VIDEO. Présidentielle: «Ces résultats traduisent le besoin d’un renouveau politique»

INTERVIEW Pour le politologue Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au Cevipof, les scores du premier tour sont l’illustration d’une demande de recomposition politique…

Propos recueillis par Delphine Bancaud
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Collage Sipa/20 Minutes avec les candidats Emmanuel Macron (En Marche!) et Marine Le Pen (FN)
Collage Sipa/20 Minutes avec les candidats Emmanuel Macron (En Marche!) et Marine Le Pen (FN) — Collage Sipa/20 Minutes
  • Les candidats du système politique traditionnel ont été sanctionnés au profit d’Emmanuel Macron et Marine Le Pen.
  • Les deux candidats du second tour ont une vision opposée de la mondialisation et de l’Europe.

Ca y est, le suspense est levé. Emmanuel Macron et Marine Le Pen s’affronteront au second tour de l’élection présidentielle, selon les estimations du premier tour publiées dimanche soir qui placent le candidat d’En marche ! en tête (23,7 %), devant la candidate FN (21,9 %), puis, au coude à coude, Jean-Luc Mélenchon et François Fillon. Le politologue Bruno Cautrès chercheur au CNRS et au Cevipof, livre à 20 Minutes une première analyse du scrutin.

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Les résultats de ce premier tour traduisent-ils une volonté de recomposition du paysage politique de la part des Français ?

Oui, ils traduisent le besoin d’un renouveau politique et montrent que le système partisan de la Ve République est sérieusement remis en cause. Car aucun des deux qualifiés n’est issu du sérail politique classique. Rappelons que le mouvement d’Emmanuel Macron, En marche !, n’a qu’un an et qu’il ne s’agit que de la deuxième campagne présidentielle de Marine Le Pen. Parallèlement, les candidats du système politique traditionnel,François Fillon et Benoît Hamon, enregistrent un échec.

Mais, outre cette incarnation du renouveau, quels ont été les autres piliers du succès d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen ?

Emmanuel Macron a réussi à s’autonomiser face à François Hollande et a répondu à l’aspiration d’une majorité de Français de se départir du clivage droite-gauche. Et il a effectué une bonne campagne qui ne s’est pas essoufflée dans le temps. Quant à Marine Le Pen, même si les polémiques sur la rafle du Vel d’hiv ou la colonisation auraient pu l’affaiblir, il n’en a rien été, car elle a défendu son programme avec constance.

Mais ces résultats ne sont-ils pas aussi le reflet d’une France fracturée ?

Si, en un certain sens, car Emmanuel Macron symbolise l’ouverture de la France sur l’Europe et une économie globalisée. Alors que Marine Le Pen incarne une France qui veut fermer ses frontières.

Comment analysez-vous la défaite de François Fillon ?

C’est un échec terrible pour lui car il avait au moment des primaires de la droite l’élection présidentielle à portée de main. Sa responsabilité personnelle dans l’échec de son parti est écrasante. La communication du candidat LR a été carbonisée par les affaires le concernant, car le contraste entre sa posture d’intégrité et les différents scandales dont il a fait l’objet était trop important. Cela ne m’étonnerait pas que la jeune garde LR sorte rapidement l’artillerie lourde…

Et celle de Benoît Hamon ?

Il était dans une posture impossible, car il n’avait pas massivementle soutien de son parti et qu’il a subi la forte concurrence de Jean-Luc Mélenchon auprès des électeurs de gauche, déçus du hollandisme.

Justement, le score élevé de Mélenchon ne symbolise-t-il pas la victoire d’une forme de vote contestataire ?

Si, une partie de l’électorat de gauche a voulu montrer qu’elle existait toujours. Et Jean-Luc Mélenchon a fait une campagne exceptionnelle, en performant particulièrement sur le Web.

>>Estimations des résultats du premier tour de l’élection présidentielle (IPSOS) :