Présidentielle: Pourquoi une telle dynamique autour de Jean-Luc Mélenchon

PROGRESSION Sa marche du 18 mars et, surtout, ses prestations lors des débats permettent au candidat de La France insoumise d’espérer mieux qu’il y a cinq ans…

Olivier Philippe-Viela

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Jean-Luc Mélenchon lors du deuxième débat de la campagne présidentielle, le 4 avril 2017.
Jean-Luc Mélenchon lors du deuxième débat de la campagne présidentielle, le 4 avril 2017. — LIONEL BONAVENTURE-POOL/SIPA

« On s’attendait à une hausse, mais à ce point… Il y a un peu de surprise, parce que c’est sans commune mesure. » Depuis un peu plus de deux semaines, Antoine Léaument, le coordinateur de la campagne numérique de Jean-Luc Mélenchon, observe avec plaisir l’évolution des statistiques de son candidat sur le web. Sur tous les réseaux sociaux, le bond en nombre d’abonnés des pages liées à la campagne de la France insoumise est nettement supérieur à ses concurrents dans la course à l’Elysée, comme le montrent les sites synthétisant l’évolution des abonnés/fans/followers.

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L’envol de Mélenchon sur le web date du 18 mars, jour de sa marche pour une VIe République à Paris, avec un nouveau pic trois jours après, le 21 mars, lendemain du premier débat entre cinq candidats. « 135 000 personnes supplémentaires sur Facebook depuis, à peu près 60 000 sur Twitter », résume Antoine Léaument. Et sur le site officiel de campagne, les soutiens sont passés de 280 000 avant le passage de Jean-Luc Mélenchon sur TF1, à 370 000 personnes ce jeudi (354 000 mercredi).

Des sondages favorables depuis le 18 mars

Cette double date charnière des 18 et 20 mars correspond aussi au début de l’inversion des courbes sondagières entre les deux candidats de la gauche, Benoît Hamon et le député européen. Si les sondages sont à prendre avec précaution, ils dessinent une dynamique étonnante en faveur de Jean-Luc Mélenchon.

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Dans l’enquête de l’Ifop diffusée mercredi, le candidat de la France insoumise progresse à 16 %, talonnant François Fillon à 18 %. Le 17 mars, juste avant la place de la République et le premier débat, le même institut rapportait 10,5 % d’intentions de vote en faveur de l’ancien sénateur de l’Essonne. Elabe, dans une étude pour L’Express et BFMTV, rapporte la même tendance ce jeudi : Mélenchon est à 17 % (+5 points en un mois), Fillon à 19 et Hamon à… 9 %. L’Ifop crédite le candidat PS de 10 % des suffrages virtuels. « Entre le 18 et le 20 mars, c’est le moment clé, confirme Yves-Marie Cann, directeur des études politiques chez Elabe. Après cette séquence, Jean-Luc Mélenchon est passé devant Benoît Hamon et a poursuivi sur la même lancée depuis. »

Deux prestations réussies lors des débats

S’il a réussi un nouveau tour de force en remplissant la place de la République en 2017 comme celle de la Bastille en 2012, Jean-Luc Mélenchon avait à l’époque chuté dans la dernière ligne droite malgré une dynamique sondagière équivalente dans la foulée de sa marche du 18 mars. Mais cette fois-ci, il y a eu deux débats télévisés, où la prestation du tribun a été jugée réussie dans les deux cas.

Ces deux soirées en prime-time ont-elles tout changé dans la campagne de Jean-Luc Mélenchon ? Le communicant Philippe Moreau Chevrolet, à la tête de MCBG Conseil, y a vu un candidat qui a fait évoluer son image : « Il a été le vainqueur, clairement. C’était encore plus net au cours du deuxième débat, au cours duquel les "petits" candidats, plus radicaux ou extrêmes, l’ont aidé à apaiser son image, la rendre plus présidentielle, plus rassurante. »

« Une évolution dans la manière dont il est perçu »

Mélenchon ne s’y est d’ailleurs pas trompé, posant en Une du Journal du dimanche le 2 avril sous la mention « Je deviens une figure rassurante ». « On s’est beaucoup battu contre ces images dégradantes de lui dans les médias, où il était systématiquement montré dans des postures qui le faisaient passer pour méchant. Lui n’a pas changé, c’est quelqu’un de tranquille, mais il y a eu petit à petit une évolution dans la manière dont il est perçu », explique Antoine Léaument.

« Jean-Luc Mélenchon a eu le temps de se dédiaboliser, en étant moins agressif vis-à-vis des médias, en acceptant des formats télé comme Ambition intime, en revendiquant une étiquette écologiste et d’homme honnête. Il est dans les pas de cette génération de leaders à gauche, assez âgés, brut de décoffrage, comme Bernie Sanders aux Etats-Unis ou Jeremy Corbyn au Royaume-Uni », souligne Philippe Moreau Chevrolet.

François Fillon et Jean-Luc Mélenchon plaisantent avant le deuxième débat de la campagne présidentielle, le 4 avril 2017.
François Fillon et Jean-Luc Mélenchon plaisantent avant le deuxième débat de la campagne présidentielle, le 4 avril 2017. - Lionel Bonaventure/AP/SIPA

Autre spécialiste de la communication politique, Anne-Claire Ruel expliquait à 20 Minutes juste avant le premier débat que Mélenchon, comme Marine Le Pen, pourrait profiter d’un format qui donne la « prime aux tribuns ». Le dirigeant de MCBG Conseil confirme après-coup que l’ancien trotskiste lambertiste a parfaitement profité des délais de réponse en une minute trente : « Il sait ce qu’est une performance télévisée, contrairement à un Macron, encore un peu jeune, ou un Fillon, d’un naturel plus réservé. Le Pen et lui sont à l’aise, n’ont pas d’inhibition et savent que dans ce laps de temps aussi court pour répondre, il faut "écraser" les autres dans l’argumentation. »

La France insoumise veut convaincre les indécis

Résultat donc, cette dynamique étonnante pour le candidat de La France insoumise. Mais avec quelle marge de progression ? Lundi, Raquel Garrido, l’une des oratrices nationales du mouvement, a assuré sur Europe 1 que Jean-Luc Mélenchon « peut gagner cette élection ». Depuis début avril, d’autres membres de son équipe, comme Danielle Simonnet et Eric Coquerel, multiplient les affirmations en ce sens dans les médias.

Pour espérer dépasser François Fillon à la troisième place virtuelle dans les sondages et se positionner pour une qualification au second tour, les Insoumis de Mélenchon parient sur les abstentionnistes, l’un de leurs slogans dans le dernier sprint de la campagne étant « Pour faire de la France indécise une France insoumise ».

« La porosité entre son électorat et celui de Benoît Hamon a tourné à son avantage, mais il ne peut plus trop progresser de ce côté-là, explique Yves-Marie Cann de l’institut Elabe. Il peut prendre à Emmanuel Macron, dont l’électorat est friable et chez qui beaucoup hésitent avec la candidature disruptive de Mélenchon ; piocher chez Marine Le Pen, où d’anciens électeurs de gauche orienté FN pourraient être tentés par lui ; et surtout, la "révélation" Mélenchon peut séduire les abstentionnistes ou ces électeurs indécis qu’il vise. » Du côté de La France insoumise, on compte sur le rassemblement à Marseille, dimanche, pour confirmer la dynamique.

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