Présidentielle: Les frappes américaines en Syrie forcent les candidats à clarifier leurs positions

POLITIQUE Les candidats à la présidentielle s'opposent sur le conflit en Syrie et à propos des possibilités de résolution…

Anne-Laëtitia Béraud

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Les onze candidats à l'élection présidentielle dans «Le Grand Débat» sur  BFM TV et CNEWS, le 4 avril 2017.
Les onze candidats à l'élection présidentielle dans «Le Grand Débat» sur BFM TV et CNEWS, le 4 avril 2017. — Lionel BONAVENTURE / POOL / AFP

Le président américain Donald Trump a déclenché jeudi des frappes militaires contre la Syrie, en riposte à une attaque chimique dans une ville rebelle syrienne mardi. La Russie a dénoncé vendredi une « agression contre un Etat souverain », les alliés des Etats-Unis applaudissant de leur côté cette opération contre le régime de Damas. La situation diplomatique force les candidats à la présidentielle française à clarifier leur discours sur la question syrienne. Que pensent-ils du dirigeant syrien Bachar al-Assad ? Sont-ils favorables ou non à la Russie, partie prenante du conflit en Syrie et qui aide le régime en place ? 20 Minutes vous dresse un récap’…

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Marine Le Pen lors du débat présidentiel du 4 avril 2017 sur BFMTV et CNews.

 

Marine Le Pen

Pro-russe et pro-Assad, la présidente du Front national a réagi ce vendredi sur France 2 : « Est-ce que c’est trop demander d’attendre les résultats d’une enquête internationale indépendante avant d’opérer ce genre de frappe ? », s’est-elle interrogée. Elle a critiqué cette opération, rappelant que Donald Trump s’était engagé durant sa campagne électorale à ce que les Etats-Unis arrêtent d’être « le gendarme du monde ». Un président dont elle avait salué l’élection et sa proximité présumée avec Moscou. Le programme présidentiel du FN n’évoque pas spécifiquement la Syrie. Mais Marine Le Pen a qualifié lors d’un voyage au Liban que le dirigeant syrien Bachar al-Assad est « une solution bien plus rassurante pour la France que l’État islamique ». Elle a ajouté qu’il n’y a « aucune solution plausible en dehors de ce choix binaire Bachar/Daesh ». Pro-Poutine, elle s’est rendue à Moscou fin mars où elle a  rencontré le président russe.

Emmanuel Macron dans «L'Émission politique» sur France 2, le 6 avril.

 

Emmanuel Macron

Lutter contre Daesh, puis al-Assad. Le candidat d’En marche a estimé ce vendredi lors d’un déplacement en Corse : « Nous avons un ennemi : Daesh et l’ensemble des mouvements djihadistes. Le peuple syrien a un ennemi : Bachar al-Assad ». Il a souhaité « une action concertée » inscrite « dans le mandat de l’ONU ». Jeudi soir dans L’Emission politique sur France 2, l’ancien ministre a hiérarchisé ses priorités à propos de cette question syrienne : « Notre priorité en Syrie c’est la lutte contre Daesh et toutes les formes de terrorisme. Nous devons, dans ce cadre, travailler avec toutes celles et ceux qui travaillent, y compris les Russes. (…) On doit éradiquer les terroristes, puis sortir Bachar al-Assad du jeu. » Le candidat a ainsi clarifié sa position car dans son  ​programme, Emmanuel Macron n’évoque pas Bachar al-Assad. Il souhaite seulement que la France « retrouve sa place au Moyen-Orient, en particulier pour accompagner la résolution de la crise syrienne. » A propos de la Russie, il reste vague, souhaitant un « dialogue constant » mais « exigeant ».

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François Fillon lors du débat présidentiel le 4 mars 2017

 

François Fillon

La situation internationale force le candidat de la droite et du centre à clarifier sa position. Ce vendredi, François Fillon a dénoncé un « crime » en Syrie, estimant par ailleurs dans un communiqué que « la riposte américaine ne doit pas conduire à une confrontation avec la Russie et l’Iran. » Favorable à Moscou, le candidat Les Républicains a plusieurs fois souhaité un dialogue avec le régime de Bachar al-Assad pour lutter contre les djihadistes. Jeudi, il a, cependant, affirmé, sur France inter, souhaiter « éliminer » le dirigeant syrien grâce à des négociations avec les Russes, les Iraniens et les Turcs. Dans son programme, le candidat évoque à propos de la Syrie : « La France doit reprendre sa place dans la crise syrienne. Je développerai des contacts avec tous ceux qui luttent contre la menace terroriste, y compris si nécessaire avec les autorités en place. »

Benoît Hamon lors du débat présidentiel du 4 avril 2017 sur BFMTV et CNews.

