Présidentielle: Emmanuel Macron embarrassé par les ralliements des pro-Hollande

ADHESIONS Les soutiens trop visibles des réformateurs du PS à son égard gênent le candidat d’En marche! qui tient à son credo « ni gauche ni droite »…

Olivier Philippe-Viela

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Emmanuel Macron et François Hollande se sont croisés au dîner du Crif, le 22 février 2017.
Emmanuel Macron et François Hollande se sont croisés au dîner du Crif, le 22 février 2017. — RGA-POOL/SIPA

« Il avait le sentiment qu’il était lui-même porteur du renouveau et qu’il pouvait conduire la recomposition politique. C’est donc son renoncement qui le permet… Dans la future majorité, le président jouera évidemment un rôle important. » Aïe, aïe, aïe, qui est donc ce monsieur qui dit à haute voix dans L’Opinion que François Hollande pourrait peser sur l’éventuel mandat  d’Emmanuel Macron si celui-ci remportait  l’élection présidentielle en mai ? L’un des meilleurs amis du chef de l’Etat, l’avocat proche du PS Jean-Pierre Mignard.

« Hollande invitera plusieurs socialistes à être les gardiens du temple »

Au passage, celui qui a rallié le candidat d’En marche ! en décembre précise qu’il discute « toujours régulièrement » avec le président. On a donc posé la question de l’éventuel rôle de ce dernier dans le tout aussi éventuel quinquennat Macron à Laurence Haïm, la porte-parole du candidat : « Nous contestons complètement ces propos, François Hollande ne participera absolument pas à la future majorité », a-t-elle balayé.

Mais le coeur y est, estime un élu PS pro-Macron auprès de 20 Minutes : « Le président fera à un moment donné une sortie testamentaire, il insistera sur un certain nombre de réformes à ne pas infléchir et préconisera une forme de continuité. Il invitera plusieurs socialistes à être les gardiens du temple auprès de Macron ».

« Pas de ralliement collectif »

Pas plus de commentaires dans l’équipe En Marche !. Mais, au-delà du cas du président, son ancien ministre commence à être mal à l’aise avec tous les ralliements en fanfare de proches et d’élus du PS. L’aile droite du parti, « les réformateurs », a dû freiner des quatre fers la semaine passée, alors qu’une tribune était prête pour annoncer officiellement le soutien d’une vingtaine de députés socialistes à l’ancien ministre de l’Economie.

Pas de publication finalement, « il n’y aura pas de ralliement collectif », nous disait Christophe Caresche, député PS de Paris qui a déjà acté son soutien à Macron. Plutôt des initiatives individuelles et étalées dans le temps donc, car « l’image du Parti socialiste est devenue détestable », justifie le co-auteur de la tribune Gilles Savary, député de la Gironde.

Le Drian sous peu, Ayrault et Baylet dans la foulée ?

C’est une demande du candidat lui-même, qui ne veut pas en outre être perçu comme l’héritier politique de François Hollande. « Il ne souhaite pas qu’on lui colle l’étiquette du sortant, bien qu’il le soit en tant qu’ex-ministre de l’Economie, mais il fait tout pour que les électeurs l’oublient », souligne le politologue Daniel Boy, directeur de recherche émérite au Centre de recherches politiques de Sciences Po.

Les quarante députés membres du pôle réformateur avaient d’ailleurs été incités à prendre officiellement position pour l’ancien ministre par Gérard Collomb, premier soutien socialiste du candidat. Le sénateur-maire de Lyon s’était invité aux deux dernières réunions du groupe pour les convaincre, avant qu’in extremis, le cabinet d’Emmanuel Macron lui-même dise non à cette tribune de ralliement.

Le président François Hollande et le ministre de l'Economie Emmanuel Macron à Paris le 2 mars 2016
Le président François Hollande et le ministre de l'Economie Emmanuel Macron à Paris le 2 mars 2016 - PHILIPPE WOJAZER POOL

Mais le « recyclage » des élus réformistes du PS chez Macron se fera naturellement, « car il y a de nombreux sortants à gauche » en vue des législatives, rappelle Gilles Savary. Sinon, parmi les poids lourds du quinquennat Hollande, Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, pourrait franchir le pas pro-Macron sous peu. Il l’aurait signifié au président le 8 mars, et celui-ci lui aurait demandé d’attendre le 20 mars, date de la publication de la liste officielle des candidats par le Conseil constitutionnel, pour officialiser la chose, selon le JDD et BFMTV.

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La règle s’applique aux autres ministres tentés par le candidat d’En marche !, comme Jean-Michel Baylet, ministre de l’Aménagement du territoire, qui attendrait la même date selon France 3, ou Jean-Marc Ayrault, aux Affaires étrangères, qui s’interroge à haute voix en précisant que « le candidat qui se rapproche le plus de [ses] convictions, à l’heure actuelle, c’est Emmanuel Macron ».

« Je n’ai pas fondé une maison d’hôtes »

« Pourquoi voudriez-vous qu’ils me gênent politiquement ? Quand les gens disent "je soutiens" ils disent ce qu’ils vont voter. Mais est-ce que vous pensez que je vais demander à des gens de ne pas voter pour moi ? Non ! » s’est agacé Emmanuel Macron lors d’un déplacement à Bordeaux le 10 mars. Et les rumeurs d’un possible soutien officieux de Manuel Valls, son ancien chef au gouvernement, qu’en pense-t-il ? « Je n’ai pas fondé une maison d’hôtes, pardon de vous le dire », a sèchement répondu le candidat à Lille, mardi.

« Son rôle est délicat : il dit "je suis au-delà de la droite et de la gauche", mais on voit que la majorité des soutiens vient de l’aile droite du PS, ce qui le positionne fortement et devient gênant pour lui. Macron cherche à éviter les regroupements, parce que les ralliements en bloc l’assignent et l’affecte à un camp plutôt qu’à un autre. Or, toute sa stratégie consiste à dire qu’il n’appartient à aucun camp », décrit le chercheur Daniel Boy. Gilles Savary confirme : « Son projet est sur une ligne de crête. Il ne peut pas basculer à gauche ou à droite sans se mettre en danger ».

« Plus facile de gérer un trop-plein de ralliements que des défections en masse »

L’argument avancé par Les Républicains, le Front national, mais aussi La France insoumise, selon qui « Emmanuel Macron est l’héritier naturel de François Hollande », agace également les partisans du candidat d’En marche ! : « C’est oublier qu’il a quitté le gouvernement sur un désaccord politique avec le président de la République et qu’il a assumé d’être candidat à l’élection présidentielle à une époque où tout le monde pensait que François Hollande le serait également. Clairement, il n’est pas son héritier politique. Mais il ne renie pas son origine. Il n’y a rien de déshonorant à avoir été conseiller du président de la République et ministre de l’Economie », explique Aurore Bergé.

Cette élue des Yvelines, ex-juppéiste qui a rejoint l’ancien inspecteur des finances, préfère voir dans tous ses ralliements venus de la gauche un problème de riches : « Il est plus facile de gérer un trop-plein de ralliements que des défections en masse. Tant mieux si Emmanuel Macron arrive à démontrer qu’il propose le rassemblement le plus large possible. »