Présidentielle: L’aile droite du PS veut rallier Macron, mais ne sait pas comment s’organiser

PRESIDENTIELLE Une vingtaine d’élus du pôle « réformateur » du Parti socialiste souhaitent rejoindre Emmanuel Macron, mais le timing n’est pas fixé…

Olivier Philippe-Viela

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Emmanuel Macron, candidat d'En marche, le 7 mars 2017 aux Mureaux, dans les Yvelines.
Emmanuel Macron, candidat d'En marche, le 7 mars 2017 aux Mureaux, dans les Yvelines. — ISA HARSIN/SIPA

C’est un secret de polichinelle, un certain nombre de députés du Parti socialiste se tâtent pour rejoindre Emmanuel Macron, mieux placé dans les sondages que le candidat officiel du PS, Benoît Hamon. Le problème de ces nouveaux frondeurs socialistes, c’est la coordination. Faut-il se déclarer « en marche » chacun de son côté ou collectivement ?

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Le Figaro a dévoilé ce jeudi une tribune en préparation au sein du pôle des « réformateurs », l’aile droite du PS. Selon le quotidien, elle devait être rendue publique vendredi. Intitulé sans ambiguïté « Pourquoi nous soutenons Emmanuel Macron », le texte a été validé au cours d’une réunion mercredi et envoyé par mail à une quarantaine d’élus pour les inviter à apposer leur signature : « C’est à la construction d’une nouvelle alliance européenne et réformiste, autour d’Emmanuel Macron, que nous appelons en tant que socialistes », écrivent ses auteurs, le député de Gironde Gilles Savary et son homologue de Paris Christophe Caresche, ce dernier ayant déjà rejoint En marche ! à titre personnel.

« Il n’y aura pas de ralliement collectif »

Sauf que la fuite de ce projet de tribune a amené les auteurs à changer leur calendrier. « Ce n’est pas pour demain du tout, nous avons un certain nombre de soutiens, mais il n’y aura pas de ralliement collectif », explique à 20 Minutes Christophe Caresche et Gilles Savary. « La fuite de ce matin a mis le bazar, il n’y aura pas de tribune », confirme Alain Calmette, député PS du Cantal qui a déjà rejoint En marche !. Les ralliements devraient donc se faire plutôt au cas par cas. « Chacun est libre de prendre ses décisions », balaie Pascal Terrasse, autre député PS, de l’Ardèche cette fois, à avoir franchi le pas pro-Macron.

Au-delà du timing, le problème est que tous les destinataires de cette tribune ne comptaient pas y apposer leurs noms, du moins pas tout de suite. Ils seraient une vingtaine à avoir confirmé leurs signatures, la moitié, selon l’un des destinataires. Parmi les proches de Manuel Valls, certains avaient déjà menacé d’une scission, comme le ministre et député de Paris Jean-Marie Le Guen, le 28 février sur RTL : « Dans l’état actuel des choses, moi et des dizaines et des dizaines d’autres parlementaires, nous ne pouvons pas donner notre parrainage à Benoît Hamon. » Mais un autre de ses lieutenants, Philippe Doucet, député du Val-d’Oise, invité à parapher le texte, a indiqué à 20 Minutes puis sur Twitter qu’il ne le signera pas.

Parmi les quarante parlementaires démarchés pour rejoindre Emmanuel Macron, beaucoup hésitent. « Nous sommes dans l’expectative. Pour l’instant, je reste fidèle à mon parti, ce serait un crève-cœur de partir », explique François Pupponi, député-maire de Sarcelles. Le successeur de Dominique Strauss-Kahn dans le Val-d’Oise se dit néanmoins « très inquiet de voir des collègues rejoindre Macron et catastrophé par la direction du PS ». « Jean-Christophe Cambadélis devrait réunir le parti pour discuter. Au-delà des réformateurs, les parlementaires ont besoin d’être rassurés. Parce que, là, nous sommes devant un état de délabrement complet », ajoute-t-il.

« Hamon a réussi à monter les parlementaires du PS les uns contre les autres »

Le principal reproche adressé au candidat Benoît Hamon et au chef du PS Jean-Christophe Cambadélis est le manque de dialogue avec les parlementaires de l’aile droite. « Hamon ne rassemble pas. Au contraire, il a réussi à monter les parlementaires du PS les uns contre les autres. Or, on n’est pas en train de jouer l’élection du président de l’association de pétanque du coin. Le premier tour de la présidentielle est dans six semaines », s’exclame François-Michel Lambert, député des Bouches-du-Rhône et membre du Front démocrate de Jean-Luc Bennahmias (ce dernier, qui a soutenu Manuel Valls lors du second tour de la primaire, a aussi demandé des gages à Benoît Hamon).

« Je ne comprends pas la logique, souffle François Pupponi. Il n’y a aucun dialogue. Le malaise dure pourtant depuis plusieurs mois, et il s’est accentué avec la victoire de Benoît Hamon. J’ai moi-même exprimé ma gêne par rapport à certaines de ses propositions. » Un autre député destinataire de la tribune comptait la signer en compagnie d’une vingtaine de collègues, mais il préfère « l’annoncer de manière coordonnée avec [ses] amis ». « On me prédit la pire des sanctions si je pars chez En marche !, mais je ne joue pas pour moi, c’est l’avenir de nos concitoyens dont on parle », ajoute l’élu socialiste.

« Il faut un conseil national de la résistance »

Tous les parlementaires hésitants s’inquiètent avant tout de l’absence de la gauche au second tour du scrutin et du risque de victoire de Marine Le Pen, d’où les ralliements à Emmanuel Macron. « Nous sommes dans la même situation qu’au sortir de la guerre ! Il faut un conseil national de la résistance, et dans dix ans, on reprendra les querelles partisanes », s’emballe un député macroniste pas-encore-déclaré-en-marche.

Les ambitions du vainqueur de la primaire de la gauche sont aussi au centre des interrogations, explique François Pupponi : « Est-ce que la stratégie de Benoît Hamon n’est pas de faire main basse sur le PS ? OK, mais dans ce cas, il faut le dire. » Hamon en campagne pour la gauche plus que pour la France, ce que plusieurs observateurs voient comme l’une des raisons du faux plat de sa campagne ? « C’est ce que craignent aussi les cadres du parti », indique le député des Bouches-du-Rhône François-Michel Lambert.