Présidentielle: Mais pourquoi diable certains candidats veulent le retour du service militaire?

ELECTIONS L’idée figure dans plusieurs programmes, mais n’est pas jugée très réaliste par les experts de la Défense interrogés par « 20 Minutes »…

Delphine Bancaud

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Des bottes de militaires.
Des bottes de militaires. — FRANCK FIFE / AFP

Il a disparu en 1997, mais il fait toujours fantasmer… Le service militaire s’est invité dans la campagne électorale, plusieurs candidats proposant de le remettre au goût du jour. Alors bonne ou mauvaise idée ? 20 Minutes s’est penché sur le sujet.

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A quoi ressemblerait le nouveau service militaire selon les candidats ?

Quatre candidats sur onze proposent de rétablir le service militaire, mais leurs projets sur ce point sont plus ou moins précis.Le plus détaillé est celui d’Emmanuel Macron qui souhaite un service militaire d’un mois pour les filles comme pour les garçons, à effectuer entre 18 et 21 ans. Chaque conscrit recevrait une formation militaire élémentaire : maniement des armes, sport, cours de stratégie, ainsi qu’une formation au secourisme et au risque attentat. Ce service serait encadré par l’armée et la gendarmerie.

Marine Le Pen s’est prononcée aussi pour le rétablissement « progressif » du service, pour une durée minimum de trois mois. Il concernerait filles et garçons avec une indemnisation similaire à celle du service civique, c’est-à-dire 576 euros par mois environ.

Nicolas Dupont-Aignan a un projet similaire à celui de la candidate du FN : trois mois obligatoires de service militaire pour tous, pendant lesquels les jeunes auraient droit de passer leur permis de conduire. « Il sera aménageable en service militaire d’un an pour ceux qui le souhaitent », précise le candidat de Debout la France.

Jean Lassalle souhaite aussi le rétablissement d’un service obligatoire, civil ou militaire « étendu aux filles comme aux garçons », précise-t-il sur son site.

Quel est l’intérêt d’une telle mesure ?

SelonEmmanuel Macron : « Chaque jeune Français ira ainsi à la rencontre de ses concitoyens, fera l’expérience de la mixité sociale et de la cohésion républicaine durant un mois ». Ce service national offrira aussi si nécessaire « un réservoir complémentaire » de la Garde nationale, constituée de réservistes pour participer à la défense du territoire national, a esquissé Emmanuel Macron lors d’un discours consacré aux questions de défense en mars. Il permettra aussi de « détecter les difficultés, notamment l’illettrisme » de jeunes appelés à qui une « mise à niveau scolaire » pourra être proposée, a-t-il déclaré.

Des bienfaits que souligne aussi le colonel Jacques Bessy, président de l’association de défense des droits militaires : « Réinstaurer un service national est intéressant pour renforcer la citoyenneté, apprendre aux jeunes à vivre en communauté, renforcer leur adhésion aux valeurs de la république et donner envie à certains de se lancer dans une carrière militaire », indique-t-il à 20 Minutes.

Et si en un ou trois mois, ils ne pourront pas devenir des experts du maniement des armes « cette initiation peut leurs donner quelques notions des techniques de défense et leur apprendre par exemple, à se protéger et à protéger les autres en cas d’attentat », poursuit le colonel.

Interrogé par 20 Minutes, le général Vincent Desportes explique aussi que ce retour du service national « aurait un effet immédiat sur la cohésion nationale, car il permettrait d’offrir aux jeunes une expérience de mixité sociale. Il permettrait aussi de réengager les jeunes dans la nation, en leur faisant passer le message qu’ils ne doivent pas tout attendre de l’Etat providence, mais qu’ils doivent aussi réfléchir à ce qu’ils peuvent lui apporter ».

Mais cette mesure est-elle faisable ?

Le service militaire d’un mois défendu par Emmanuel Macron coûterait entre deux et trois milliards d’euros par an « en régime de croisière »,a-t-il indiqué en mars. Quant à Jean Lassale, il indique sur son site vouloir consacrer 10 milliards d’euros pour le Service National, civil ou militaire, rétabli.

