Dans une bonne phase, Jean-Luc Mélenchon ne veut pas reproduire les erreurs de 2012

PRESIDENTIELLE Le candidat de la France insoumise connaît la même dynamique depuis deux semaines, qu’après sa marche du 18 mars en 2012…

Olivier Philippe-Viela

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Jean-Luc MéŽlenchon dans le restaurant L'escalier  à Paris, le 31 mars 2017.
Jean-Luc MéŽlenchon dans le restaurant L'escalier à Paris, le 31 mars 2017. — ERIC DESSONS / JDD/SIPA

Mélenchon 2012-2017, même campagne pour le même résultat ? Il y a cinq ans, dans la foulée de son rassemblement réussi entre la place de la République et celle de la Bastille à Paris, le député européen avait connu un essor dans les sondages, lui promettant jusqu’à 17 % d’intentions de vote. Au soir du premier tour, il se plaçait finalement à la quatrième place, avec 11,1 % des votes.

Rebelote dans les temps de passage au printemps 2017. Sa marche de Bastille à République a connu le même succès, doublé d’une prestation jugée réussie lors du débat du 20 mars entre les cinq premiers candidats dans les sondages. Depuis, Jean-Luc Mélenchon a fait un bond dans les enquêtes d’opinion, doublant Benoît Hamon, le candidat du Parti socialiste.

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Vendredi, selon un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour Le Point, le représentant de la France insoumise était à 16 %, et ce lundi, selon Opinionway-Orpi pour Les Echos et Radio classique, il est à 15 %. Mais cette fois, l’équipe de Mélenchon veut éviter le coup de mou dans la dernière ligne droite.

Un contexte et une organisation plus favorable 

Il y a cinq ans, le candidat du Parti socialiste s’appelait François Hollande, et il n’y avait pas d’Emmanuel Macron pour capter une partie de l’électorat de gauche. « Le vote utile jouait en faveur du PS, et Hollande était le favori. Cette conjoncture a été le drame de Mélenchon, et Hollande a prononcé le discours du Bourget, avec ces marqueurs de gauche, pour tuer la dynamique de l’ancien sénateur », rappelle Rémi Lefebvre, enseignant en Sciences politique à l’université Lille-II et chercheur au CNRS.

Un quinquennat plus tard, Mélenchon a conservé « un socle de gauche critique tout en siphonnant une partie de l’électorat Hamon. Mais comment aller plus loin ? Il apparaît encore très clivant », s’interroge le politologue, pour qui l’eurodéputé a « peut-être fait le plein, à moins de grignoter encore sur Benoît Hamon ».

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Du côté de la France insoumise, c’est ce plafond que l’on tente de briser, explique Raquel Garrido, l’une des oratrices nationales : « En 2012, nous faisions campagne en s’appuyant sur un cartel de partis, le Front de gauche. Nous avons tiré le bilan des limites de ce type d’organisation, qui donnait l’impression qu’on était dans un combat classique entre les forces politiques de la Ve République. » Charlotte Girard, coresponsable de l’élaboration du programme, confirme : « Il y avait une perte d’énergie, parce qu’on était un cartel d’organisations. Ce n’était pas une structure légère, pour prendre une métaphore militaire. Aujourd’hui, nous sommes bien plus réactifs, notamment grâce aux réseaux sociaux, force de frappe très importante. »

Emancipé des négociations d’appareil, Mélenchon veut cette fois parler un peu à la droite (« Il y a des gens de droite qui, dégoûtés par Fillon, préfèrent voter pour moi », a-t-il dit au JDD) et, surtout, dans les trois dernières semaines qu’il reste avant le premier tour, aux abstentionnistes et à ceux qui n’ont pas choisi, lançant lors de son meeting à Châteauroux dimanche qu’il veut « faire de la France indécise une France insoumise ».