 

Benoît Hamon

Ce vendredi, le candidat socialiste a salué les frappes américaines, estimant que « Bachar al-Assad est directement responsable de la riposte décidée par les Etats-Unis ». Le député des Yvelines a plusieurs fois exprimé son voeu de voir partir le départ du dirigeant syrien. Il se révèle plus hostile à la diplomatie russe que les candidats Fillon, Le Pen, Dupont-Aignan ou Mélenchon. Benoît Hamon confiait le 27 janvier à RTL son « désaccord (…) en matière de politique étrangère » avec Jean-Luc Mélenchon : « cette forme d’attitude et de complaisance à l’égard de Vladimir Poutine que je ne comprends pas. Nous avons là un impérialisme agressif de la part de la Russie qu’il faut traiter avec fermeté, certainement pas avec complaisance », soulignait-il.Dans son programme, le candidat reste vague à propos de la Syrie et du sort de Bachar al-Assad, indiquant : « Loin de l’unilatéralisme et de la brutalité esquissés par la Russie de Vladimir Poutine, la Chine de Xi Jinping ou les États-Unis de Donald Trump, [la France] défendra une autre vision en Syrie, en Ukraine, au Sahel et partout dans le monde. »

Jean-Luc Mélenchon lors du deuxième débat de la campagne présidentielle, le 4 avril 2017.

 

Jean-Luc Mélenchon

Le candidat de La France insoumise a vivement dénoncé le soutien de Paris et Berlin à Washington ce vendredi. « [François] Hollande et [Angela] Merkel portent l’entière responsabilité de donner à [Donald] Trump le pouvoir solitaire de frapper qui il veut quand il veut », a-t-il écrit sur Twitter ce vendredi. Dans une vidéo publiée jeudi, le député européen condamne ce « crime » mais ne l’attribue pas directement au régime de Bachar Al-Assad : « S’il l’a fait réellement, c’est d’une stupidité inouïe », estime-t-il.

A plusieurs reprises, Jean-Luc Mélenchon s’est dit favorable à l’action russe en Syrie, indiquant par exemple le 20 février 2016 sur le plateau de ONPC penser que Vladimir Poutine « va régler le problème, éliminer Daesh ». Dans son programme, le candidat de France insoumise dit vouloir « mettre en place une coalition universelle sous mandat de l’Onu pour éradiquer Daesh et rétablir la paix et la stabilité en Syrie et en Irak, associant les combattants kurdes ». Il n’évoque pas spécifiquement le sort de Bachar al-Assad, même s’il dit souhaiter des élections libres en Syrie.

Nicolas Dupont-Aignan lors du débat présidentiel du 4 avril 2017 sur BFMTV et CNews.

 

Nicolas Dupont-Aignan

Le candidat souverainiste,pro-russe, souhaite coopérer avec Bachar al-Assad pour « en finir avec l’Etat islamique en Syrie ». Ce vendredi, le député-maire de Yerres (Essonne) a dit sur CNews avoir des « doutes » et être « inquiet ». « Si ce sont des attaques avérées par Assad, il faut répliquer mais dans le cadre de l’Onu. Si c’est le scénario de Saddam Hussein en Irak, je suis inquiet », a-t-il dit. « Je ne vois pas pourquoi Bachar al-Assad aurait la folie d’utiliser des gaz alors qu’il vient de stabiliser son pays. Ça m’interroge. J’ai un doute », a ajouté le candidat de Debout la France. Dans son programme, Nicolas Dupont-Aignan reste vague à propos de question syrienne. Il propose de « jouer un rôle central dans la reconstruction de la Syrie et de l’Irak » et « intensifier notre lutte contre l’Etat islamique en Syrie, en Irak et en Libye, en pesant sur nos alliés qui devraient être davantage solidaires de la France ».

 

François Asselineau, candidat pour la première fois à la présidentielle

 

François Asselineau

Parmi les « petits » candidats, il est le seul à s’être exprimé après les frappes américaines. Sur Twitter, le candidat a estimé que « l’Union européenne nous place sous la tutelle de l’OTAN et nous entraîne vers une troisième guerre mondiale ». Pro-russe révendiqué, le candidat de l’UPR indique dans son programme vouloir s’allier avec la Russie et la Turquie pour « détruire l’Etat islamique en Syrie ».