Présidentielle 2022 : « Apéro ou Hidalgo »… A Rennes, la jeunesse boude le meeting du PS

MEETING DU VENDREDI Entre 500 et 700 personnes étaient présentes sous la halle Martenot pour écouter la candidate socialiste à un mois du premier tour

Camille Allain
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A Rennes, environ 600 personnes sont venues assister au meeting d'Anne Hidalgo, à moins d'un mois du premier tour de l'élection présidentielle.
A Rennes, environ 600 personnes sont venues assister au meeting d'Anne Hidalgo, à moins d'un mois du premier tour de l'élection présidentielle. — Loïc Venance / AFP
  • A Rennes, la candidate du Parti socialiste Anne Hidalgo a rassemblé entre 600 et 900 personnes sous la halle Martenot.
  • Son équipe que campagne avait choisi la capitale bretonne pour se rassurer dans un bastion du PS.
  • Dans l’assistance, de nombreux élus et élus étaient présents. Mais très peu de jeunes ont assisté à ce meeting dans une ville pourtant jeune et étudiante.

Le choix de Rennes était « une évidence ». A un mois du premier tour de l’élection présidentielle, l’équipe de campagne d’Anne Hidalgo voulait s’offrir un câlin dans un cocon socialiste aux mains de la gauche depuis 1977. A la peine dans les sondages où elle est seulement créditée de 2 % d’intentions de vote, la candidate du PS avait choisi la Bretagne pour se rassurer et tenter de lancer une campagne qui semble ne jamais vouloir décoller. Sous la halle Martenot, son équipe attendait un millier de personnes. On était sans doute plus proche des 600, même si les organisateurs affirment en avoir compté 900. Au-delà des querelles autour des chiffres, un constat est criant. La jeunesse est quasiment absente de ce rendez-vous politique pourtant organisé au cœur du centre-ville de Rennes. En dehors de la vingtaine de militants socialistes placés derrière la candidate, les moins de 30 ans se font rares. « Les gens n’ont pas la tête aux élections, surtout les jeunes. Beaucoup vont faire leur choix dans les deux dernières semaines. On est à peine au début de la campagne », tempère Alexis Bouchard, président du Mouvement des jeunes socialistes d’Ille-et-Vilaine.

Le vendredi soir, la place des Lices est pourtant très fréquentée par la jeunesse bretonne, même sous ce temps pluvieux. Mais plus que dans la salle, ils sont attablés aux nombreux bars qui entourent les halles. « Sérieux, Hidalgo est là ? Je l’aime bien moi », lance un jeune homme pas encore en âge de voter. « Elle a de bonnes idées, surtout pour la jeunesse. Mais je ne pense pas que je voterai pour elle », glisse Raphaël, 18 ans depuis deux mois. Assis en terrasse, le jeune homme est « fier » de pouvoir voter pour la première fois. Ses amies Mathilde et Thylane sont comme lui. « J’irai voter oui. J’ai même procuration pour mes parents », témoigne Thylane. Mais pour qui ? Elles ne savent pas. Alors pourquoi ne pas aller écouter Hidalgo ? « Mouai, pourquoi pas. Mais on va perdre notre table. Je regarderai les programmes plus tard », admet Mathilde. « C’est apéro ou Hidalgo », lance le petit groupe en rigolant. Ils ont choisi l’apéro.



A l’intérieur de la salle, la maire de Paris prend la parole pendant une petite heure pour dérouler ses idées. Avant elle, la maire de Rennes Nathalie Appéré, le président de région puis du département ont pris le micro. Dans le public, de très nombreux élus locaux sont présents dans la salle pour écouter la maire de Paris, qui « appelle au sursaut » et lance ses idées. « La suppression de Parcoursup, l’instauration de l’égalité salariale entre les hommes et les femmes, l’impôt sur la fortune destiné à la transition écologique ». C’est ce programme « résolument de gauche » qui a convaincu Marin de s’engager comme bénévole. Âgé de 22 ans, il est venu de Saint-Malo pour assister au meeting et aider à son organisation.

« On voit de moins en moins de jeunes s’engager en politique. C’est aussi ce qui m’a motivé, car ça devient rare ».

Il en faut pourtant du courage pour soutenir une candidature donnée archi battue dans les enquêtes des instituts. « J’essaie de ne pas prêter attention aux sondages et d’en faire le plus possible. On essaie d’être présents, d’aller coller. Peu importe le score, je soutiendrai le Parti socialiste ». Même en cas de grosse désillusion ? « Je vois plus loin que les présidentielles ».

Dans les rangs des soutiens d’Anne Hidalgo, personne ne veut entendre parler de son retrait. « Ce serait un abandon, ce serait lâche. Elle doit porter nos idées. Personne d’autre ne peut le faire », glisse un militant. Le responsable du MJS local abonde. « Elle porte sa candidature avec beaucoup de courage, je lui tire mon chapeau. Notre objectif, c’est de faire le meilleur score possible. On a déjà voulu nous enterrer mais nous ne sommes pas morts. Les idées socio-démocrates ne mourront jamais », assure Alexis Bouchard.

Des jeunes au meeting ? Ils supportent Mélenchon

A la sortie du meeting, nous croisons un groupe de jeunes qui y a assisté. Eux sont engagés au sein de La France insoumise mais se déplacent à tous les meetings de la gauche « pour voir ». « Ce que je regrette, c’est qu’elle tacle plus la gauche que l’extrême droite, c’est dommage ». Sont-ils surpris de l’âge de l’assistance ? « Pas du tout. Le PS n’a pas su évoluer », taclent-ils. A moins d’un mois du premier tour, la gauche française s’avance divisée, morcelée. Et prend le risque de ne pas voir le second tour. Verdict dans moins d’un mois.