Présidentielle: Que voteront ceux qui se revendiquent catholiques?

SCRUTIN Les personnes se revendiquant catholiques ont plus largement voté pour François Fillon que pour les autres candidats. Mais que feront-ils donc au second tour?...

Anne-Laëtitia Béraud

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Illustration dans un bureau de vote pour l'élection présidentielle
Illustration dans un bureau de vote pour l'élection présidentielle — LODI Franck/SIPA
  • Le vote des personnes se revendiquant catholiques se porte majoritairement à droite, et le vote FN n'est pas tabou.
  • L'Eglise française reste très prudente, ne souhaitant pas entrer dans l'arène partisane.
  • Chez les laïcs, alors que des mouvements catholiques conservateurs sont très actifs, des groupes plus libéraux veulent faire entendre une autre voix en s'opposant au FN

Rien de nouveau sous le soleil : les personnes qui se revendiquent catholiques votent plus largement à droite. Selon plusieurs sondages*, ces cathos ont largement voté au premier tour pour François Fillon, et le vote FN continue sa progression depuis la dernière présidentielle. Marine Le Pen et Emmanuel Macron se partagent de manière presque égale cet électorat. « La droitisation des catholiques est à l’œuvre depuis l’élection de François Mitterrand en 1981, soit plus d’une génération », rappelle  l’historien des religions Odon Vallet, qui souligne par ailleurs que « l’extrême droite n’a jamais fait peur aux catholiques ».

Retour en 2017. « Au premier tour, le vote des catholiques a été globalement conforme par rapport au corps électoral. Je note que le vote pour Marine Le Pen a été aussi important, voire légèrement plus important chez les catholiques », souligne encore Odon Vallet, qui précise que la catégorisation des personnes qui se revendiquent « catholiques » est à prendre avec des pincettes : « Certains pratiquent, d’autres non, quand certains ne sont pas baptisés mais se disent catholiques car sensibles aux valeurs de la famille par exemple. »

Pas un vote catho, mais des cathos divers qui votent

Quant à prédire ce que feront ces électeurs au second tour de la présidentielle, rien n’est plus incertain. « Emmanuel Macron pose un problème pour ces catholiques, avec une épouse plus âgée ou un programme sur l’euthanasie ou l’avortement peu marqué. Quant à Marine Le Pen, elle a laissé à Marion Maréchal-Le Pen prendre des positions car elle sait que trop en parler pourrait lui nuire. Et elle s’est opposée au mariage gay », continue l’historien.

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Le vote FN n’est donc pas un tabou, ni même exclu pour ce second tour. Et du côté du clergé, la parole reste très prudente. Alors que la mobilisation ecclésiale était forte lors de l’entre-deux-tours en 2002 entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen, les voix catholiques sont cacophoniques en 2017. Au soir du premier tour, la Conférence des évêques de France (CEF) a publié un communiqué rappelant ses fondamentaux pour le second tour. L’institution qui rassemble les cardinaux et évêques en activité évite d’appeler « à voter pour l’un ou l’autre candidat », un refus qui a suscité de nombreuses réactions et « aussi de l’incompréhension », explique l’institution auprès de 20 Minutes. Ce mercredi, la CEF publie une vidéo où son président, le père Georges Pontier, rappelle que « le rôle de l’Eglise est, plus que jamais, de ne pas prendre parti pour l’un ou l’autre candidat », l’archevêque de Marseille dénonçant aussi un « climat hystérisé » à quatre jours du second tour.

Parole prudente du clergé 

Vincent Neymon, secrétaire général adjoint et porte-parole adjoint de la CEF, apporte une explication de texte à ce message qui reste très prudent : « Il y a une hystérisation du débat et nous sommes pressés, tant par une génération paniquée que par les médias, de rassurer et d’appeler à voter pour un candidat. Sauf qu’appeler à voter pour quelqu’un ne sert à rien aujourd’hui, et serait même contre-productif. Les catholiques sont libres et responsables de leur vote dans l’isoloir. Les personnes et les groupes sont libres de s’exprimer et montrent que l’Eglise est diversifiée. Rappelons cependant que ces mouvements ne représentent pas l’institution. Quand La Manif pour tous prend position, ce n’est pas l’institution qui s’exprime », ajoute Vincent Neymon, qui précise : « notre message et d’éclairer les consciences, pas de les diriger ».

Pas question, donc, pour l’épiscopat et dans un pays pointilleux à propos de la séparation des Églises et de l’État, de mettre le pied dans l’arène partisane. « Le clergé reste très réticent à se prononcer. Certains ne savent pas trop quoi penser, le Pape s’est exprimé de manière un peu étrange, quand d’autres ne veulent rien dire contre le FN, de peur d’effrayer leurs ouailles », note l’historien des religions Odon Vallet.

Des laïcs divers

Quant aux laïcs, les prises des positions sont très diverses. Le mouvement conservateur Sens commun et le Parti chrétien-démocrate, alliés aux Républicains, ont opté pour un « ni-ni », quand La Manif pour tous et son ancienne présidente Frigide Barjot ont expliqué vouloir« tout sauf Macron ». L’ancienne ministre Christine Boutin ou l’ex-député UMP Christian Vanneste ont choisi de voter FN. Un bulletin conforté, selon eux, par le refus du Pape François de se prononcer à propos des candidats, expliquant samedi ne pas assez connaître le contexte de la présidentielle française.

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A l’inverse, les associations, fondations et mouvements catholiques les plus importants – dont le Secours catholique-Caritas France, Les Apprentis d’Auteuil et CCFD-Terre Solidaire- ont publié samedi un texte qui révèle sans mystère leur candidat préféré, appelant à « une France et une Europe plus ouvertes et plus justes dans un monde de droit et de dignité ».

Ne pas laisser les conservateurs monopoliser le débat

Voyant dans la candidate FN « une politique fondée sur la banalisation de la xénophobie », la Conférence catholique des baptisé(e) s francophones, qui revendique 10.000 adhérents et sympathisants parmi les catholiques, a formulé un appel pour « faire clairement barrage à Marine Le Pen ». « Nous sommes catholiques et nous voterons Macron », a annoncé pour sa part l’équipe de la paroisse parisienne Saint-Merry, connue pour sa tradition d’ouverture.

Dans un appel lancé par 20 Minutes sur sa page Facebook, les internautes ayant répondu se révèlent très partagés. « Ce n’est pas ma religion qui décide de mon vote », affirme Suzanne, quand Christine explique rester « perplexe » et que « [s] a foi ne l’aide pas » à préférer l’un ou l’autre candidat. Au contraire, plusieurs internautes se revendiquant catholiques affirment choisir Marine Le Pen. « Je suis catholique et je vote le Pen car son programme est plus adapté pour les pauvres » explique Leena, tout comme Albert, qui souligne être « pour l’ordre » et « pour le retour à l’amour de la France ». Un vote FN contre lequel se dresse Marie qui explique quant à elle que « peu importe si on est juif, catholique ou musulman. Un être humain (…) ne vote pas Le Pen. C.Q.F.D. »

* Sondages OpinionWay et Harris Interactive sur le premier tour de la présidentielle

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