Présidentielle: Le Front national a-t-il vraiment changé?

IMAGE Spoiler: la réponse est non...

A.B.
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Marine Le Pen à bord d'un bateau de pêche le 27 avril dernier, au Grau-du-Roi.
Marine Le Pen à bord d'un bateau de pêche le 27 avril dernier, au Grau-du-Roi. — AGENCE/SIPA

Elle n’est plus que « Marine ». Sur son affiche de campagne du deuxième tour, Marine Le Pen n’affiche ni son patronyme, ni le nom de son parti, ni la flamme tricolore qui en est le symbole. Nouvelle image pour un nouveau Front national ?

Depuis que Marine Le Pen a repris les rênes du FN, le parti a fait peau neuve, assurant n’avoir plus rien à voir avec le FN d’avant, celui de son père, celui des chambres à gaz qui sont « un détail de l’histoire ». Celui du 21 avril 2002, quand la France battait le pavé et scandait d’une seule voix la nécessité de faire front contre le FN de Jean-Marie Le Pen, alors qualifié pour le deuxième tour du scrutin présidentiel.

Quinze ans plus tard, même scénario ou presque. Il y a bien un Le Pen au second tour. Mais cette fois-ci, c’est Marine qui porte les couleurs du parti. Et s’il y a bien eu des manifestations après le premier tour, on y a cette fois-ci entendu le slogan « ni Marine, ni Macron, ni patrie, ni patron », laissant entendre qu’en 2017, l’idée du front républicain contre le Front national est dépassée. Alors, le FN est-il devenu un parti comme les autres ? Sous l’impulsion de Marine Le Pen, le parti a opéré et réussi une large entreprise de dédiabolisation. Si la préférence nationale et la lutte contre l’immigration restent l’ADN frontiste, le ton, le discours et le style et nombre de propositions ont été lissés. Mais le FN a-t-il vraiment changé ? Pas si sûr.

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  • Un président par intérim accusé de négationnisme

Désormais tout à sa campagne du second tour, Marine Le Pen a décidé de se mettre en retrait de la présidence de son parti, qu’elle dirige depuis 2011. Pour assurer l’intérim, elle a porté son choix sur Jean-François Jalkh, militant FN de la première heure. Mais l’homme n’est pas qu’un simple fidèle du parti. Il est aussi un proche de Jean-Marie Le Pen, aux côtés duquel il assistait en 1991 à une commémoration de la mort du maréchal Pétain. Pas ce qu’il y a de mieux pour incarner la rupture avec le FN d’avant. Surtout quand on sait que le même Jean-François Jalkh a tenu des propos négationnistes en 2000, réapparus sur les réseaux sociaux au lendemain de sa nomination.

De quoi sonner le glas de sa présidence éclair, qui n’aura duré que trois jours.

 

  • Un nouveau président par intérim devant la justice notamment pour « provocation à la haine raciale et diffamation raciale »

Pour le remplacer à la tête du FN, c’est Steve Briois, maire d’Hénin-Beaumont, qui a été désigné. Briois, à l’encontre de qui le Parquet de Bobigny a récemment ouvert une information judiciaire pour diffusion de messages à caractère haineux visant le maire de Sevran (Seine-Saint-Denis). Le maire d’Hénin-Beaumont a relayé sur son compte Facebook des messages d’internautes écrivant que le maire de Sevran est « belle ordure à exterminer avec le reste (…) qui a vendu son âme aux mécréants salafistes » et à qui ils promettent « une bastos ». Des messages constitutifs d’un délit de « provocation à la commission d’une atteinte à la vie ou à l’intégrité physique par moyen de communication au public par voie électronique ».

Le même Briois qui, il y a peu, adressait un doigt d’honneur à une équipe de journalistes de l’émission Cash Investigation.

Le même encore qui est aux prises avec la justice pour un tweet dans lequel il déclarait, en novembre dernier que « la répartition des migrants a pour conséquence l’explosion des agressions sexuelles, en Allemagne, en Suède, en Autriche, etc.

Des déclarations pour lesquelles Steve Briois est renvoyé le 11 octobre prochain devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour « provocation à la haine raciale et diffamation raciale ».

