Présidentielle: Le Pen et Macron, deux conceptions de la laïcité qui s'affrontent

PROGRAMMES La passe d’armes des deux candidats sur le sujet lors du débat organisé fin mars sur TF1 a montré à quel point leurs visions étaient antagonistes…

Delphine Bancaud

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Emmanuel Macron et Marine Le Pen lors de leur campagne.
Emmanuel Macron et Marine Le Pen lors de leur campagne. — MIGUEL MEDINA, Eric FEFERBERG/AFP
  • Marine Le Pen a durci ses positions sur la laïcité, alors qu’Emmanuel Macron est resté prudent sur le sujet.
  • Mais le débat télévisé de mercredi soir pourrait relancer la thématique.

Ils ne défendent pas le même modèle de société. Et sur la laïcité, les points de vue des deux candidats à l’élection présidentielle sont divergents.

D’ailleurs, ils se sont déjà affrontés avec vigueur sur ce sujet. Lors du débat organisé fin mars sur TF1, la présidente du Front national a ainsi accusé le candidat d’En Marche ! d’être favorable au burkini. « Il y a quelques années, il n’y avait pas de burkini sur les plages, je sais que vous êtes pour Monsieur Macron », a-t-elle lancé. Ce qui avait provoqué la colère d’Emmanuel Macron.

Le débat sur le sujet n’a pas vraiment rebondi

« Je ne vous fais pas parler, je n’ai pas besoin d’un ventriloque (…) Quand j’ai quelque chose à dire, je le dis clairement, c’est mon habitude », avait-il rétorqué. « Ça n’a rien à voir avec la laïcité parce que ce n’est pas cultuel », avait-il poursuivi, accusant Marine Le Pen de transformer « les plus de quatre millions de Français, dont la religion est l’islam, et qui sont pour la très grande majorité absolument pas dans le communautarisme, (en) ennemis de la République ». « Le burkini, a-t-il poursuivi, c’est un problème. Il y a certains maires, d’ailleurs, qui ont pris des arrêtés qui étaient parfois justifiés, parce que c’est un problème d’ordre public », avait-il indiqué.

Une passe d’armes qui n’a pas vraiment faire rebondir le débat ensuite. « Marine Le Pen a durci son discours sur la laïcité et a voulu imposer cette thématique dans les débats avec les autres candidats, même si cela n’a pas vraiment pris », estime Chloé Morin, directrice de l’Observatoire de l’opinion de la Fondation Jean-Jaurès. « Certains thèmes ont structuré la campagne (l’économie, l’emploi, la lutte contre le terrorisme…). La laïcité n’en n’a pas fait partie car c’est un sujet sensible qui représente une prise de risque pour les candidats », ajoute François Miquet-Marty, président de l’Institut Viavoice.

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Le Pen veut interdire les signes ostensibles dans l’espace public

Mais cet échange musclé sur le sujet résume bien le clivage qui oppose les deux candidats dans ce domaine. Dans son programme, Marine Le Pen exprime son souhait de « rétablir la laïcité partout, l’étendre à l’ensemble de l’espace public et l’inscrire dans le Code du travail ». « Je vais prendre la loi de 2004 qui est la loi qui a interdit les signes ostensibles à l’école, et je vais l’étendre dans l’espace public », avait-elle précisé en octobre 2016 sur BFM TV.

« Marine Le Pen défend l’idée d’une laïcité de protection qui empêcherait que les personnes de différentes confessions ne fassent valoir leur identité dans l’espace public. Elle veut rassurer son électorat », indique François Miquet-Marty. « Elle se sert surtout de cette thématique pour stigmatiser les pratiques religieuses de certains musulmans », renchérit Chloé Morin.

Le candidat d’En Marche ! se veut garant de la loi de 1905

« Emmanuel Macron développe une conception plus traditionnelle de la laïcité, en se référant aux principes fondamentaux de la loi de 1905, dont il veut être le garant. Mais il ne veut pas aller beaucoup plus loin «, observe François Miquet-Marty. » « Il a une appréhension plus ouverte de la laïcité que Marine Le Pen », estime de son côté Chloé Morin.

Dans son programme, il explique ainsi que la laïcité « garantit à chacun la liberté fondamentale de croire et de pratiquer la religion qu’il s’est choisie, comme la liberté fondamentale de ne pas croire. La laïcité protège aussi la République : elle garantit que la loi est commune à tous les citoyens et indépendante des dogmes ».

Mais il veut cependant la renforcer via quelques mesures. « Nous organiserons des services publics vraiment neutres, et des actions de formation à la laïcité seront systématiquement proposées aux agents de l’administration. » « Les manquements à la laïcité, que ce soient les atteintes à la liberté religieuse comme à la neutralité des services publics, seront sanctionnées sans faiblesse et des référents seront, pour les usagers comme pour les agents publics, identifiés dans chaque établissement publics et formés à cette mission », indique-t-il aussi. « L’idée d’établir des référents pour que les administrations se réapproprient les principes de la laïcité comporte un risque ; celui que ces dits référents aient des visions différentes de la laïcité », commente François Miquet-Marty.

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Emmanuel Macron souhaite aussi qu'« à l’école, l’enseignement de la laïcité à tous les niveaux, de l’élémentaire au lycée, sera consolidé et l’accent sera particulièrement mis sur les approches pratiques ». « Ces mesures ne sont pas très fortes, car Emmanuel Macron a bien conscience que la laïcité est un sujet de déchirement de la société. Il ne veut donc pas vraiment s’étendre sur le sujet », estime Chloé Morin. Mais la laïcité pourrait bien s’imposer comme une thématique importante du débat télévisé qui sera diffusé sur TF1 et France 2 mercredi soir.

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