Présidentielle: Pourquoi, contrairement à 2002, il y aura un débat d'entre-deux-tours entre Macron et Le Pen

DUEL Le débat de l’entre-deux-tours est une tradition de la Ve République depuis 1974 et l’affrontement entre Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand…

Lucie Bras

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Marine Le Pen et Emmanuel Macron vont-ils se retrouver face à face pour un débat avant le second tour ?
Marine Le Pen et Emmanuel Macron vont-ils se retrouver face à face pour un débat avant le second tour ? — JEFF PACHOUD / AFP
  • Emmanuel Macron et Marine Le Pen doivent se rencontrer lors d’un ultime face-à-face avant le deuxième tour de l’élection présidentielle le 7 mai 2017.
  • Emmanuel Macron a déjà accepté le débat avec la candidate FN, qui doit se tenir le 3 mai prochain. 
  • En 2002, Jacques Chirac avait refusé de débattre face à Jean-Marie Le Pen.

Les deux vainqueurs du premier tour de l’élection présidentielle doivent se retrouver pour une dernière passe d’armes. Le débat de l’entre-deux-tours, tradition de la Ve République, permettra à Marine Le Pen et Emmanuel Macron d’adresser un dernier message à leurs électeurs sans pour autant se mettre en danger.

« On ne comprendrait pas qu’il n’y ait pas de débat »

En 2002, les Français avaient été privés de débat entre les deux tours. Après l’annonce du duo de tête Chirac-Le Pen le 21 avril, Jacques Chirac avait déclaré : « Face à l’intolérance et à la haine, il n’y a pas de transaction possible, pas de compromission possible, pas de débat possible. Pas plus que je n’ai accepté dans le passé d’alliance avec le Front national, et ceci quel qu’en soit le prix politique, je n’accepterai demain de débat avec son représentant. »

La tradition, héritée de l’élection de Giscard d’Estaing en 1974, était rompue. Cette fois-ci, la dérobade semble impossible et les candidats vont devoir se soumettre à ce rite. « Aujourd’hui, on ne comprendrait pas qu’il n’y ait pas de débat, dans la mesure où Marine Le Pen est complètement banalisée », explique Christian Delporte, sociologue des médias. « Et cette fois-ci, ce n’est pas une surprise », rappelle-t-il. Le candidat d’En marche ! a déjà confirmé sa participation.

Un rite politique en France

Marine Le Pen et Emmanuel Macron se sont déjà rencontrés lors de débats : on se souvient du fameux accrochage sur le burkini, ou encore du débat où Marine Le Pen a reproché à Emmanuel Macron de parler pour ne rien dire.

Mais c’est la première fois qu’ils vont se retrouver en tête à tête. « Tous les deux sont d’excellents débatteurs, dans des genres assez différents », observe Patrick Moreau, chercheur au Centre national de recherche scientifique (CNRS). « Ça va se jouer à la préparation des interventions. Si l’enjeu n’est pas déterminant pour le vote du 7 mai, car les Français auront déjà une idée quasi certaine de leur vote, ce débat est devenu incontournable. « C’est une nécessité dans le rite électoral français. Il s’agit de montrer la cohérence de chacun », explique Stéphane Rozès, président du CAP (Conseil, analyses et perspectives).

Durant cet ultime face-à-face, les candidats vont donc essayer de servir leurs intérêts sans braquer leurs électeurs. Ce qui laisse peu de place pour une surprise dans cette arène cathodique. «  Marine Le Pen doit solidifier sa base pour gagner un certain nombre de sièges pour les législatives. Elle reviendra donc à ses identifiants forts : la crise économique, l’identité nationale, l’immigration », précise Patrick Moreau. « Emmanuel Macron, lui, va devoir expliquer aux Français ce qu’il veut, expliciter son programme. Il doit aussi commencer à créer sa majorité pour l’avenir », analyse-t-il.

Qui sera le « vainqueur » du débat ? Là aussi, les politologues pensent déjà savoir quelle sera l’issue, car ce débat très particulier a sa propre logique. « Le vainqueur du débat est toujours celui qui est en tête des sondages. Depuis 1974, ça s’est toujours vérifié », conclut Christian Delporte. Cette théorie reste à vérifier le jour du débat fixé au mercredi 3 mai.

Ce rendez-vous, toujours très suivi par les téléspectateurs, avait rassemblé 18 millions de personnes en 2012, lors de l’affrontement entre Nicolas Sarkozy et François Hollande.