 

  • Le commentaire homophobe de Jean-Marie Le Pen lors de l’hommage à Xavier Jugelé, le policier tué sur les Champs Elysée

Beaucoup plus discret depuis qu’il n’est plus à la tête du FN, Jean-Marie Le Pen n’a pas pour autant renoncé aux sorties fracassantes dont il a le secret. L’une des dernières en date : ses propos tenus lors de la cérémonie d’hommage à Xavier Jugelé, le policier tué sur les Champs Elysée. Durant les commémorations, son compagnon, avait prononcé un discours empli de dignité et d’amour pour celui qui partageait sa vie.

Apparemment pas de quoi émouvoir l’ex-président du FN, qui a estimé que la cérémonie « rendait hommage, plutôt qu’au policier, à l’homosexuel ». Des propos qualifiés d'« odieux » par sa fille Marine.

 

  • Jean-Marie Le Pen, financeur de la campagne présidentielle de sa fille

D’ailleurs Marine, ainsi que ses collaborateurs et soutiens l’appellent, n’aurait plus rien à voir avec le FN longtemps dirigé par son père, dont elle ne serait pas l’héritière, tient-elle à rappeler régulièrement. Et pour bien illustrer la rupture avec son père, Marine Le Pen l’a même exclu de son parti. Mais l’ombre de Jean-Marie Le Pen n’est jamais loin et c’est bien son papa que la candidate frontiste est allée voir il y a quelques mois pourlui emprunter 6 millions d’euros afin de financer sa campagne. Une somme colossale que le père a accepté de prêter à sa fille via son microparti, Cotelec. Loin de la rupture irréconciliable que Marine Le Pen a intégrée à son storytelling. De son côté, lors de sa traditionnelle cérémonie du 1er mai devant la statue de Jeanne d’Arc, Jean-Marie Le Pen a d’ailleurs appelé à voter pour sa fille.

 

  • Le jeune photographe pro nazi du FN

Rien de tel pour faire tabula rasa et rafraîchir son image que de recruter des jeunes. Et parmi ceux qui ont intégré la garde rapprochée de Marine Le Pen, on retrouve un certain Laurent L., qui photographie Marine Le Pen dans la plupart de ses déplacements.

A droite à l'image, Laurent L., jeune photographe qui suit et photographie Marine Le Pen dans tous ses déplacements, a liké sous son pseudo
A droite à l'image, Laurent L., jeune photographe qui suit et photographie Marine Le Pen dans tous ses déplacements, a liké sous son pseudo - CHAMUSSY/SIPA

Mais derrière le visage juvénile du jeune photographe se cache Alex Vril. Avec pseudo, qu’il utilise sur Facebook, le jeune photographe a liké de nombreuses pages faisant l’apologie du nazisme et de l’antisémitisme.

Le jeune homme n’est pas arrivé dans la galaxie FN par hasard : il est employé d’e-Politics, la société fondée par Frédéric Chatillon, ami intime de Marine Le Pen et ancien du Gud, soupçonné d’être au cœur du système de financement illégal organisé par le FN depuis 2011 pour ses campagnes électorales.

 

  • La presse dans le collimateur du parti

​Outre le doigt d’honneur de Steve Briois, le désamour de la presse dans les rangs du FN ne fait pas figure d’exception. En particulier dans cette campagne électorale, où nombre de journalistes ont été et sont toujours dans le collimateur du parti. A l’instar de ceux de Mediapart et de Quotidien, persona non grata dans les meetings FN. Ce mardi matin, Louis Aliot, vice-président du FN, s’est expliqué sur cette mise à l’écart : « Mediapart et Quotidien font de l’espionnage », a-t-il déclaré sur LCI.

Le Front national souhaite même « créer un ordre des journalistes » pour « sanctionner des pratiques mauvaises », déclarait ce samedi Aymeric Merlaud, conseiller régional des Pays de la Loire, déplorant lui aussi « des pratiques d’espionnage ».

Une trentaine de rédactions accusent le FN de « choisir les médias autorisés à suivre Marine Le Pen » et dénoncent « une entrave à la liberté » d’informer.

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