Présidentielle: Qu'est-ce que le «cabinet noir» décrié par François Fillon?

KESAKO Retour sur une expression sulfureuse utilisée par François Fillon jeudi soir, pour accuser le président de la République...

Anne-Laëtitia Béraud
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Le candidat Les Républicains François Fillon sur le plateau de l'Emission politique sur France 2 le 23 mars 2017
Le candidat Les Républicains François Fillon sur le plateau de l'Emission politique sur France 2 le 23 mars 2017 — THOMAS SAMSON / AFP

François Fillon a accusé jeudi soir sur le plateau de « l’Emission politique » François Hollande d’organiser à la tête d’un « cabinet noir » les fuites dans la presse sur ses affaires judiciaires. Mais de quoi parle François Fillon en évoquant un « cabinet noir » ? Retour sur une expression populaire sulfureuse…

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A quoi correspond le « cabinet noir » ?

Cette expression renvoie à une pratique obscure du pouvoir popularisée par le cardinal de Richelieu au XVIIe siècle. Principal ministre de Louis XIII, le cardinal de Richelieu (1585-1642) introduit la violation du secret des correspondances par l’Etat. Le cabinet noir fait référence au service de renseignement qui récupère les lettres destinées aux souverains, lit les secrets diplomatiques, politiques et militaires récoltés dans ces courriers avant de les recacheter, ni vu ni connu (ou presque…). Cette violation de la correspondance perdure jusqu’à la moitié du XIXe siècle, avec l’anonymisation dans l’expédition des courriers et la massification du courrier postal.

Pourquoi utilise-t-on encore cette expression ?

L’expression « cabinet noir » revient régulièrement au XXe et XXIe siècle, dans un sens légèrement différent que sous l’Ancien régime. Parler de « cabinet noir » aujourd’hui fait référence à des cellules occultes installées par le pouvoir en place pour espionner les adversaires, monter des coups fourrés et déminer d’éventuelles affaires judiciaires.

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Quand a-t-on entendu parler de « cabinet noir » durant ces trente dernières années ?

Plusieurs chefs d’Etat français sont accusés d’avoir mis en place des « cabinets noirs ». En 1982, le président François Mitterrand a créé une cellule antiterroriste à l’Elysée. Initialement fondée pour protéger le chef de l’Etat, cette celulle composée de gendarmes va espionner au profit de François Mitterrand les lignes téléphoniques de l’écrivain Jean-Edern Hallier, l’actrice Carole Bouquet, le politique Charles Pasqua, l’académicien Michel Droit… L’affaire a été jugée en 2004, et sept des onze prévenus ont été condamnés.

Jacques Chirac a également été accusé d’avoir organisé un cabinet noir composé du Premier ministre Dominique de Villepin, du directeur des Renseignements Généraux (RG) Yves Bertrand et du conseiller Philippe Massoni. Le but de cette cellule aurait été de tuer dans l’œuf des affaires judiciaires visant le président de la République, en utilisant les médias et la justice.

François Hollande a été lui aussi accusé par les journalistes Aziz Zemouri et Stéphanie Marteau dans l’ouvrage Elysée off (Fayard, 2016) d’avoir installé de conseillers plus ou moins occultes et mis en œuvre des manœuvres politiciennes. L’Elysée a alors démenti ces informations.

Est-ce la première fois que François Fillon accuse l’Elysée de pratiques occultes ?

Si les déclarations de François Fillon jeudi soir ont fait vivement réagir, ce n’est pas la première fois que le candidat de la droite accuse l’Elysée de pratiques occultes visant à lui nuire. Le 1er février au salon des entrepreneurs, François Fillon a dénoncé « un coup d’Etat institutionnel » contre sa candidature à la présidentielle, accusant « la gauche » et « le pouvoir » d’en être à l’origine. Une accusation relayée par treize juristes le 13 février dans un appel publié sur le site Atlantico.fr afin de « tenter de le discréditer ».

Comment a réagi François Hollande après avoir été accusé jeudi d’avoir monté un « cabinet noir » par François Fillon ?

Après avoir dénoncé jeudi soir des « allégations mensongères », François Hollande a de nouveau réagi vendredi aux accusations de « cabinet noir » portées par François Fillon. Le président de la République a accusé sur Franceinfo le candidat de la droite d’être « au-delà maintenant, ou en deçà » de la « dignité » et de la « responsabilité » à respecter dans une campagne présidentielle.