrat-Valcarcel
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Yannick Jadot a livré un discours particulièrement habité au Zénith de Paris.
Yannick Jadot a livré un discours particulièrement habité au Zénith de Paris. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

« On entre dans le money time, là où le temps s’étire », expliquait avant le début du meeting le maire de Grenoble, Eric Piolle. L’affirmation tient autant du fait – la campagne officielle de deux semaines commence demain lundi – que du vœu pour un Yannick Jadot qui aura bien besoin de ce temps pour rattraper son retard dans les sondages. Les sondages, justement, les écologistes en ont beaucoup parlé, dimanche, au Zénith de Paris, pour le grand meeting de leur candidat à la présidentielle : « Allez déjouer les pronostics, on sait faire », a lancé Julien Bayou, le secrétaire national d’EELV. Comme un mantra, tous rappellent le score inattendu de Yannick Jadot aux Européennes de 2019 : 13,5 %, quand les sondages ne lui en avaient jamais donné plus de 7 ou 8.

Mais il fallait plus que de la pensée positive aux écologistes pour tenter, enfin, de décoller. Et ce dimanche, Yannick Jadot leur a peut-être offert ce « plus » là. Dans une salle chauffée à blanc, enthousiaste, le candidat écologiste a livré un discours particulièrement habité. « On ne l’a pas reconnu », ont même soufflé certains leaders écolos après le meeting. Peut-être de quoi enfin susciter de l’enthousiasme dans une campagne « emmerdante » comme l’avait qualifiée Sandrine Rousseau, candidate défaite à la primaire écolo, il y a quelques mois. De quoi presque faire regretter aux organisateurs la date de ce meeting, qui aurait du avoir lieu il y a quinze jours.

Le second tour toujours comme objectif

Yannick Jadot avait trois points à cocher sur sa liste ce dimanche : d’abord s’adresser à la jeunesse. Massivement abstentionniste, le candidat écolo sait qu’il a des voix dormantes à aller chercher dans cette couche de la population. « Jeunes de France, faites irruption dans ce scrutin, venez nous bousculer par vos envies, vos colères et vos enthousiasmes ! (…) Plus nous serons forts le 10 avril, plus vous serez forts, plus le climat et la vie seront forts. » Cette formule, « plus nous seront forts le 10 avril, plus… », a été répété à plusieurs reprises par Yannick Jadot. Mais comment « peser » dans une élection qui ne se joue pas à la proportionnelle, sinon en étant au second tour ? Malgré les mauvais sondages – mais on a bien compris qu’il fallait éviter de leur en parler –, les proches du candidat l’affirment : cela reste l’objectif.

Le deuxième objectif du jour était donc de casser les pattes au concept du vote utile à gauche. Un « vote utile » qui échappe à Yannick Jadot et semble actuellement jouer en faveur de Jean-Luc Mélenchon, seul candidat pas si loin du second tour dans les enquêtes d’opinion. « Le vote utile, le vote efficace au premier tour d’une élection, c’est le vote de convictions », a affirmé le candidat écolo. Le député européen a aussi bien sur largement affiché son soutien à l’Ukraine en guerre contre la Russie. C’est une manière de rappeler la « cohérence » des écolos qui répètent depuis longtemps préférer « dépendre du vent que de Poutine », sous entendu de son gaz et de son pétrole. Et une manière de mettre une pierre dans le jardin de Jean-Luc Mélenchon et de ses « contorsions ambiguës sur l’Ukraine ».

La chasse aux macronistes déçus

Les attaques contre Jean-Luc Mélenchon – bien entendu jamais cité – ont néanmoins été moins importantes que depuis le début de la guerre à la tribune. Le cœur du discours de Yannick Jadot a été consacré aux déçus d’Emmanuel Macron. « En 2017, de nombreux Français, notamment de gauche, ont cru élire Mendès France ou Rocard. Ils ont eu l’arrogance de Giscard et la brutalité de Sarkozy. » A plusieurs reprises, Yannick Jadot a tenté de démontrer que l’espoir de « changement progressiste » porté par le président élu en 2017 était désormais chez lui en 2022. « Vous vouliez une action résolue pour l’écologie ? (…) Vous vouliez une France apaisée ? (…) Vous vouliez une réforme juste des retraites ? (…) Vous vouliez plus de justice sociale ? (…) » A chaque fois, la réponse était, bien entendu, écologiste.

Plutôt bien vu : si les sondages montrent bien une certaine fluidité des électorats à travers les différentes candidates et candidats de gauche, ils montrent aussi que Yannick Jadot est un second choix pour de nombreux électeurs de Macron. Un peu comme Anne Hidalgo, Yannick Jadot n’a pas renoncé à cet électorat de centre gauche, ces dix ou quinze points qui manquent au total gauche et qui sont en fait toujours chez le président candidat. La différence avec les socialistes – ou la « vieille gauche », dans le discours de dimanche, c’est sans doute la ferveur qui a marqué ce meeting du Zénith. Et la jeunesse, très présente là encore ce dimanche, et qui faisait cruellement défaut à Anne Hidalgo, par exemple, mercredi, lors de son meeting de Limoges. Sur ce contraste-là, la campagne Jadot peut, peut-être, faire mentir les sondages dans le money time.