VIDEO. Présidentielle: Emmanuel Macron, ou l'ascension éclair d'un homme pressé

PRESIDENTIELLE A 39 ans, il devient le plus jeune président de la République élu en France…

Delphine Bancaud

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Emmanuel Macron, le 23 avril 2017 au Touquet.
Emmanuel Macron, le 23 avril 2017 au Touquet. — Thibault Camus/AP/SIPA
  • Le parcours de l’homme est marqué par son ambition, sa volonté de multiplier les expériences et de ne pas se laisser enfermer dans un carcan.
  • Sa jeunesse, son parcours hors des sentiers battus, sa vie privée font de lui un sujet de curiosité.

Inconnu des Français il y a trois ans, Emmanuel Macron a réussi l’exploit de remporter l’ élection présidentielle. Le candidat du mouvement En Marche ! obtiendrait, 65,1 % des voix, devant Marine Le Pen, à 34,9 %, selon les premières estimations.

Benjamin de l’élection présidentielle, il devient à 39 ans le plus jeune président de la Ve République. 20 Minutes revient sur le parcours atypique de ce candidat qui a su s’imposer dans la vie politique en un temps record.

Une jeunesse sous le signe de l’ambition

Né le 21 décembre 1977 à Amiens, Emmanuel Macron est le fils d’un couple de médecins. Selon la journaliste Anne Fulda, auteur de Emmanuel Macron, un jeune homme si parfait, le bébé est « très attendu par ses parents ». Car il « naît en effet un peu plus d’un an après la mort d’une petite fille qu’on eue ses parents. Un enfant mort-né qui n’a même pas eu le temps d’avoir un prénom ».

Il est aussi très proche de sa grand-mère: « Dès l'âge de 5 ans, une fois l'école terminée, c'est auprès d'elle que je passais de longues heures à apprendre la grammaire, l'histoire, la géographie. Et à lire », confie-t-il dans son livre Révolution. Le petit garçon est aussi un élève brillant : « Souvent, après les cours, il venait voir le directeur dans son bureau pour discuter de choses et d’autres. Il se posait beaucoup de questions, il lui fallait des réponses », raconte Arnaud de Bretagne, son ancien professeur d’histoire-géo de 1re, au lycée jésuite la Providence au Parisien. Il intègre le prestigieux lycée parisien Henri IV où où il obtient un bac S avec mention très bien avant d'intégrer une khâgne. Son échec au concours de l’Ecole normale supérieure ne le démonte pas et il poursuit son cursus par un DEA de philosophie, avant d'intégrer Sciences Po Paris. « Il n'a jamais vraiment eu d'activité militante. Il n'allait pas dans les réunions de section », déclarait à son sujet un camarade de promo,  Aurélien Lechevallier dans Society.

Poursuivant sur sa lancée, le jeune homme entre à l’ENA dans la promotion Senghor (qui réunit notamment Boris Vallaud, plus tard secrétaire général adjoint de l’Élysée de François Hollande, et Sébastien Veil, le petit-fils de Simone Veil). Mais il refusera toujours d'être qualifié de produit du système: «J'ai la tête d'un moule? Vous trouvez? Je vous donne le sentiment d'être fait dans un moule? Ben, l'ENA ce n'est pas un moule, c'est un moule pour qui veut le devenir», a-t-il ainsi déclaré en janvier 2017. 

Une expérience de banquier qui marque à jamais sa vie 

Une fois ses études terminées, le jeune homme démarre sa carrière à l’inspection générale des Finances. Et c'est en 2008, qu'il devient ensuite banquier d’affaires dans la société Rotchschild, l’une des banques d’affaires les plus influentes en France. Un épisode qui marquera tant sa vie professionnelle que son image, ses détracteurs pendant la campagne le renvoyant toujours à son passé de banquier. Chez Rotchschild, il gravit rapidement les échelons et se fait remarquer par quelques faits d’armes, comme la négociation du rachat de Pfizer par Nestlé en 2012. « Avec ce mélange, rarissime, surtout à un si jeune âge, de rapidité intellectuelle, de puissance de travail, de sûreté dans le jugement et de charme, il aurait été, s’il était resté dans le métier, un des meilleurs en France, sans doute même en Europe », a dit de lui François Henrot, directeur de la banque Rothschild, dans Rue 89. La forte rémunération d'Emmanuel Macronlors de son passage chez Rotchschild, suscitera plus tard la curiosité des médias.

