VIDEO. Présidentielle: Avant ou après le premier tour? On a joué au jeu des sept différences au meeting de Macron à Arras

REPORTAGE Par rapport à la campagne présidentielle avant le premier tour, le meeting de ce mercredi à Arras présentait quelques différences...

Laure Cometti

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Emmanuel Macron en meeting à Arras le 26 avril 2017.
Emmanuel Macron en meeting à Arras le 26 avril 2017. — Michel Spingler/AP/SIPA

De notre envoyée spécial à Arras (Pas-de-Calais),

Le dernier meeting d’Emmanuel Macron datait du 19 avril dernier (à Nantes). Depuis, le candidat En marche ! est arrivé en tête du premier tour l’élection présidentielle, et se retrouve face à Marine Le Pen (Front national) pour le second tour le 7 mai prochain. 20 Minutes s’est rendu à Arras ce mercredi où l’ancien ministre de l’Economie a tenu son premier meeting d’entre-deux tours et véritablement lancé sa campagne, après sa journée très mouvementée à l'usine Whirlpool d'Amiens. L’occasion de repérer sept différences et des nouveautés par rapport aux précédents meetings du candidat.

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1. Une sécurité renforcée

Le premier élément qui frappe en arrivant au parc des expositions d’Arras, c’est le dispositif de sécurité. De nombreux CRS et policiers sont présents en plus du service d’ordre d’En Marche !. Fouilles des sacs (également reniflés par un chien de la police), palpations… les contrôles sont un cran au-dessus des précédents meetings.

Contactée par 20 Minutes, la préfecture d’Arras ne communique pas de chiffres sur les effectifs mobilisés. Mais un « helper » (le nom anglais donné aux bénévoles d’En Marche ! présents pendant les meetings) nous assure qu’« il y a du renfort en sécurité » par rapport à ce qui était prévu le 21 avril, date à laquelle le meeting d’Arras devait avoir lieu avant d’être annulé après l’attaque terroriste sur les Champs-Elysées.

2. Un nouveau slogan (mais d’anciennes affiches)

« Ensemble, la France ! » : le slogan pour le second tour dégainé ce midi par En Marche !,  quelques minutes avant que Marine Le Pen ne dévoile le sien - les deux candidats jouent décidément au chat et à la souris ce mercredi -, s’étale en lettres gigantesques derrière le pupitre. En revanche, au rayon affiches, on est sur du recyclage de celles du premier tour. Les nouvelles n’ont peut-être pas encore été imprimées.

3. Plus de journalistes (en particulier étrangers)

Dans cette salle pouvant accueillir 2.000 personnes assises, et 1.000 debout, 250 journalistes se sont accrédités. Soit un ratio d’un journaliste pour 12 spectateurs. « Ça rigole plus ! » nous lance un des organisateurs. A noter qu’il y a un peu plus de journalistes de la presse étrangère qu’avant, second tour oblige. D’ailleurs le mot de passe du wifi a changé aussi. Des neutres « presseEM2017 » ou « presseEMLondres », on est passé à une clé plus triomphale : « Macron_President ».

4. Un chiraquien en ouverture

Chargé de meubler avant l’arrivée d’Emmanuel Macron - « il est en interview avec Ruth Elkrief » - Jean-Paul Delevoye ouvre ce meeting. L’ancien ministre de Jacques Chirac est aussi une caution « rassemblement » puisqu’il vient de la droite. Côté centristes, le maire UDI de Saint-Omer, François Decoster, est aussi présent.

A grand renfort de références au général de Gaulle, celui qui est en charge des investitures d’En Marche ! pour les législatives met l’accent sur la « gravité de la situation ». Jean-Paul Delevoye cite également Michel Barnier qui lui a confié la « formidable inquiétude » des dirigeants européens au sujet de l’élection française : « ils lui disent : "va-t-on se tromper une troisième fois ? Le Brexit, Trump et maintenant Madame Le Pen ?" » Le ton est donné.

