VIDEO. Macron à la Rotonde: «C'est dégueulasse de comparer ça au Fouquet's», défend un participant

BLING OU PAS BLING Arrivé en tête du scrutin, Emmanuel Macron a fêté dimanche soir sa qualification au second tour à La Rotonde, comme Nicolas Sarkozy au Fouquet’s en 2007…

A.B et J.L.

— 

Emmanuel Macron, le 23 avril à La Rotonde à Paris.
Emmanuel Macron, le 23 avril à La Rotonde à Paris. — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

« Un moment du cœur ». Pour Emmanuel Macron, fêter sa qualification pour le second tour avec ses proches, ses soutiens et amis (et quelques people aussi, Pierre Arditi, Line Renaud, Jacques Attali, Stéphane Bern…) à la Rotonde, grande brasserie parisienne, cela n’avait rien à voir avec la soirée bling bling de Nicolas Sarkozy au Fouquet’s au soir du second tour de la présidentielle de 2012.

Il n’empêche, le candidat d’En marche ! s’est fait « dézinguer » sur les réseaux sociaux, où nombre d’internautes lui reprochent l’indignité de sa démarche. L’intéressé, lui, s’est défendu en expliquant n’avoir de leçon à recevoir de personne. Bonne ambiance.

Line Renaud, Pierre Arditi et Jacques Attali

Arrivé en tête du premier tour du scrutin dimanche soir avec 23,75 % des voix devant Marine Le Pen (21,53 %), Emmanuel Macron a, après l’annonce des résultats, emmené amis et collaborateurs prendre une coupette et manger un morceau à La Rotonde, brasserie parisienne chic du 6e arrondissement, dans le quartier de Montparnasse.

Enfin, chic, c’est à voir si l’on compare au Fouquet’s. Gérard, le directeur de l’établissement,en a un peu marre de répondre aux journalistes qui l’assaillent depuis le début de la matinée. Derrière nous, un collègue du New York Times fait la queue. Gérard nous fait la leçon gentiment. « Vous voyez la carte ? on a un menu à 25 euros le midi, je ne crois pas que ce soit les prix du Fouquet’s. Nous, on est des fils de paysans du Cantal, hein. »

Pour l’histoire du lieu, on résume rapidement. La Rotonde, à la base, c’est un truc d’artistes et d’écrivains. Enfin d’écrivains ratés, vous dirait Hemingway, qui a fini éméché dans tous les troquets de Paris déjà debout au début du XXe siècle. La tradition s’est perpétuée, puisque la maison travaille étroitement avec l’éditeur Albin Michel. « Ils organisent leurs déjeuners chez nous. On a eu Fillon qui est venu dédicacer une ou deux fois ses livres. »

Philippe de Villiers a aussi ses habitudes dans le coin

C’était il y a un petit moment, comme les visites de Ségolène Royal, pourtant très nombreuses entre 2007 et 2012. François Hollande y est même venu fêter sa victoire à la primaire de gauche en 2011. Mais à la Rotonde, on refuse d’établir une préférence politique. « Philippe de Villiers vient ici dès qu’il est sur Paris ». Pas mal comme caution de droite, il faut le dire.

Pour revenir aux Macron, puisqu’on est venus pour ça : ce n’était pas un coup d’un soir. Le couple vient régulièrement depuis une bonne dizaine d’années, comme ils vont au Dôme, à la Coupole, ou au Select, pas loin. Mais à la Rotonde, le petit plus de la maison, ils retrouvent le même cuisinier, l’ancien second de Martinez à la Tour d’Argent, et le même directeur, « présent midi et soir tous les jours depuis 25 ans ».

La soirée de dimanche s’est décidée au dernier moment. Un petit texto à 19 h pour les "happy few", et une privatisation décidée à partir de 10 h. Pas besoin de mettre les gens dehors non plus, le jour du seigneur, c’est toujours très calme. Parmi les invités,une très grande majorité de petites mains de la campagne, et une poignée de people, dont l’architecte Roland Castro. La première fois qu’il a rencontré Macron, il a vu Mendès France en mieux. Depuis, il le conseille humblement sur sa politique de la ville.

Au bout de la troisième référence au Fouquet’s, il commence à fumer des naseaux : «C’est une comparaison dégueulasse. Le Fouquet’s, c’était un truc de parvenus, là j’ai mangé entre une secrétaire et un officier de sécurité, ça va, ce n’était pas une fête mondaine. J’ai mangé des asperges et du turbot, il n’y avait pas de caviar si vous voulez tout savoir. Emmanuel a voulu remercier les gens qui l’ont aidé sans faire de distinction sociale, il faudrait lui en vouloir ? »

Plus que le lieu, ne trouve-t-il pas que c’est la célébration prématurée qui interpelle, alors qu’il y a un deuxième tour à gagner avant d’être élu président de la République ?

« On ne va pas se cacher derrière notre petit doigt, le premier tour, c’était le plus important, même si on va jouer à se faire peur. Ça ne veut pas dire que Macron pense qu’il a gagné, mais il a le droit de se réjouir de cet événement majeur. Il arrive devant les deux grands partis de gouvernement quand même ! Maintenant, il faut transformer le vote contre Le Pen en vote d’adhésion pour lui ».

A la Rotonde, en tout cas, on fait tout pour. Sur une petite commode bien exposée à l’entrée, figure une pile de livres à destination des clients. Révolution d’Emmanuel Macron est en première ligne, côté quatrième de couverture et son grand sourire carnassier. On est sûrs de pas se tromper.