Présidentielle 2022 : La gauche hausse le ton contre Zemmour, une nouvelle stratégie face à l’extrême droite ?

GROS CALIBRE Anne Hidalgo et Arnaud Montebourg ont semblé remettre au goût du jour une opposition de principe face à l’extrême droite dans plusieurs déclarations

Rachel Garrat-Valcarcel
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Anne Hidalgo et Arnaud Montebourg, en 2014 aux universités d'été du PS à La Rochelle. (archives)
Anne Hidalgo et Arnaud Montebourg, en 2014 aux universités d'été du PS à La Rochelle. (archives) — ROBERT/NOSSANT/SIPA
  • Les deux candidats PS et ex-PS, Anne Hidalgo et Arnaud Montebourg, ont sorti les grands mots dimanche pour qualifier la possible candidature du « raciste », « antisémite », « guignol », « profanateur » Eric Zemmour.
  • Ces déclarations semblent sortir la gauche d’une certaine tétanie face à la montée dans les sondages de l’éditorialiste maurrassien.
  • Faut-il y voir une nouvelle stratégie à gauche face à l’extrême droite ?

On a sorti les grands mots, le week-end dernier, à gauche, pour poser l’affrontement avec Eric Zemmour. Anne Hidalgo et Arnaud Montebourg sont montés au front dans les médias pour porter une opposition de principe de valeurs face au candidat putatif. Sur LCI, Arnaud Montebourg a directement utilisé les qualificatifs de « raciste » et « antisémite » pour les attribuer à « l’extrêmement dangereux » Eric Zemmour. Anne Hidalgo l’a, elle, qualifié sur RTL de « guignol » et appelé à un « sursaut ».



Ces mots forts, on n’avait plus tellement l’habitude de les entendre, même à gauche, au sujet de l’extrême droite. Depuis quelques années, les questions des valeurs avaient été un peu laissées de côté pour confronter Marine Le Pen sur l’aspect concret de son projet, voire sur sa simple faisabilité. Dans la même logique, certains à gauche, comme Stéphane Le Foll, ont pu demander comment Eric Zemmour allait s’y prendre pour changer les prénoms de ceux qui n’ont pas un prénom du calendrier, comme si le problème de cette proposition était seulement d’ordre pratique.

Affronter pour mobiliser ?

Pourtant, aussi bien chez Anne Hidalgo que chez Arnaud Montebourg, on réfute l’idée d’un changement de stratégie. Ou même d’un haussement de ton. « Nous défendons les valeurs de la République », affirme simplement Nicolas Mayer-Rossignol, un des porte-parole d’Anne Hidalgo. Pour le maire de Rouen, interrogé par 20 Minutes, « Eric Zemmour ce n’est pas la République, il n’est pas conforme à ses valeurs », citant ses condamnations pour provocation à la haine raciale, ses déclarations misogynes et révisionnistes. « Ce qui donne le sentiment d’un changement de braquet, c’est l’escalade des provocations et de l’indécence. Etre un agent du pétainisme en tant que journaliste, c’est une chose, en tant que candidat, c’en est une autre », analyse Mickaël Vallet, porte-parole d’Arnaud Montebourg.

La poussée de fièvre dans les sondages autour d’Eric Zemmour a de quoi sans doute justifier qu’à gauche, on sonne le tocsin. Mais assumer cet affrontement de principe face à l’extrême droite est-il aussi un levier de mobilisation pour la gauche, clairement à la peine dans la précampagne ? Là, on hésite : « Je ne sais pas si c’est un levier, mais il est indispensable que la gauche se réveille, juge Nicolas Mayer-Rossignol. La République et en danger et il faut s’engager », le maire de Rouen estimant évidemment qu’Anne Hidalgo est la mieux à même de faire face au danger. Auprès de 20 Minutes, Mickaël Vallet se veut moins partisan, expliquant que son candidat cherche moins à mobiliser pour lui que parce que « le combat nécessite une prise de conscience. Il faut se réveiller, on ne peut pas rester tétanisés ».

Les Insoumis pas endormis

Une injonction que prend assez mal le député insoumis Eric Coquerel, qui ne se considère justement pas du tout endormi – « J’étais encore dimanche dernier à Lyon pour une manifestation contre l’extrêmedroitisation de la société », rappelle-t-il à 20 Minutes. Concernant les déclarations du week-end dernier, le député y voit plus d’improvisation qu’une stratégie mûrement réfléchie : « J’ai l’impression qu’ils ont pris conscience que jusque-là, ils n’étaient pas à la hauteur face à Zemmour et qu’ils essaient de rattraper leur retard. Mais honnêtement, je préfère encore qu’ils s’alarment d’un coup plutôt qu’ils restent à la traîne. »

Dans sa sortie, Anne Hidalgo en a appelé à une mobilisation populaire contre l’extrême droite. La candidate socialiste s’est en effet étonnée qu’il n’y ait pas de manifestations de « 10.000 ou 200.000 personnes » contre Eric Zemmour. Nicolas Mayer-Rossignol calme néanmoins les ardeurs : pas question pour le PS d’appeler effectivement à manifester, « nous sommes dans les propositions » jure-t-il. Arnaud Montebourg, lui, est allé plus loin en faisant mine de proposer une manifestation. Un « mur du silence » si Eric Zemmour venait à annoncer sa candidature près de Colombey-les-Deux-Eglises, le village où le général de Gaulle avait une résidence secondaire, comme la rumeur l’annonce.

Pas « d’unité d’action »

« On ne présume pas de la forme que ça pourrait prendre si effectivement Eric Zemmour venait à profaner la mémoire de la France résistante. C’est une idée en logiciel libre ! Tous les républicains, héritiers du Conseil national de la Résistance, peuvent s’en emparer », précise Mickaël Vallet. Eric Coquerel ne semble pas convaincu, pensant que ça donnerait encore plus de lumière à Eric Zemmour. « S’ils veulent manifester, ils n’ont qu’à se joindre aux appels existants. Sinon, il y a d’autres choses à faire comme interpeller le CSA, qui laisse des chaînes qui utilisent des fréquences publiques surexposer les idées d’extrême droite. »

En clair, à La France insoumise, on ne trouve ni Anne Hidalgo ni Arnaud Montebourg vraiment à la pointe de la lutte contre « l’extrêmedroitisation » de la société. Le fait que la maire de Paris refuse de débattre avec Eric Zemmour pourrait tout de même être vu comme une pierre dans le jardin de Jean-Luc Mélenchon qui, lui, l’a fait. « On n’a pas débattu contre lui, on l’a affronté », tente de nuancer Eric Coquerel. Qui rappelle qu’Anne Hidalgo était, elle, au printemps dernier, à la manifestation des syndicats de police devant l’Assemblée où se trouvait Eric Zemmour. Même contre l’extrême droite, il est décidément difficile de trouver une nouvelle « unité d’action » à gauche.