Présidentielle 2022 : Les oppositions tentent d’adapter leur campagne en temps de guerre

CAMPAGNE Les candidates et candidats à l'Elysée se retrouvent à mener campagne sur le terrain le plus favorable à un président sortant : la politique étrangère

Rachel Garrat-Valcarcel
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Yannick Jadot, dans l'ombre, lundi soir lors d'une conférence de presse à son QG de campagne, dans le 9ème arrondissement de Paris.
Yannick Jadot, dans l'ombre, lundi soir lors d'une conférence de presse à son QG de campagne, dans le 9ème arrondissement de Paris. — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
  • Le déclenchement de la guerre en Ukraine change totalement la donne de l'élection présidentielle.
  • La politique étrangère sera, à n’en pas douter, le thème principal de ce qui reste de la campagne.
  • Les oppositions tentent de s’organiser dans ce nouveau contexte.

« Je n’ai aucune idée sur le déroulement de la campagne, à part qu’elle n’aura pas lieu. » Ce membre important de la majorité LREM n’y va pas par quatre chemins. La campagne électorale présidentielle, déjà peu vaillante, a été balayée par le début de la guerre en Ukraine. Et dans les équipes de campagne, on se demande comment exister dans un moment où toute l’attention des médias et de l’électorat sera concentrée sur la situation à l’Est. Bien sûr, chaque candidat et candidate y est allée de sa condamnation plus ou moins franche de l’invasion russe de l’Ukraine. Mais « la guerre écrase tout », constate Fabien Roussel pendant qu’Anne Hidalgo en appelle à la responsabilité des médias pour « qu’un très beau débat puisse vivre ».

« Comment voulez-vous que je vous dise s’il va y avoir un débat dans deux semaines alors qu’on ne sait pas quelle sera la situation dans deux jours ? », se lamentait lundi la porte-parole d’un candidat de gauche. Le politologue Bruno Cautrès ne croit néanmoins pas qu’il n’y aura « pas du tout de campagne ». « Déjà, parce qu’il y a eu une campagne avant le début de la guerre », souligne-t-il. De plus, poursuit Bruno Cautrès, les candidates et candidats ne vont pas pouvoir continuer leur campagne comme si de rien n’était « devant des circonstances exceptionnelles ». En fait, il va falloir parler d’Ukraine un peu à toutes les sauces. Mais « sans outrance ni démagogie » et sans avoir l’air d’être trop dans le sillage d’Emmanuel Macron, ni trop en porte-à-faux.

Chacun voit midi à sa porte

A ce titre, le mouvement de Yannick Jadot est particulièrement parlant. Lundi, le candidat écologiste avait prévu de longue date une conférence de presse autour de la publication d’une nouvelle partie du rapport du Giec. Il en a profité pour expliquer que les circonstances prouvent que « l’écologie est un vrai projet de civilisation, le seul qui répond à la multiplication des crises ». Ainsi, la sortie des énergies fossiles – et donc de la dépendance au gaz russe – n’est plus seulement une question de lutte contre les gaz à effets de serre mais aussi « de valeurs » : « Les énergies renouvelables sont des énergies de liberté et de sécurité », a même lancé Yannick Jadot.

Un cadre d’EELV reconnaissait lundi soir que le défi serait de taille face à un président sortant qui va prendre le plus gros de la bande passante médiatique. Mais considérait que le positionnement des écolos sur les questions de politique étrangères – entre autres sur le renforcement de l’Union européenne – se trouvaient validés par la nouvelle donne à l’est de l’Europe. « On n’aura pas tant à s’adapter que ça. »

Les clés du camion

Au-delà des thématiques de campagne, les candidats et candidates seront jugées – probablement encore plus que d’habitude pour une présidentielle – sur leur capacité à incarner la fonction. « La question ukrainienne sera la première à traiter par le futur président de la République, pointe Bruno Cautrès. Ce sera un chantier énorme ! Il ne faut pas seulement que les candidats nous montrent qu’ils ont quelque chose à dire de tout ça, mais qu’ils convainquent que, s’ils sont président demain, ils peuvent gérer, qu’on peut leur confier les clés du camion. » C’était peut-être l’intention de Valérie Pécresse lorsqu’elle a convoqué lundi « un conseil stratégique de défense » avec d’anciens ministres de la Défense de la droite (Michèle Alliot-Marie, Gérard Longuet, Hervé Morin…). Une démarche qui s’est surtout attiré les moqueries.



Réussir à se faire entendre dans ce nouveau contexte sera donc ardu, la politique étrangère n’étant généralement pas le sujet principal des campagnes électorales. Les opposants sont-ils prêts à jouer sur ce terrain-là ? D’autant qu’il s’agit du domaine par excellence où le président sortant joue à domicile. A cette heure, cela semble se confirmer : le seul à vraiment tirer son épingle du jeu dans les sondages depuis jeudi, c’est Emmanuel Macron.