Mélenchon 2017 VS 2012, le candidat tient-il le même discours sur l'immigration?

POLITIQUE Le candidat de la France insoumise a tenu un discours à Marseille ce dimanche, cinq ans après son « ode au métissage » de 2012…

Thibaut Le Gal

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Jean-Luc Mélenchon en 2017 à Marseille.
Jean-Luc Mélenchon en 2017 à Marseille. — Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Le même soleil qu’il y a cinq ans. Comme en 2012, Jean-Luc Mélenchon a choisi Marseille pour tenir un grand meeting à deux semaines du premier tour de la présidentielle. Le candidat de La France insoumise s’est exprimé dimanche après-midi devant 70 000 partisans rassemblés sur le Vieux-Port, selon les chiffres de son équipe.

Le contexte est à peu près le même que lors de la précédente campagne : le candidat arrive à Marseille en pleine dynamique dans les sondages. En 2012, Jean-Luc Mélenchon terminait pourtant sa course avec 11.1 % des voix au premier tour. Une thèse était alors évoquée par certains : son « ode à la Méditerranée et au métissage », prononcée sur les plages du Prado, lui aurait fait perdre des voix. Ce dimanche, le candidat a assumé les propos de 2012 :

« Puisque je venais à Marseille, on comparerait ce que j’ai dit naguère, il y a cinq ans, sur la plage du Prado à ce que je dirais aujourd’hui », s’est-il amusé. « Eh bien, hier comme aujourd’hui, je me réjouis que la France soit métissée et tous les enfants sont mes enfants. »

1. Un discours de même tonalité qu’en 2012 ?

Même s’il s’en défend, le discours n’est pas comparable. En 2012, le natif de Tanger avait prononcé une « ode à la Méditerranée et au métissage » pendant de longues minutes, dont voici quelques extraits :

  • « Marseille est la plus française des villes de notre République. Ici, il y a 2 600 ans, une femme a fait le choix de prendre pour époux l’immigré qui descendait d’un bateau, c’était un Grec et de ce couple est née Marseille. »
  • « Notre chance, c’est le métissage et, depuis 2 600 ans, nous sommes du parti de ceux qui se disent contents d’être mélangés. Fiers d’être le peuple qui compte le plus grand nombre de mariages mixtes de toute l’Europe. »
  • « Nous refusons l’idée morbide et paranoïaque du choc des civilisations. »
  • « La France ne peut être la République et la nation qu’elle est en définitive, qu’à la condition d’être une nation universaliste. »
  • « Les peuples du Maghreb sont nos frères et nos sœurs. Il n’y a pas d’avenir pour la France sans les Arabes et les Berbères du Maghreb. »

 

Ce dimanche, Jean-Luc Mélenchon a prononcé une ode vibrante à la paix et a fait observer une minute de silence pour les migrants disparus en Méditerranée. Mais cette fois, lorsqu’il évoque l’immigration, le candidat insiste davantage sur « la racine des problèmes » : « L’émigration est toujours un exil forcé, une souffrance », dit-il, ajoutant vouloir « éradiquer la cause des maux », et « mettre un terme aux guerres qui ravagent ces pays ».

2. Mélenchon a-t-il changé de braquet sur l’immigration ?

A plusieurs reprises, le candidat a jeté le trouble dans son camp par des déclarations controversées à gauche. En réalité, les propositions du candidat sont peu ou prou les mêmes qu’en 2012 (régulariser les sans-papiers, rétablir la carte de séjour de dix ans comme titre de séjour de référence, etc.). Mais le ton a évolué à l’image des deux meetings marseillais. Lors de la campagne précédente, le programme du Front de gauche insistait sur le fait que « l’immigration n’est pas un problème ».

Immigration-programme 2012
Immigration-programme 2012 - Capture d'écran

En 2017, le programme insiste sur la nécessité de « lutter contre les causes des migrations ». « La première tâche est de permettre à chacun de vivre chez soi », est-il écrit.

Programme l'Avenir en commun, 2017
Programme l'Avenir en commun, 2017 - capture d'écran

3. Son « ode au métissage » lui a-t-il vraiment fait perdre des voix en 2 012 ?

Ce changement de ton est-il stratégique ? Pour répondre à cette question, regardons les sondages de l’époque. A la fin du mois de mars 2012, Jean-Luc Mélenchon est pour la première fois donné troisième homme de l’élection devant Marine Le Pen et François Bayrou (environ 15 %). L’institut CSA lui promet même jusqu’à 17 % d’intentions de vote le 12 avril, soit deux petits jours avant le discours marseillais. Trois jours après le meeting, il perd deux points dans le même sondage. Au soir du premier tour, il se place finalement à la quatrième place, avec 11,1 % des votes.

Pour expliquer cette chute, son équipe met en avant une autre hypothèse. « Pourquoi a-t-on perdu des voix ? A cause du vote utile pour Hollande », répond au Monde son porte-parole Alexis Corbière. Dans son ouvrage d’entretien, Le Choix de l’insoumission, l’intéressé se montre plus nuancé :

« Quand j’ai préparé mon discours de Marseille, je ne l’ai pas fait en me disant comment je vais gagner des voix ou comment je vais convaincre de l’utilité de mon programme (…) Avec ce discours, je crois que j’ai fait du bien à mon pays. Peut-être pas à mon résultat électoral, mais je m’en fiche, ça ne compte pas dans ces moments. »