Des choix de communication différents

Moins « bruit et fureur », plus Bernie Sanders (candidat à l’investiture démocrate aux Etats-Unis, battu par Hillary Clinton), ce pourrait être le crédo de la com’ Mélenchon dans cette campagne. « On a bien réfléchi à tout ça. Nous avons tiré les leçons de la campagne de 2012. J’ai 65 ans. L’âge a son influence sur moi. Je suis plus détaché », explique le candidat dans le JDD. Se poser en vieux sage donc, manière de se prémunir de coups de colère néfaste à son image.

« La personnalité de Bernie Sanders (75 ans), le rôle qu’il a joué dans la campagne américaine et qu’il continue de jouer, celle de figure tutélaire du sage à laquelle les gens font confiance, ça a fini de convaincre ceux qui pensaient que l’âge de Jean-Luc serait un problème », embraye Raquel Garrido. Résultat en Une du JDD du 2 mars, cette accroche signée Mélenchon, qui se félicite de son choix de communication : « Je deviens une figure rassurante ».

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Les derniers meetings seront aussi menés d’une autre manière dans le sprint final, par rapport à 2012. Mélenchon ira de nouveau à Toulouse et Marseille. Il sera dans la ville phocéenne dimanche 9 avril. Le 14 avril 2012, le natif de Tanger prononçait sur les plages du Prado une ode au multiculturalisme : « Écoutez Marseille qui vous parle, Marseille vous dit que notre chance c’est le métissage et depuis 2.600 ans nous sommes du parti qui se dit content d’être mélangé ».

Le thème (et le lieu, la Canebière pour 2017) sera différent cette fois-ci. « En 2012, c’était un message aux deux rives de la Méditerranée, sur une tonalité très fraternelle, très antiraciste. Nous verrons pour dimanche, Jean-Luc Mélenchon choisit ses thèmes au dernier moment. Mais nous cherchons à ne jamais rééditer les événements pour qu’ils soient incomparables », décrit Charlotte Girard. Rémi Lefebvre a lui son idée sur la nouvelle tonalité retenue par le candidat de la France insoumise : « Il n’ira pas sur le registre multiculturaliste. Il va plutôt essayer de jouer celui de la nation, pas de la gauche "mondialiste" ».

Un candidat plus frais ?

Ça semble un détail, mais Jean-Luc Mélenchon avait souffert physiquement dans la dernière ligne droite en 2012, et avait été inaudible dans les derniers jours de la campagne. La fatigue resurgit aujourd’hui : « Ami, je te demande amicalement de te taire car sinon, je perds le fil de ce que je dis. Je suis très fatigué », a lancé le candidat à un militant en marge du meeting du candidat à Châteauroux dimanche, comme l’a noté l’AFP.

« En 2012, ça avait été très compliqué parce qu’il y avait un état de fatigue absolument redoutable, du candidat comme des équipes. On a essayé d’anticiper le coup », explique Charlotte Girard. Concrètement, cela signifie que Mélenchon aménage son agenda, se fait représenter plus souvent par ses orateurs nationaux comme Alexis Corbière, « qui joue un rôle de quasi-binôme dans les tâches médiatiques », et fait une croix sur certains déplacements, comme auprès des Guyanais, « qui auraient pu attendre une visite de sa part, mais c’est une manière de dire, "écoutez, il faut une efficacité sans faille et économiser l’énergie du candidat" », ajoute la juriste de la France insoumise.

Au passage, Mélenchon s’est préservé de la préparation du débat sur France 2 le 20 mars, auquel il refuse de participer, et son équipe compte sur sa stratégie numérique, bien en place via sa chaîne YouTube notamment, pour exister dans les quinze derniers jours, au cours desquelles le vote se cristallise, conclut Charlotte Girard. « Pouvoir compter sur les réseaux sociaux et les apports technologiques pour que Jean-Luc soit présent dans tous les domiciles, cela aide beaucoup, sans requérir sa présence physique. »

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