« Quels que soient les calculs, on sait que la réhabilitation du service militaire aurait un coût important, qui ne peut absolument pas être pris sur le budget des armées, déjà très insuffisant », indique le général Vincent Desportes. Un avis partagé par Benoît Hamon : « Ça va détourner des fonds absolument nécessaires pour maintenir les capacités opérationnelles de nos armées », a affirmé le candidat socialiste.

Autre souci selon le général Vincent Desportes : « Il faudra recruter 25.000 militaires pour encadrer les 80.000 jeunes qui effectueront leur service chaque mois. Avec quel budget ? Avec quelle formation au préalable ? », s’interroge-t-il

« Presque toutes les casernes ont été revendues, où pourrait-on donc héberger les 60.000 jeunes par mois qui feront leur service ? », se demande par ailleurs le colonel Jacques Bessy

Quelles sont les critiques formulées contre un retour du service militaire ?

Le député LR Pierre Lellouche a vivement critiqué « une proposition démagogique de plus », sans « la moindre utilité pour la sécurité du pays ». « Une période de quatre semaines est tout à fait insuffisante pour une instruction militaire digne de ce nom (…) Elle ne répondrait pas davantage aux besoins d’intégration d’une partie de notre jeunesse, une question qui relève d’abord de l’école et de l’accès à l’emploi », a-t-il estimé.

Même son de cloche chez Benoît Hamon qui juge qu' « en un mois, on ne forme ni des citoyens, ni des soldats ». S’il approuve le retour du service national, le général Vincent Desportes estime aussi qu’il ne serait pas très utile, s’il ne durait qu’un mois : « au bout d’un mois, les jeunes sauront à peine saluer et auront tout juste bénéficié d’une remise en forme », explique-t-il. Par ailleurs, selon lui, « même si la menace terroriste est pesante, il sera difficile de justifier cette obligation de service militaire pour tous les jeunes, qui seront obligés d’interrompre leur projet professionnel ou d’études pour l’effectuer », indique-t-il.

Quelles alternatives au service militaire proposent d’autres candidats ?

Jean-Luc Mélenchon ne souhaite pas le rétablissement d’un service militaire à proprement parler, mais veut instaurer un «service citoyen obligatoire ». « [Je souhaite que] tous les jeunes Français, et toutes les jeunes Françaises soient appelés à participer à ce qu’on appellera soit une garde nationale, soit une garde républicaine [et fassent] le don du temps, naturellement rémunérés pour ça, à un moment de leur vie, notamment à la fin de leurs études », avait-il annoncé fin février sur iTélé.

D’une durée de neuf mois, ce service pourrait être effectué dans l’armée, mais aussi auprès des pompiers, de la sécurité civile, de services de protection de l’environnement ou d’associations d’intérêt général. La rémunération pour ce service serait égale au montant du SMIC et il devra être effectué avant les 25 ans des jeunes. L’occasion aussi d’effectuer des bilans de santé, d’évaluer les capacités d’écriture, de lecture et de calcul ou encore de passer le permis de conduire. Le candidat de la France insoumise ne chiffre pas le coût de la mesure. Une idée qui paraît intéressante au colonel Jacques Bessy, mais pas réalisable : « je ne vois pas comment on peut demander à certains services publics déjà débordés, d’encadrer en plus des jeunes », soutient-il. Idem pour le général Vincent Desportes : « Le coût de ce dispositif sur 9 mois serait encore plus élevé que pour le service militaire, c’est donc une promesse déraisonnable », soutient-il.

De son côté, Benoît Hamon souhaite augmenter le nombre de services civiques et qu’ils permettent aux jeunes de valider des unités d’enseignement pendant leurs études. « Une bonne idée, mais qui ne permettra pas d’améliorer la culture de la défense des jeunes », souligne le colonel Jacques Bessy.

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