Patrimoine de Macron: «Il est normal que les électeurs soient éclairés avant le scrutin»

INTERVIEW Le président d’Anticor explique à « 20 Minutes » pourquoi son association a saisi la Haute Autorité au sujet du patrimoine de Macron…

Propos recueillis par Olivier Philippe-Viela

— 

Emmanuel Macron le 2 mars 2017, au Pavillon Gabriel à Paris.
Emmanuel Macron le 2 mars 2017, au Pavillon Gabriel à Paris. — SIPA

L’association Anticor a décidé de saisir la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) au sujet des déclarations de patrimoine et d’intérêts du candidat à l’élection présidentielle Emmanuel Macron, ancien ministre de l’Economie. Son président, Jean-Christophe Picard, explique à 20 Minutes pourquoi Anticor demande des précisions.

Quelles incohérences dans le patrimoine et la déclaration d’intérêts d’Emmanuel Macron vous poussent à saisir la HATVP ?

C’est très simple : entre 2009 et 2014, il a perçu selon sa déclaration d’intérêt 3,3 millions d’euros avant impôts, et en 2014, il déclare un patrimoine net de 200 000 euros, résultat d’un patrimoine d’1,2 million d’euros et d’un endettement d’1 million d’euros.

Il y a une incohérence entre les revenus perçus et le patrimoine net. Ce peut être tout à fait normal, mais, en l’état, cette déclaration de patrimoine manque d’explications. On ne demande pas à ce qu’on l’explique à nous, Anticor, car cela relève de la vie privée du candidat, mais nous souhaitons que la Haute Autorité les demande, les obtienne et confirme qu’il n’y a pas de problème. Le souci, pour le moment, est qu’on ne sait pas quelles ont été les suites de cette déclaration de patrimoine. Nous ne savons pas si un un contrôle a été fait, nous avons juste une déclaration mise en ligne.

Emmanuel Macron s’est expliqué dans La Croix sur ce décalage entre ses revenus et son patrimoine, arguant que son statut d’indépendant en tant que banquier d’affaires l’obligeait à verser « sur le montant brut de [sa] rémunération, des cotisations sociales patronales, salariales, puis l’impôt sur le revenu », et qu’il n’avait « plus assez » pour régler ses impôts en 2012 après avoir baissé son salaire en devenant conseiller de François Hollande.

Pourquoi pas, mais dans ce cas, que la Haute Autorité nous confirme qu’elle a reçu les documents adéquats et que, après examen, tout est en ordre. Je remarque au passage que les explications ne sont plus celles que l’on avait eues initialement : il avait dit qu’il avait dépensé beaucoup d’argent, ce qui est tout à fait possible et il en a le droit. Nous ne demandons pas la transmission d’éléments sur la vie privée du candidat. Nous voulons simplement que la Haute Autorité confirme qu’elle a bien eu les documents attestant de la régularité de la déclaration.

Est-ce normal que les déclarations du candidat ne soient plus disponibles en ligne ?

Ce n’est pas terrible pour la transparence. Il y a une déclaration d’entrée et de sortie du gouvernement. Celle d’entrée est supprimée à partir du moment où le ministre quitte sa fonction, celle de sortie l’est au bout de six mois. Macron est parti en août, il a eu deux mois pour donner sa déclaration de sortie à la Haute Autorité, celle-ci l’a enregistrée, publiée en janvier, et supprimée en mars pour respecter ce délai. Mais on devrait avoir les deux pour pouvoir comparer l’évolution, c’est l’intérêt d’une déclaration de patrimoine. Ce cadre juridique de mise en ligne des déclarations mériterait d’être amélioré. Mais la Haute Autorité n’en est pas responsable, c’est le législateur.

Que peut faire de plus la Haute Autorité, si elle n’a pas relevé de problèmes auparavant ?

La loi de 2013 est très claire : elle confère la possibilité de demander des explications et des documents complémentaires au cas où, et ensuite elle peut saisir l’administration fiscale et les autorités compétentes. Le gros problème, justement, est qu’on ne sait pas du tout ce qu’elle a fait vis-à-vis de la déclaration Macron. Ce serait bien d’avoir un retour de sa part avant le premier tour de l’élection présidentielle. Il est normal que les électeurs soient éclairés avant le scrutin plutôt qu’après. Surtout quand la déclaration date de 2014. La Haute Autorité devrait avoir eu le temps de la traiter. Cela permettrait d’apaiser le débat, car nous ne sommes pas les seuls à nous interroger.