Un ministre de l’économie surprise

Mais l’intrépide Emmanuel Macron a décidément la bougeotte et quitte Rothschild, pour rejoindre François Hollande en tant que conseiller sur l’économie avant la présidentielle de 2012. Là encore, il épouse cette carrière politique avec brio et connaît une ascension éclaire. Il devient ensuite secrétaire général adjoint de l’Elysée, entre 2012 et 2014. Mais ce n’est que l’été 2014 que les Français font connaissance avec lui. C’est alors que François Hollande le nomme ministre de l’Économie, en remplacement d’Arnaud Montebourg. L'occasion pour Manuel Valls de faire son éloge dans l'émission  Le Supplément de Canal Plus: «Emmanuel est brillant, intelligent, il a un parcours original, il est attaché à ses terres du Nord et de la Picardie, il a une conscience sociale, il sait aussi ce qu'est le monde ouvrier».

Il devient rapidement un des ministres les plus populaires du gouvernement. Il est plébiscité par les patrons de start-up et représente pour beaucoup de Français le renouveau de la classe politique. « Il possède l’incroyable capacité de donner l’impression d’être proche de son interlocuteur. Il nimbe toutes ses relations professionnelles d’une chaleur, d’une attention à l’autre bien peu communes dans les sphères du pouvoir », dit de lui Anne Fulda, dans son ouvrage.

Bon orateur, il s’affiche volontiers dans les médias et n’hésite pas à sortir du cadre, via ses déclarations sur les 35 heures par exemple. Quitte à hérisser une partie du PS. « Macron ? Comment vous dire… Ras-le-bol », lance ainsi le 23 septembre 2015 la maire PS de Lille Martine Aubry. Son passage à Bercy est aussi marqué par  la loi qui porte son nom. Elle entraîne là aussi des réformes qui sont loin de faire l’unanimité : libéralisation du transport en autocar, liberté d’installation des notaires, extension des ouvertures le dimanche pour les commerçants, accélération des procédures devant la justice prud’homale ou modification des règles du licenciement collectif.

Sa vie privée passionne les foule

Parallèlement, l’homme intrigue. Les médias s’intéresse à sa vie sentimentale atypique, car Emmanuel Macron est marié à Brigitte Trogneux, de 24 ans son aînée, qui était enseignante dans le lycée dans lequel il était élève à Amiens. L’homme n’hésite d’ailleurs pas à mettre en scène sa vie maritale, en acceptant la publication de photos de son couple à Paris-Match, avant de le regretter. Il fait aussi l’objet d’une rumeur persistante, qui lui prête une liaison avec le PDG de Radio France, Mathieu Gallet. Mais Emmanuel Macron décide de l’affronter et dément publiquement cette double vie.

Il s’émancipe d’Hollande et devient l’invité surprise de la présidentielle

Multipliant les déclarations transgressives, il créé son mouvement En Marche ! en avril 2015, alors qu’il est encore ministre. Les observateurs du monde politique comprennent alors que l’homme a des ambitions présidentielles. Mais Emmanuel Macron entretient le suspense. Il pense que François Hollande, très affaibli dans les sondages, ne se représentera pas à la présidentielle. Fin août 2016, il démissionne de Bercy. Mais ce n’est que le 16 novembre de la même année, qu’il se déclare candidat à l’élection présidentielle.

Une campagne réussie hors des partis traditionnels

Dès le début de sa campagne, le candidat d’En Marche ! poursuit sa stratégie « ni droite ni gauche ». «Sa force réside dans sa nature hétérodoxe, au-delà des camps retranchés idéologiques, privilégiant un état d’esprit positif», déclarait à son propos Daniel Cohn-Bendit, dans une tribune du Monde.
Il incarne un libéralisme de gauche, est proeuropéen, tout en voulant prendre en compte « la France périphérique »… Mais il tarde à présenter un programme avec des propositions concrètes. Télégénique et percutant dans les débats télévisés, Emmanuel Macron ne cesse pourtant de monter dans les sondages. Depuis mars, toutes les enquêtes le créditent d’entre 22 et 26 % des intentions de vote au premier tour.

Il parvient aussi à rassembler des poids lourds de droite comme de gauche. Et si ses détracteurs lui reprochent son flou politique jusqu’à la fin de la campagne du premier tour et que les autres candidats font de lui leur cible privilégiée, il demeure malgré tout le candidat favori jusqu’aux derniers jours du scrutin. « J’apprécie le courage de cet homme. Il a le mérite d’avoir des idées, qui ne sont pas tout à fait les miennes, et il a aussi le mérite d’y tenir », disait justement de lui Arnaud Montebourg sur France 2. La preuve de son obstination en est faite ce dimanche.