On a tenté de comprendre l'activisme des cybermilitants UPR de François Asselineau

POLITIQUE Les militants et sympathisants de l'Union populaire républicaine (UPR) sont très actifs sur les réseaux sociaux...

Thibaut Le Gal

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Capture écran du site UPR
Capture écran du site UPR — upr

Un activisme de tous les instants. François Asselineau,le candidat de l’Union populaire républicaine (UPR), peut s’appuyer sur un réseau de militants surmotivés pour la présidentielle. L’UPR, qui fête ses dix ans samedi, se définit sur ses affiches comme « le parti qui monte malgré le silence des médias ».

Cette « ascension » (il a obtenu 77.000 voix aux Européennes de 2014 et 189.000 aux régionales de 2015) s’appuie notamment sur l’engagement quotidien de ses adhérents et de ses sympathisants. Il y a bien sûr le tractage et les collages d’affiches, mais c’est sur les réseaux sociaux que les militants (18.000 selon le parti) sont les plus actifs.

>> A lire aussi : VIDEO. On a rencontré les colleurs d'affiches de l’UPR (et ils sont passionnés)

« C’est ma priorité sur mon temps libre »

Julie*, 50 ans, est adhérente depuis 2 ans et demi. « Mes actions sont surtout des avis échangés avec mes contacts Facebook, des gens que je connais et d’autres que je croise au hasard des sujets. Des partages d’info, des renvois vers des pages », assure-t-elle. « En ce moment, c’est ma priorité sur mon temps libre. Calendrier oblige ».

Dans l’entourage de François Asselineau, on se félicite de cette force cybermilitante. « Nous avons été contraints de nous développer sur Internet, car les grands médias ne nous invitaient pas. Du moins, avant d’avoir obtenu les 500 parrainages. Les réseaux sociaux nous permettent de contrebalancer, comme des médias supplémentaires », avance Karim Sehrane, porte-parole du candidat.

Cette communauté de militants est très réactive dans le partage d’articles, déclarations de leur champion, mais aussi pour intéragir sur les forums, les réseaux sociaux, les commentaires d’article, de vidéos, et les sondages en ligne. 20 Minutes en avait fait l’expérience en décembre dernier. Un sondage maison lancé début décembre sur les prétendants aux 500 parrainages avait été pris d’assaut par les cyberactivistes et remporté haut la main par François Asselineau. ​

« Nous n’avons pas de cellule cybermilitante »

Capture écran du site UPR
Capture écran du site UPR - upr

​Bien que le site du parti incite à cette mobilisation 2.0 (voir ci-dessus), ces derniers se défendent de toute consigne. « Votre sondage, je l’ai trouvé sur Twitter. Naturellement j’ai été voté. Je n’ai pas besoin qu’on me le demande et c’est sans doute le cas de tous nos militants », répond Julie. « Je comprends que notre réactivité en étonne plus d’un mais nous ne sommes pas organisés de manière à préparer des actions sur Internet. Chaque militant fait ce qu’il peut à son échelle », abonde Ahmed, responsable UPR à Reims.

« En réalité, ceux qui reprennent les tweets ou commentent sont des sympathisants. Nous n’avons pas de cellule cybermilitante cachée et il n’y a pas de ligne directrice ou d’ordre venant d’en haut. Même si parfois, sur notre page Facebook nous demandons une réaction sur telle ou telle chose », nuance Karim Sehrane. Un coup d’oeil sur la page Facebook montre que l’UPR avait bien demandé à ses 73.000 abonnés d’aller voter pour le sondage.

Page Facebook de l'UPR
Page Facebook de l'UPR - Capture d'écran/20mn

D’autres consignes sont plus étonnantes, comme ici, pour écrire des commentaires sur une vidéo YouTube… de la Marseillaise.

Interpellation de journalistes et harcèlement

Très vigilants, les soutiens de l’UPR n’hésitent pas à contacter les auteurs d’un article concernant leur candidat, s’il leur paraît incorrect. « On a l’occasion d’interpeller les journalistes via Twitter, via Facebook. On en discute entre militants quand on tombe sur un article où, effectivement, il y a de la diffamation. On se dit qu’on irait bien contacter l’auteur », avance l’un d’eux à Europe 1.

L’activisme des cybermilitants vire parfois au zèle. Quelques journalistes ont raconté le harcèlement dont ils auraient été victimes de la part d’internautes soutenant l’UPR. Des injures prononcées parfois… pour un simple malentendu. Cette semaine, lorsque le journaliste Laurent de Boissieu dénonce sur Twitter des « propos lamentables » entendus sur France Info à propos de François Asselineau, il reçoit une volée d’insultes et doit bloquer plusieurs personnes.

Même genre d’interpellation ici, sur un retweet d’un tableau AFP représentant le temps de parole. Le militant s’énerve mais en réalité, si François Asselineau n’est pas cité, c’est que son temps de parole est inférieur à 1h sur la période (voir ci-dessous).

Une petite insulte pour rien, ça ne mange pas de pain.
Une petite insulte pour rien, ça ne mange pas de pain. - Capture d'écran/20mn

« J’ai eu une journaliste de France 2 qui m’a appelé parce qu’elle avait reçu beaucoup de mails de mécontentements de "nos militants", disait-elle, car elle avait oublié de citer Asselineau parmi les candidats », indique Karim Serhane. « Je lui ai répondu "madame, ces mails n’étaient pas signés par notre bureau national. Ce sont donc de simples téléspectateurs de France 2 mécontents qui vous les ont envoyés". La seule chose que je peux vous dire est c’est que notre parti n’a jamais demandé d’écrire ou d’appeler des journalistes », répond le porte-parole.

« Tous les partis utilisent cette injonction à militer en ligne depuis 2007 notamment auprès des plus jeunes et davantage depuis 2012 avec la montée en force des réseaux sociaux », assure Anaïs Théviot, chercheuse en sciences politiques au Crape à Rennes.

Ce militantisme en ligne a-t-il un impact sur les élections ? « Les cybermilitants convainquent généralement autour d’eux, pour mobiliser lors d’un tractage à côté de chez eux, ou faire un covoiturage pour aller à un meeting, ce genre de choses. Mais la vraie difficulté est d’élargir ce cercle pour toucher les indécis », poursuit la spécialiste du cybermilitantisme. « Sur Facebook par exemple, il y a un effet de bulle filtrante, notre fil d’actualité conforte plutôt nos idées. Sur les primaires par exemple, les enquêtes ont montré que l’impact d’Internet sur le vote était très limité ».

 

*Le prénom a été changé