Présidentielle: Que cherche désormais Manuel Valls?

POLITIQUE Candidat malheureux à la primaire PS, Manuel Valls refuse de parrainer le candidat à la présidentielle Benoît Hamon…

Anne-Laëtitia Béraud

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L'ex-Premier ministre Manuel Valls au soir de sa défaite à la primaire PS le 29 janvier 2017 à Paris
L'ex-Premier ministre Manuel Valls au soir de sa défaite à la primaire PS le 29 janvier 2017 à Paris — Christophe Ena/AP/SIPA

Une promesse reniée. Manuel Valls, candidat malheureux à la primaire socialiste, a annoncé mardi devant des soutiens refuser de parrainer Benoît Hamon, champion de l’élection de janvier. Comme tous les autres concurrents, l’ex-Premier ministre s’était pourtant engagé lors de cette primaire à soutenir le vainqueur. Selon des propos rapportés par des participants à l’AFP lors de cette réunion à l’Assemblée nationale, Manuel Valls aurait refusé « d’accepter une gauche qui se replie sur elle-même et parfois dans une forme de sectarisme ». Comment interpréter ces propos de Manuel Valls ? Que chercherait l’ex-Premier ministre ?….

Faire passer des messages

Discret depuis sa défaite à la primaire, Manuel Valls revient épisodiquement donner des nouvelles… et faire passer des messages. Notamment celui d’une gauche « trop gauchiste » pour cette campagne présidentielle vouée très probablement à l’échec, souligne le politologue Eddy Fougier, chercheur associé à l’Iris. « Avec ce type de réunion devant ses plusieurs centaines de soutiens, il s’agit de dire à Benoît Hamon et ses fidèles que la campagne ne prend pas ». Le coucou vallsien aurait des allures de tacle au candidat PS à la présidentielle…

« Ne pas disparaître »

A 40 jours de la présidentielle, le Parti socialiste va mal. En plus d’une campagne présidentielle à la peine, une partie des représentants de l’aile droite du parti est tentée par le candidat d’En Marche quand la direction du PS louvoie face aux divisions. La situation de Manuel Valls n’est pas non plus brillante. Candidat malheureux de la primaire, représentant de cette aile droite inquiète et tentée par Emmanuel Macron, la crainte est grande que ses soutiens ne passent le pas macronien dans la perspective des législatives. Devant ses soutiens à l’Assemblée nationale mardi soir, évoquant Emmanuel Macron, Manuel Valls aurait exhorté : « Il ne s’agit pas de négocier, de se rallier ou de rejoindre une maison d’hôte. Ce n’est pas le sujet. Nous devons rester groupés et rassemblés. Sur le fond. » selon des propos rapportés.

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« Manuel Valls joue en défense. Il a réuni ses partisans [à l’Assemblée nationale] pour essayer de conserver ses troupes, leur dire : "je suis là et reste votre chef". Bref, ne pas disparaître », estime Pierre Martin, ingénieur de recherche CNRS et responsable du groupe de recherches « Elections et Partis » dans le cadre de l’unité mixte de recherche du CNRS et de l’université de Grenoble.

« Dans cette situation de faiblesse, Manuel Valls reste cependant aidé par Emmanuel Macron qui refuse de voir affluer socialistes et ainsi devenir le radeau de la méduse », continue le politologue et enseignant à Sciences-Po Grenoble. Manuel Valls jouerait aujourd’hui « sa dernière carte politique » : « Manuel Valls ne peut pas tendre la main à Emmanuel Macron. Ce sont deux caïmans. Si l’un tend la main, l’autre le dévorera », métaphorise Pierre Martin.

La situation pourrait cependant évoluer au soir du premier tour de la présidentielle : « La situation de Manuel Valls dépend du score d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen le 23 avril. Il aura aussi moins de mal à annoncer un ralliement à Emmanuel Macron contre l’extrême droite. Un ralliement trop rapide serait contre-productif, et il apparaîtrait comme un traître pour le PS », souligne le chercheur Eddy Fougier.

Espérer négocier une majorité parlementaire

La présidentielle perdue pour lui, resterait à Manuel Valls la perspective des législatives de juin 2017 et l’espoir que le « camp progressiste l’emporte ». Devant ses soutiens mardi soir, Manuel Valls aurait ainsi espéré : « Nous ne voulons ni du FN, ni d’un second tour Fillon/Le Pen » mais que « le camp progressiste, la gauche, l’emporte ».

Un terme, celui de « progressistes », qui n’a rien d’anodin : Manuel Valls l’avait déjà évoqué en 2014 et en 2015, en tendant la main aux réformateurs du centre gauche pour « bâtir une maison commune » constituée de « toutes les forces progressistes », sous la forme d’une fédération ou d’un parti commun. Mardi soir, Manuel Valls aurait ainsi défendu « des coalitions à la française » avec « des accords sur des sujets essentiels » grâce à une force politique qui regrouperait « la gauche de responsabilité ».

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Cette idée de recomposition politique fonctionnerait dans le cas où Emmanuel Macron gagnerait l’élection présidentielle mais n’obtienne pas de majorité aux législatives de juin. « Encore faudrait-il que ce scénario se produise… », prévient le politologue Pierre Martin. « Les législatives se tiennent dans la foulée de l’élection présidentielle et elles ont presque toujours apporté une majorité nette au vainqueur, sauf en 1988 », précise ce spécialiste des résultats électoraux. Cette année-là, le PS et ses alliés avaient en effet échoué à obtenir une majorité nette après la dissolution de l’Assemblée nationale décidée par le président François Mitterrand. Une situation rare mais à ne pas balayer de la main : 2017 a réservé de grandes surprises politiques depuis le début de l’année.