5. Un discours « grave » pour « rassembler »

A 20h24, Emmanuel Macron monte sur scène. En préambule, il promet : « Je ne reproduirai pas l’erreur faite en 2002 qui a consisté, après le front républicain, à reprendre les vieilles habitudes ». Après le dîner à La Rotonde dimanche, interprété par certains comme un signe de triomphalisme trop précoce, Emmanuel Macron insiste : « Notre joie est grave car notre responsabilité est immense ». « Je n’ai qu’un seul ennemi », enchaîne-t-il, « nos fractures et nos divisions ».

Le champ lexical du rassemblement imprègne le discours : « Réconcilier le pays » est la « priorité » de celui veut être « le président d’une France réconciliée ». « Ce soir, il a parlé du pays », compare Alexandre, 22 ans, en école d’ingénieur à Lille où il avait déjà assisté à un meeting d’Emmanuel Macron en janvier dernier. « Il a parlé des terres », approuve son camarade picard Corentin. « Il a changé son fusil d’épaule, il est un peu moins vainqueur que dimanche », poursuit Alexandre. « Et il a fait un clin d’œil à Jean-Luc Mélenchon, en insistant sur l’économie de la mer ». Pour les trois copains, le candidat est désormais entré dans le match.

6. Un réquisitoire contre Marine Le Pen

Le candidat s’est montré nettement plus offensif que de coutume à l’égard de la candidate d’extrême droite qu’il a taxée « d’héritière née dans un château » qui « se prétend du peuple » mais « n’est pas dans le réel ». Il a également attaqué les propositions frontistes en s’adressant aux classes populaires et moyennes, auxquelles il prédit qu’en cas de sortie de l’euro, « votre épargne diminuera de 30 %, votre salaire diminuera, le coût de tout ce que nous importons augmentera. Nous nous appauvrirons ».

« C’est bien qu’il soit plus combatif », se réjouit Carole, 50 ans, électrice « de gauche à l’origine » qui a voté Macron au premier tour. « Il ne faut pas qu’il laisse Marine Le Pen asséner ses contre-vérités ». Dans leur village de Haute-Avesnes, « il n’y a pas de problème de chômage ni de sécurité et pourtant les gens votent FN », se désole Olivier, 48 ans. A Arras, les résultats du premier tour sont presque identiques à ceux à l’échelle nationale. Mais dans le Pas-de-Calais, la candidate FN a obtenu plus de 34 % des suffrages exprimés.

Offensif, le candidat a toutefois calmé le public qui commençait à huer la candidate FN. Une politique « anti-huées » qui est une des marques de fabrique des meetings d’Emmanuel Macron.

7. Un public mi-conquis, mi-sceptique

Le public des meetings d’avant le premier tour était globalement acquis au candidat. Ce mercredi, c’est un peu plus hétérogène. Les supporters, ceux qui ont voté pour lui au premier tour, sont bien sûr venus en nombre. Mais il y a aussi beaucoup de curieux venus se faire une idée sur celui qui pourrait être leur choix au second tour. Plus par résignation que par adhésion pour certains.

« Je suis un peu déçue, je m’attendais à plus de fond. je ne comprends pas pourquoi les gens applaudissent », lâche Sandrine, 49 ans, ex-filloniste qui a voté Lassalle au premier tour. Elle est venue avec son époux Benoît et Azhari, un réfugié soudanais qu’ils hébergent depuis cinq mois. Pour ce couple, il faut contrer la montée du FN, mais ce soir leur cœur balance encore entre le vote blanc et le vote Macron. Ils quittent la salle alors que le candidat n’a pas achevé son discours. Cet électorat indécis inquiète même les helpers, chez qui l’euphorie des premiers meetings a laissé place à la prudence.

Julie, 18 ans, a fait son choix : elle votera « utile », « contre le FN » et pour le candidat En Marche ! bien qu’elle n’adhère pas à son programme qu’elle juge « trop libéral ».

Bonus : ce qui n’a pas changé

  • On a trouvé les mêmes pancartes ornées de la devise française et les mêmes drapeaux tricolores et européens distribués au public.
  • Sur scène, on ne change pas une recette efficace : quelques « marcheurs » sont installés derrière le pupitre.
  • Côté décibels, la playlist festive et moderne n’a pas changé non plus, ni la tendance d’Emmanuel Macron à monter le volume en fin de discours.