Présidentielle: «Ce matin, j’avais un peu peur avant d’aller voter»

SECURITE Plusieurs fausses alertes ont poussé les autorités à fermer brièvement des bureaux de vote. Une mesure de précaution dans un contexte terroriste particulièrement tendu…

C.Po. avec B.C.

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La queue devant un bureau de vote
La queue devant un bureau de vote — Benjamin Cremel / AFP
  • Plusieurs bureaux de vote ont été brièvement fermés après de fausses alertes
  • Les autorités sont sur le qui-vive après l'attentat des Champs-Elysées et l'interpellation de deux hommes à Marseille
  • François Hollande a assuré que «toutes les mesures ont été prises» pour assurer la sécurité

« Évidemment que ça m’a traversé l’esprit, mais pas au point de pas aller voter. Je ne vais quand même pas leur faire cette joie », s’exclame Madeleine, 77 ans, en traînant son cabas. Ni la menace terroriste, ni l’heure de queue dans son bureau de vote du 14e arrondissement de Paris n’ont entamé sa détermination. « La seule fois où je n’ai pas voté, c’est parce que j’étais en train d’accoucher. Pour moi, voter, c’est sacré, il faut bien plus que des fous pour que je ne me rende pas aux urnes. »

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En ce jour de scrutin, les autorités sont sur le qui-vive, craignant un nouvel attentat, trois jours après l’attaque des Champs-Elysées et cinq jours après l’interpellation à Marseille de deux hommes suspectés de fomenter un attentat « imminent ». Quelque 50.000 policiers et gendarmes supplémentaires ont été mobilisés. A cela s’ajoute les 7.000 militaires de l’opération Sentinelle, les policiers municipaux. Des agents de sécurité ont également été déployés à l’entrée de certains bureaux de vote, notamment à Paris. « Ce n’est pas rassurant, ils fouillent à peine les sacs, ils jettent un rapide coup d’œil et on peut rentrer », s’inquiète néanmoins Marie, 30 ans. Son fils de six ans l’a « tannée » pour l’accompagner, elle a préféré refuser. « On ne sait jamais… »

Fausses alertes

Ce dimanche, le principe de précaution est de mise. Plusieurs alertes ont conduit les autorités à évacuer brièvement les bureaux de vote. A Besançon (Doubs), la découverte d’une carabine dans une voiture a conduit à l’évacuation de deux bureaux. Le véhicule a été découvert vers 10 heures, moteur tournant, alors que deux individus prenaient la fuite en courant. « Il ne s’agit pas du tout d’un acte terroriste, il s’agit d’une affaire de droit commun », a déclaré le directeur départemental de la sécurité publique du Doubs, Benoît Desferet. Quasiment au même moment, deux bureaux de vote de Saint-Omer, dans les Hauts-de-France ont fait l’objet d’une mesure similaire, après la découverte d’une voiture particulièrement chargée et immatriculée à l’étranger, assure La Voix du Nord. Les démineurs n’ont rien retrouvé d’anormal.

A Haguenau, dans le Bas-Rhin, c’est la présence d’une glacière qui a perturbé le vote, a rapporté le quotidien local Les dernières nouvelles d’Alsace. Des témoins ont aperçu des fils électriques qui dépassaient du couvercle, poussant les autorités à évacuer la zone. Il s’agissait une nouvelle fois d’une fausse alerte : la glacière était vide.

« Ce matin, j’avais un peu peur d’aller voter »

« Honnêtement, ce matin, j’avais un peu peur d’aller voter, lâche Didier, en observant la dizaine de militaires postés sur la place face à son bureau de vote, dans le 15e arrondissement de Paris. L’attentat, on y pense une seconde et puis on passe à autre chose. C’est plus important que jamais de voter justement parce que certains voudraient que le pays tourne le dos à la démocratie », estime cet infirmier de 46 ans. Marie-José, commerçante de 56 ans, abonde en son sens. « Les militaires, c’est triste mais on en a pris l’habitude, ce n’est pas ça qui va influencer mon vote. Moi je me sens en sécurité en France, même avec les attentats. »

Interrogé sur la menace terroriste après avoir voté dans son fief de Tulle, François Hollande a assuré que « toutes les mesures ont été prises », prônant la « vigilance » pour « assurer aux Français toutes les conditions leur permettant d’exercer ce droit fondamental qu’est celui de choisir leur avenir ». Et le président d’ajouter : « Pour les Français, je pense que le meilleur message qu’ils peuvent adresser, c’est de montrer que la démocratie est plus forte que tout ».

« On ne va pas arrêter de vivre »

Pour beaucoup néanmoins, la menace terroriste fait désormais partie du quotidien. « On ne va pas arrêter de vivre en attendant qu’il se passe quelque chose. Je n’y ai pas pensé ce matin, pas plus que quand je vais prendre le métro le matin », assure Stella, 26 ans, quelques minutes après avoir déposé un bulletin dans l’urne. Même discours du côté de Léa et Agnès, partie voter « entre copines ». « J’ai plus peur du contexte électoral et des résultats de ce soir que d’un attentat. »