Présidentielle 2022 : Dans la dernière ligne droite, les défis de Jean-Luc Mélenchon

CAMPAGNE En dynamique dans les sondages, le candidat insoumis se retrouve sous le feu des critiques pour sa position sur la guerre en Ukraine

Thibaut Le Gal
Jean-Luc Mélenchon, illustration.
Jean-Luc Mélenchon, illustration. — Alain ROBERT/SIPA
  • En bonne dynamique dans les sondages, Jean-Luc Mélenchon semble avoir fait le trou à gauche.
  • Le candidat insoumis espère désormais faire figure de « vote utile » dans la dernière ligne droite pour accéder au second tour.
  • Mais sa position sur la guerre en Ukraine et son image détériorée dans l’opinion pourraient lui coûter des points.

« Il y a un trou de souris ». Jean-Luc Mélenchon est convaincu de pouvoir accéder au second tour de la présidentielle 2022. En grappillant quelques points dans les sondages ces dernières semaines, le candidat de La France insoumise semble avoir tué le match à gauche. Mais depuis l’irruption de la guerre en Ukraine dans la campagne française, le député des Bouches-du-Rhône se retrouve sous le feu des critiques et doit encore relever plusieurs défis à un mois du premier tour.

Eviter les coups sur l’Ukraine

En meeting dimanche à Lyon, Jean-Luc Mélenchon a encore tenté de défendre sa position de « non-aligné », ni sur la Russie, ni sur l’Otan. Mais sans convaincre ses concurrents. Il fait de « grands discours sur la paix […] pour masquer ses complaisances et pour masquer sa capitulation face à une dictature, celle de Vladimir Poutine »,  a encore taclé lundi Yannick Jadot. Le candidat écologiste critique notamment son refus de livrer des armes aux Ukrainiens. La semaine passée, la candidate socialiste Anne Hidalgo se disait « scandalisée qu’un candidat venu de la gauche, admirateur du dictateur vénézuélien, aujourd’hui soutien de Poutine, tienne un discours qui transforme les agresseurs en agressés ».

Des attaques balayées par les insoumis. « Elles sont tellement violentes et caricaturales qu’elles discréditent plus les gens qui les portent », réplique Eric Coquerel, député LFI. « Je remarque que la gauche préfère nous taper dessus plutôt que sur l’extrême droite, mais je ne pense pas que ça ait un impact ». Les insoumis veulent s’éviter le remake de 2017. Certains proches du candidat estimaient alors que les polémiques de fin de campagne sur Cuba et le Venezuela leur avaient coûté l'accès au second tour.

Convaincre à gauche d’être le vote utile

Les insoumis appellent ainsi au « vote utile » depuis quelques semaines, en pointant les sondages, qu’ils ont souvent tant détestés. Car Jean-Luc Mélenchon fait désormais nettement la course en tête à gauche, avec 10 à 12 % selon les enquêtes d’opinion. « Dans la dernière ligne droite, on espère que les électeurs se diront qu’il ne faut pas qu’une seule voix manque à la seule candidature capable d’accéder au second tour », pointe son directeur de campagne, Manuel Bompard. Dans leur viseur notamment, les électeurs de Fabien Roussel, le candidat communiste et ancien allié, aujourd’hui à 4-5 %. Pour convaincre, LFI dit pouvoir faire des compromis, avec notamment la possibilité d’un référendum sur la sortie du nucléaire.

Mais cela sera-t-il suffisant ? Car l’image de Jean-Luc Mélenchon s’est aussi détériorée dans l’opinion publique pendant ce quinquennat. Ses sorties controversées sur les vaccins anti-Covid, sur les Tchétchènes, sur la possibilité de «graves incidents» en fin de campagne, tout comme sa condamnation judiciaire après la perquisition houleuse au siège de son parti ou sa présence à la marche contre l'islamophobie pourraient être des freins pour une partie de l’électorat. « Il y a une illusion d’optique avec ces sondages. Car contrairement à 2017 avec Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon n’a pas de stock de voix à piller. Il a même en réalité perdu de ses forces en passant de 19 % à 11 % en cinq ans », avance l’eurodéputé EELV David Cormand.

Mobiliser les abstentionnistes

Face à ces difficultés, l’enjeu principal pour les insoumis est de convaincre les Français de se déplacer le 10 avril prochain. « On continue à se déployer partout, avec des réunions populaires, du tractage, du porte-à-porte. L’enjeu est de convaincre les classes populaires et les jeunes, notamment, de se mobiliser. L’accès au second tour passe par là », assure Eric Coquerel. Avec une campagne empêchée par la crise du Covid et la guerre en Ukraine, l’incertitude est grande concernant la participation des Français au scrutin. Selon plusieurs instituts de sondage, la présidentielle pourrait être frappée par une abstention record. « Certains instituts donnent jusqu’à 10 % de participation en moins par rapport à 2017, relève Manuel Bompard. Or plus l’abstention sera forte, plus ce sera difficile pour nous ».