Présidentielle: Le «vote utile» est-il en train de pourrir la campagne de Benoît Hamon?

POLITIQUE «Utilisé» par le Parti socialiste après le 21 avril 2002, le vote utile pourrait favoriser cette fois Emmanuel Macron...

T.L.G.

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Benoît Hamon fait la moue en voyant le titre de notre papier.
Benoît Hamon fait la moue en voyant le titre de notre papier. — GUILLAUME SOUVANT / AFP

C’est un petit peu l’histoire de l’arroseur arrosé. Après avoir longtemps « profité » du « vote utile », le Parti socialiste et son candidat se retrouvent de l’autre côté de la barrière. A moins de quatre semaines du premier tour de la présidentielle, Benoît Hamon vit des jours difficiles. Le vainqueur des primaires socialistes a reculé au cinquième rang dans plusieurs sondages. Sa candidature se retrouve d’autant plus affaiblie qu’une cinquantaine de parlementaires PS ont rallié le fondateur d’En Marche. Manuel Valls pourrait d’ailleurs s’ajouter à la liste dans les jours qui viennent.

« Le seul vote utile, c’est le vote utile pour vous […] Votez "pour" plutôt que voter par défaut », a lancé Benoît Hamon dimanche face à une fuite possible des électeurs. Distancé par Emmanuel Macron dans les sondages, l’ancien ministre sent que l’argument du vote utile pourrait se retourner contre lui.

Le vote utile traditionnellement utilisé par le PS contre la dispersion des voix

« Traditionnellement, le vote utile joue à plein pour le candidat du Parti socialiste, rappelle Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. En 1981, François Mitterrand appelait déjà au vote utile face au communiste Georges Marchais. Mais pour l’électorat de gauche, le tournant est le traumatisme de 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen se qualifie pour le second tour ».

Aux élections suivantes, le PS rappelle l’échec de Lionel Jospin au premier tour pour éviter la dispersion des voix. « Le 21 avril 2002 doit encore être dans toutes les mémoires. Nous ne devons prendre aucun risque. La dynamique du premier tour est décisive pour l’emporter. Aucune voix ne doit manquer », affirmait par exemple le candidat Hollande en mars 2012 dans un entretien à La Provence

« Le vote utile est un vote Macron »

Cette année, le « vote utile » pourrait avantager un autre candidat que celui du PS. « Beaucoup d’électeurs de gauche se disent qu’il y a un risque de retrouver Fillon/Le Pen au second tour et pourraient voter pour le candidat "de gauche" le mieux placé. Aujourd’hui, le vote utile est un vote Macron. C’est en tout cas un levier pour le vote en faveur du leader d’En Marche et un vrai souci pour Benoît Hamon, remarque Frédéric Dabi. Dans nos enquêtes, on voit que 50 % des électeurs de Hollande en 2012 choisissent Macron dès le premier tour. »

Dans l’entourage du candidat PS, on ne s’affole pas. « Si on avait suivi les sondages au moment de la primaire en janvier, Benoît Hamon aurait dû abandonner avant le premier tour, répond Danielle Auroi, députée EELV, responsable Europe dans l’équipe Hamon. Nous ne rentrerons pas dans des magouilles de bas étage : l’idée que Macron soit le vote utile est une manière de jouer sur les peurs. »

Hamon également distancé par Mélenchon

Jérôme Guedj prend lui pour preuve ces mêmes sondages. « Ça ne vous a pas échappé. Il n’y a pas aujourd’hui de menace d’un duel possible entre le FN et la droite », avance le porte-parole de Hamon. « Certains proposent un vote résigné, défensif. Nous préférons défendre un vote "pour". On peut encore gagner sur les deux tableaux : battre le FN et offrir un contenu programmatique réellement de gauche », assure-t-il. Au début du mois, David Assouline en charge du pôle riposte, allait jusqu’à évoquer des sondages non publiés donnant le candidat gagnant face à Marine Le Pen au second tour.

Mais la tâche du candidat socialiste pourrait se compliquer. Car Benoît Hamon voit désormais Jean-Luc Mélenchon le doubler dans les sondages. Dans l’équipe de la France insoumise, on refuse d’ailleurs de polémiquer. « Il faut toujours voter pour ce que l’on croit être le meilleur pour le pays ».