VIDEO. Résultat présidentielle: «Avec un tel taux d'abstention, on assiste à un 21 avril 2002 à l'envers»

PARTICIPATION L'abstention est estimée entre 25,3 et 27% pour le second tour de l'élection présidentielle...

Helene Sergent

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Une urne dans un bureau de vote en Guyane, le 6 mai 2017.
Une urne dans un bureau de vote en Guyane, le 6 mai 2017. — JODY AMIET / AFP

Un taux record. Jamais, depuis 1969, l’abstention n’aura été si forte au second tour d’une élection de présidentielle oscillant entre 25 et 27 %. Un chiffre qui vient clore une campagne d’entre-deux tour marquée par le déclin du traditionnel « front républicain » face au Front National et par les interrogations des électeurs de gauche. Comment analyser ce recul de la participation et quels enseignements doivent être tirés de ce scrutin ?

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« Un 21 avril à l’envers »

Jean-Yves Dormagen a enquêté pendant cinq ans sur la démobilisation électorale, à Saint-Denis. Pour ce chercheur, coauteur de La démocratie de l’abstention (Folio Actuel), ce taux n’est pas « surprenant » dans le contexte politique actuel : « On savait que les reports de voix allaient être compliqués en particulier ceux des électeurs de Jean-Luc Mélenchon. Un tiers de ses électeurs avaient annoncé qu’ils s’abstiendraient ».

Contrairement aux huit précédentes élections présidentielles (exception faite de 1969 où seuls deux candidats de droite s’étaient qualifiés), c’est la première fois que la participation est plus faible au second tour qu’au premier. « C’est un 21 avril 2002 à l’envers. La qualification de Marine Le Pen en duel avec Macron a provoqué une relative démobilisation de l’électorat », ajoute Jean-Yves Dormagen.

A l’abstention s’ajoute les 4 millions de votes blancs ou nuls (soit 8,8 % des inscrits), un chiffre jamais atteint sous la Ve République.

« Une crise du système politique »

Pour Bruno Cautrès, chercheur au CEVIPOF et enseignant à Sciences-Po, ces données reposent sur deux composantes essentielles : « La première est contextuelle : les deux grandes familles politiques ne se sont pas qualifiées au second tour, ce qui a provoqué une forte indécision et un rejet chez les électeurs. C’est ce qu’expriment ces si nombreux votes blancs. Le deuxième élément, c’est que ce contexte n’aurait pu se développer et apparaître si, en toile de fond, il n’y avait pas cette crise du système politique avec des clivages nouveaux qui traversent notre société ».

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Quel impact peut avoir un si fort taux d’abstention et de votes blancs ? « Pour la légitimité d’un candidat élu, ces chiffres sont forcément problématiques. La fragilité de la base électorale d’Emmanuel Macron est confirmée par ce second tour. Cela dit quelque chose du niveau de désenchantement de la population française. L’état de grâce, déjà fortement réduit lors des quinquennats de Sarkozy et de Hollande, risque d’être inexistant pour Macron », analyse Jean-Yves Dormagen.

Dès lundi, au lendemain de son élection, le nouveau chef de l’Etat devra faire face à plusieurs manifestations organisées à travers la France.

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