EXCLUSIF. Présidentielle: Pour près de huit jeunes sur dix, Fillon a tort de maintenir sa candidature

#MOIJEUNE Les 18-30 ans sont très largement défavorables au maintien de François Fillon, mis en examen mardi, dans la course à l'Elysée...

Laure Cometti

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François Fillon en meeting à Caen, le 16 mars 2017.
François Fillon en meeting à Caen, le 16 mars 2017. — CHARLY TRIBALLEAU / AFP

« Comment pourrait-on faire confiance à un homme qui ne respecte pas sa propre parole ? », s’interroge Baptiste, 25 ans. Comme lui, une large majorité de jeunes Français estime que François Fillon, mis en examen mardi, « n’a pas eu raison de maintenir sa candidature » à la présidentielle. C’est le résultat d’une enquête exclusive OpinionWay* pour 20 Minutes auprès de la communauté #MoiJeune, selon laquelle 77 % des 18-30 ans désapprouvent ce maintien.

En revanche, 9 % des répondants estiment que le champion de la droite a raison de continuer à briguer l’Elysée. Ils sont moins nombreux que les 14 % de jeunes ayant répondu « peu m’importe » à cette question, signe notamment d’une relative indifférence ou d’une overdose face à l’affaire Fillon.

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Des jeunes de droite comme de gauche se disent « écœurés »

Les jeunes sont particulièrement déçus que le candidat n’ait pas respecté son engagement de retirer sa candidature s’il était mis en examen. Sa défense visant à critiquer les juges et les médias est également désapprouvée par les interrogés. Pour Baptiste, auto-entrepreneur à Paris, « il est extrêmement dangereux d’accuser le pouvoir judiciaire de collusion avec le pouvoir exécutif ». « Je pense que l’immunité devrait être abolie », poursuit le jeune sympathisant de gauche.

Pour Julie**, 26 ans, l’affaire Fillon révèle une « faute morale » et un « décrochage » du candidat avec les Français : le prix de « ses costumes, qui représentent six mois de salaires pour certains, les piges à 1.000 euros de sa femme… il vit dans une autre sphère », estime cette consultante qui vit en région parisienne. Cette sympathisante de gauche juge « difficile » un abandon de François Fillon : « d’un point de vue démocratique, c’est compliqué de le remplacer par Juppé, perdant de la primaire, ou Baroin. Je comprends qu’il ne se retire pas, même si je n’approuve pas ».

De l’autre côté du spectre politique, l’affaire Fillon choque aussi. Ainsi, Gaël, sympathisant de droite qui soutenait François Fillon avant même sa victoire à la primaire, a « lâché » son candidat le 1er mars dernier. « Le déclic, ça a été lorsqu’il a lui-même annoncé qu’il serait mis en examen, après la campagne sur l’éthique qu’il avait faite. En politique, la parole, ça compte », insiste ce jeune étudiant de 20 ans qui vit à Montpellier. L’affaire Fillon empêche « de parler de programme », déplore-t-il. « Il aurait fallu qu’il abandonne dès le 1er mars ».

Pour Antoine, 20 ans, en recherche d’emploi, le candidat LR a eu raison de maintenir sa candidature car « les gens ont voté pour lui et que la machine était lancée ». « Il est trop tard pour que François Fillon se retire », estime ce sympathisant du Front national.

Lassés par la (sur) couverture médiatique de l’affaire

Les 18-30 ans interrogés par 20 Minutes sur l’affaire Fillon soulignent un « manque de fond » de la campagne présidentielle, ainsi qu’une certaine « overdose » d’infos. « Tous les jours, on en parle », souffle Gaël, qui cite « les chaînes d’info en continu », comme Julie, « lassée » par une couverture médiatique parfois « abêtissante ».

« Je n’ai pas écouté son discours parce que de toute façon, il ne m’intéresse pas/plus depuis toute cette affaire, et j’estime ne pas avoir de temps à lui accorder », répond Edouard, 22 ans, étudiant lillois, d’orientation centre-droit.

L’espoir d’une plus grande transparence de la vie politique

L’affaire Fillon risque-t-elle de faire tache d’huile chez les jeunes ? « Autour de moi, certains ressentent du dégoût », décrit Gaël au sujet de ses amis sympathisants de droite comme lui. « Ça n’a pas dû aider pour l’image des politiques » dit-il, même s’il dit ne pas croire au discours « tous pourris ».

Au sujet de la transparence de la vie politique, Julie dit avoir « l’espoir » qu’elle s’améliore. « Ma génération est différente. Elle est née avec les réseaux sociaux », dit-elle, tout en soulignant que « la transparence peut être manipulable ».

Les 18-30 ans seraient plus nombreux que leurs aînés à estimer que François Fillon doit se retirer de la course l’Elysée après sa mise en examen, si l’on en croit notamment deux sondages publiés dans Paris Match et La Tribune cette semaine. « Il y a une exigence montante d’éthique et de transparence parmi les jeunes générations » observe la sociologue Cécile Van de Velde, maître de conférences à l’EHESS. « Le rejet de certaines pratiques de favoritisme voire de corruption monte pour toutes les générations, mais il est porté à l’extrême par les plus jeunes, qui en appellent à davantage d’exigence démocratique et d’éthique de la part des figures de pouvoir (politiques, mais aussi employeurs et financiers) ».

 

* Etude OpinionWay pour 20 Minutes réalisée en ligne du 14 (au soir) au 16 mars 2017 auprès d’un échantillon représentatif de 1.083 jeunes âgés de 18 à 30 ans (méthode des quotas).

** A sa demande, son prénom a été modifié.

Si vous avez entre 18 et 30 ans, vous pouvez participer au projet « #MOIJEUNE », une série d’enquêtes lancée par 20 Minutes et construite avec et pour les jeunes. Toutes les infos pour vous inscrire en ligne ici.