Présidentielle 2022 : Christiane Taubira, retour sur l'échec annoncé de la candidature d'union de la gauche

ECHEC ET MAT Christiane Taubira a officialisé ce mercredi midi son retrait de la course à l’Élysée

Xavier Regnier
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Christiane Taubira durant un grand oral organisé par France Inter, à la Maison de la radio, en février 2022.
Christiane Taubira durant un grand oral organisé par France Inter, à la Maison de la radio, en février 2022. — Jacques Witt/SIPA
  • Christiane Taubira, candidate désignée par la Primaire populaire, a annoncé ce mercredi midi mettre fin à sa campagne présidentielle.
  • L’ancienne garde des Sceaux s’était déclarée tardivement, conditionnant sa candidature à une victoire lors de la Primaire populaire, et désirait créer l’union de la gauche.
  • A la peine dans les sondages et très loin de réunir les 500 signatures d’élus nécessaires, sa campagne s’est transformée en chemin de croix. 20 Minutes refait le film pour vous.

C’est le point final d’une candidature mort-née. Christiane Taubira a officialisé son retrait de la course à l’Elysée, constatant qu’il lui manque plus de la moitié des parrainages nécessaires à quarante-huit heures du terme. Investie par la Primaire populaire pour être le visage du rassemblement de la gauche, elle n’aura été qu’une « candidature de plus », symptôme des divisions de son camp. L’ancienne garde des Sceaux, au moins, ne dispersera pas les voix en avril, lors du premier tour. Retour sur une campagne qui n’a jamais décollé.

De la non-candidate à la peut-être candidate

Au mois de septembre, alors que le casting à gauche était à peu près complet, Christiane Taubira coupait court à toute spéculation. Elle n’irait pas, refusant de « contribuer à l'éparpillement de la gauche » en devenant la « 7e ou 8e » candidate, alors que « l’enjeu est colossal ». Déjà, la Guyanaise appelait à l’union face, notamment, à Eric Zemmour et saluait l’idée de la Primaire populaire, croyant à une clarification de la campagne. Trois mois plus tard, favorite plébiscitée du scrutin citoyen, retournement de tailleur : l’ancienne garde des Sceaux annonçait le 17 décembre sur Facebook « envisager d’être candidate à l’élection présidentielle ». On y est ? Pas tout à fait.

Malgré une campagne clairement lancée avec un déplacement en Seine-Saint-Denis dès le lendemain, Christiane Taubira a joué sur les mots et pris des pincettes durant plusieurs semaines, souhaitant toujours se présenter sous la bannière de l’union et avec la bénédiction de la Primaire populaire. Cette idée d’union de la gauche, lancée au moment des fêtes, séduit Anne Hidalgo mais ne survit pas à la magie de Noël. Et l’idée d’une candidature en solo a dû faire son chemin, puisque les tentatives de drague de Yannick Jadot, lançant un « Rejoins les écologistes, Christiane ! », se sont transformées en râteau sous le gui.

Vrais faux-départs et Primaire populaire

Avec la nouvelle année, l’élection approche à grand pas. Et il faut donc se décider : candidate ? Pas candidate ? Christiane Taubira s’officialise finalement le 15 janvier à la Croix-Rousse (Lyon), tout en promettant encore de s’en remettre au résultat de la Primaire populaire.

Désignée vainqueure d’un scrutin rassemblant 467.000 votants, Christiane Taubira s’est appuyée sur sa légitimité pour appeler à nouveau, et en vain, au rassemblement. Mais à ce stade, sa candidature était déjà brouillée. Par ses faux-départs d’abord [au point qu’on se demande encore quand sa campagne a vraiment démarré] et par sa petite casserole sur le refus d’appeler à la vaccination en Guyane. « Conférence sur les salaires », volonté de répondre « aux colères » provoquées par « l’injustice sociale », quelques sorties convenues sur l’écologie et volonté de stopper « l’indécence » des loyers, Christiane Taubira déroule des premiers discours sans chiffres. Au point de se prendre une volée de bois vert par Jean-Luc Mélenchon, figure tutélaire de La France insoumise (LFI), signalant qu’on ne gagne pas une élection « sur un nom ».

Février, les galères s’enchaînent

L’engouement de ceux que l’histoire retiendra comme « les bobos parisiens du XIe » ne se vérifie pas une fois la candidature vraiment officialisée (pour de bon, ça y est) : Christiane Taubira entame le mois de février à 3 % d’intentions de vote dans les sondages, moins qu’Anne Hidalgo pourtant sévèrement battue lors de la Primaire populaire. Et le 2 février, l’ancienne garde des Sceaux se plante lors de son grand oral sur le mal-logement à la Fondation Abbé-Pierre, avec une séquence de bégaiement mémorable. S’en suit un flot de critiques qui va jusqu’à lui attirer la compassion des écologistes, avec qui les tractations reprennent en secret.



Le « mandat de rassemblement » confié par la Primaire populaire devient une porte de sortie : « J’irai jusqu’au bout mais » si une candidature unique peut encore émerger. Mais c’est une nouvelle impasse, puisque Yannick Jadot n’est pas plus en position de proposer un perchoir ou un poste de ministre que Christiane Taubira. Le chemin de croix continue donc, dans une campagne faite « avec de l’huile de coude et de l’huile de genou ». Et le Parti radical de gauche de rompre le jour de la Saint-Valentin, lâchant la Guyanaise, qui galère dans sa quête de parrainages, en rase campagne.

Le cuir tanné par des années de mauvais coups, Christiane Taubira peine à se résoudre à quitter le Titanic qu’est sa campagne. Elle se déplace encore le 18 février à Colombes, assure « se battre » et continue d’assener la rhétorique du rassemblement. Le gros des débats de la présidentielle éclipsé par la guerre en Ukraine, elle continue sa campagne à bas bruit, gratte enfin le parrainage du maire PS de Marseille Benoît Payan, promis de longue date. Mais c’est trop tard. Avec 181 signatures à trois jours de la date limite, exclue de la banque de parrainages de François Bayrou car trop bas dans les sondages, l’horizon est bouché. Elle ne voulait pas être une candidature de plus à gauche : c’est au moins ça de réussi.